Le tourisme aérien pourrait faire grimper les loyers au Portugal

faro aerienne

Le tourisme est devenu l’un des principaux moteurs de l’économie portugaise, contribuant largement à la croissance, à l’emploi et aux recettes du pays. Mais cette réussite s’accompagne aussi de nouveaux défis. Une étude européenne récemment publiée estime que l’augmentation continue des arrivées de touristes par avion pourrait accentuer la pression sur le marché immobilier portugais au cours des prochaines années, notamment dans les zones les plus touristiques.

Selon cette analyse, cette évolution pourrait se traduire par une hausse progressive des loyers, tout en accentuant certaines fragilités déjà observées dans l’économie. Des conclusions qui relancent le débat sur le modèle de développement touristique du Portugal.

Des loyers qui pourraient continuer à augmenter

L’étude, réalisée par la Fédération européenne Transport & Environment (T&E) 1 et relayée au Portugal par l’association ZERO 2, s’est intéressée à l’impact économique de la croissance du tourisme international transporté par voie aérienne.

Les chercheurs estiment que, dans les secteurs les plus exposés au tourisme, les nouveaux contrats de location pourraient enregistrer une hausse moyenne de 193 euros par an entre 2026 et 2031 sous l’effet de l’augmentation des arrivées de visiteurs par avion. Cette projection ne signifie pas que le tourisme constitue l’unique cause de la hausse des loyers, mais qu’il représenterait un facteur supplémentaire venant s’ajouter à une situation immobilière déjà sous tension.

Selon l’étude, cette évolution toucherait en priorité les ménages aux revenus les plus modestes, dont le pouvoir d’achat peine déjà à suivre l’évolution du coût du logement dans plusieurs villes portugaises.

Le tourisme n’explique pas à lui seul la crise du logement

Les auteurs rappellent toutefois que le marché immobilier répond à de nombreux facteurs. Le manque de logements disponibles, la faiblesse de la construction neuve, la croissance démographique ou encore l’attractivité internationale du Portugal contribuent eux aussi à la hausse des prix observée depuis plusieurs années.

L’étude cherche avant tout à mesurer la part spécifique du tourisme aérien dans cette évolution. Selon ses conclusions, l’arrivée de voyageurs internationaux exerce une pression supplémentaire sur les territoires où l’offre de logements est déjà limitée et où la demande touristique reste particulièrement forte.

Le phénomène concerne principalement les régions qui accueillent chaque année plusieurs millions de visiteurs, comme Lisbonne, Porto ou certaines zones de l’Algarve, où la concurrence entre résidences principales, locations saisonnières et investissements immobiliers est particulièrement marquée.

Des conséquences possibles pour l’économie

Au-delà de la question du logement, les auteurs estiment que cette évolution pourrait également avoir des répercussions sur l’économie portugaise dans son ensemble.

L’étude avance que l’augmentation de la valeur des actifs immobiliers pourrait détourner une partie des investissements vers la pierre, au détriment de secteurs jugés plus productifs comme l’industrie ou l’innovation. Les projections évoquent ainsi une baisse d’environ 0,5 % des investissements des entreprises entre 2019 et 2031, soit près de 200 millions d’euros par an.

Les chercheurs soulignent également qu’une économie très dépendante du tourisme peut rencontrer davantage de difficultés à développer des activités à forte valeur ajoutée, susceptibles d’offrir des emplois plus qualifiés et mieux rémunérés.

La qualité du tourisme plutôt que sa croissance

À partir de ces conclusions, l’association ZERO appelle les pouvoirs publics à privilégier un modèle davantage orienté vers la qualité que vers la quantité.

L’organisation estime qu’un tourisme reposant sur des séjours plus longs, des visiteurs générant davantage de valeur économique et une meilleure répartition des flux permettrait de limiter certaines pressions exercées sur les territoires. Elle défend également plusieurs pistes, comme l’instauration d’une taxe de départ sur les vols ou un renforcement des investissements dans les transports à faibles émissions, notamment le rail.

Ces propositions relèvent toutefois des recommandations formulées par l’association et ne constituent pas des mesures envisagées à ce stade par le gouvernement portugais.

Un débat qui dépasse largement le Portugal

Les conclusions de cette étude s’inscrivent dans un débat qui concerne aujourd’hui de nombreuses destinations européennes confrontées à une forte croissance du tourisme international.

Si le secteur reste indispensable à l’économie portugaise, plusieurs grandes villes cherchent désormais à mieux concilier attractivité touristique, qualité de vie des habitants et accès au logement. Entre développement économique, préservation des territoires et besoins des populations locales, l’équilibre apparaît plus que jamais comme l’un des grands défis auxquels le Portugal devra répondre au cours des prochaines années.


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