Le constat est préoccupant. Alors que la décennie n’est qu’à mi-parcours, le Portugal a déjà consommé près de 98 % de la surface maximale brûlée qu’il s’était fixé de ne pas dépasser d’ici à 2030. En seulement 5 ans, les incendies ont presque épuisé l’objectif défini par les autorités dans le cadre du Programme national d’action pour la gestion intégrée des feux ruraux. Cette alerte intervient après une année 2025 particulièrement difficile, marquée par un retour spectaculaire des grands incendies et une augmentation des départs de feu.
Dans une analyse publiée à la suite du dernier rapport du Système de gestion intégrée des feux ruraux (SGIFR), l’association environnementale Zero estime que les objectifs nationaux s’éloignent dangereusement. Si les progrès réalisés en matière de protection des personnes sont réels, les chiffres concernant les surfaces détruites et la prévention restent très préoccupants.
Une décennie presque consommée en seulement 5 ans
Le Programme national d’action prévoyait une diminution progressive des surfaces détruites par les incendies entre 2020 et 2030. Or, les données désormais disponibles montrent que près de la totalité du plafond fixé pour cette décennie a déjà été atteinte, alors qu’il reste encore cinq années avant l’échéance.
L’année 2025 a fortement aggravé cette situation. Avec environ 271 000 hectares partis en fumée, elle devient le quatrième pire exercice enregistré depuis 2001. Cette superficie représente presque le double de celle brûlée en 2024, confirmant le retour d’une saison particulièrement destructrice malgré les investissements consentis ces dernières années.
Autre élément marquant : seuls 44 incendies ont été responsables de plus de 90 % de la surface totale détruite. Comme souvent au Portugal, quelques épisodes extrêmes suffisent à faire basculer le bilan annuel.
Des progrès pour sauver des vies, mais pas encore les forêts
Le rapport ne dresse toutefois pas un tableau entièrement négatif. Les autorités soulignent une amélioration de la réponse opérationnelle, avec une diminution du nombre de victimes et une meilleure capacité d’intervention lors des premiers départs de feu.
Cette efficacité accrue des secours ne suffit cependant pas à compenser des conditions météorologiques toujours plus extrêmes. Les vagues de chaleur, la sécheresse prolongée et les vents violents favorisent des incendies plus rapides, plus puissants et beaucoup plus difficiles à contenir.
Pour les spécialistes, le défi consiste désormais moins à améliorer la lutte contre les flammes qu’à empêcher leur apparition et leur propagation avant qu’elles ne deviennent incontrôlables.
La majorité des incendies restent provoqués par l’activité humaine
Contrairement à une idée largement répandue, la plupart des grands incendies ne trouvent pas leur origine dans la foudre. Les données de 2025 montrent que près de 78 % des incendies dont la cause a pu être identifiée résultent soit d’actes volontaires, soit d’usages négligents du feu.
Les comportements imprudents continuent notamment d’augmenter. Les départs de feu liés à l’utilisation de flammes, aux brûlages mal maîtrisés ou à des gestes aussi banals qu’un mégot jeté dans la nature ont progressé d’environ 27 % par rapport à l’année précédente.
Les 6 incendies les plus destructeurs de 2025 illustrent parfaitement cette réalité. Un seul serait lié à un acte criminel, tandis que les autres proviennent de deux impacts de foudre, de deux usages du feu (dont un mégot de cigarette et un feu de camp) ainsi que d’un accident de transport, le tout concentré sur une même période de conditions météorologiques particulièrement critiques.
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La prévention reste le principal point faible
L’association Zero estime que le véritable retard concerne désormais les actions de prévention. Selon elle, seulement 53 % des mesures prévues par le Programme national d’action ont été effectivement mises en œuvre, tandis que plus d’un cinquième des initiatives n’ont toujours pas débuté.
Les environnementalistes regrettent également que le brûlage dirigé, considéré comme l’un des outils les plus efficaces pour réduire la charge combustible dans les massifs forestiers, reste très insuffisamment utilisé. En 2025, les surfaces traitées par feu contrôlé sont restées inférieures à la moitié des objectifs annuels fixés.
Ils s’inquiètent aussi de la situation institutionnelle de l’Agence de gestion intégrée des feux ruraux (AGIF), privée d’une présidence effective depuis 2024 et désormais placée sous la tutelle du ministère de l’Agriculture, alors qu’elle dépendait auparavant directement du Premier ministre.
Un impact qui dépasse largement les seules forêts
Les conséquences des incendies ne se limitent pas aux paysages. En 2025, les feux ruraux auraient rejeté environ 3,6 millions de tonnes de carbone dans l’atmosphère, soit près du double de la moyenne observée depuis 2003.
Selon Zero, ces émissions représenteraient à elles seules près d’un quart des émissions annuelles nationales de gaz à effet de serre. Une situation qui met en évidence le lien étroit entre la gestion des espaces ruraux, la protection des écosystèmes et les objectifs climatiques du Portugal.
À l’approche de nouvelles saisons estivales qui s’annoncent toujours plus chaudes, le pays se retrouve confronté à une équation complexe : poursuivre l’amélioration des moyens de lutte tout en accélérant la prévention, afin d’éviter que les grands incendies ne continuent à effacer, en quelques jours seulement, plusieurs années d’efforts.







