Un volcan des Açores libère plus de 200 tonnes de CO₂ par jour

volcan du fogo Açores

Au cœur de l’île de São Miguel, dans l’archipel des Açores, se dresse le majestueux volcan do Fogo, dont la caldeira abrite la célèbre Lagoa do Fogo. Derrière la beauté paisible de ce paysage volcanique, une étude scientifique récente a révélé une réalité invisible : le volcan émet plus de 200 tonnes de dioxyde de carbone (CO₂) par jour. Une activité comparable à celle de volcans en éruption, qui rappelle que ces terres insulaires restent vivantes et étroitement surveillées.

Un volcan « endormi » mais toujours actif

Serra de Água de Pau

Le massif volcanique de la Serra de Água de Pau, communément appelé volcan do Fogo, est considéré comme potentiellement actif. Sa dernière éruption remonte au XVIIIe siècle, mais les chercheurs savent que son système géologique demeure en activité. Les fumerolles, ces panaches de gaz qui s’échappent du sol brûlant, sont les témoins les plus visibles de cette énergie enfouie. Trois zones principales, Caldeira Velha, Caldeiras da Ribeira Grande et Pico Vermelho, concentrent ces manifestations de dégazage.

En mesurant ces émissions, les chercheurs ont découvert que le volcan libère en moyenne 232 tonnes de CO₂ chaque jour. Ce chiffre place Fogo au niveau de volcans actifs d’Amérique du Sud, connus pour leurs éruptions fréquentes, bien que São Miguel ne connaisse actuellement aucun épisode éruptif.

La science derrière la mesure des gaz volcaniques

Pour parvenir à ce résultat, les scientifiques du CIVISA (Centro de Informação e Vigilância Sismovulcânica dos Açores) 1, en partenariat avec l’Université des Açores 2 et l’Université de Palerme 3, ont utilisé une méthode innovante. Développée en Italie sur le volcan Solfatara, près de Naples, cette technique consiste à évaluer les flux gazeux émis par les sols et les champs fumeroliques à l’aide de capteurs portables de haute précision.

Cette approche a permis de cartographier les flux de gaz de manière systématique, offrant une vision claire des émissions totales. Selon la volcanologue Fátima Viveiros, co-auteure de l’étude :

« même les volcans considérés comme endormis peuvent émettre d’énormes quantités de dioxyde de carbone, à l’égal de volcans en pleine activité »

Un impact local limité mais une importance globale

La bonne nouvelle, c’est que ces émissions ne représentent aucun danger immédiat pour la population. Le CO₂ se disperse rapidement dans l’atmosphère et les zones d’émission sont limitées et encadrées. Les visiteurs qui fréquentent les sites comme Caldeira Velha peuvent admirer les phénomènes géothermiques sans risque, à condition de respecter les règles de sécurité en vigueur.

Cependant, du point de vue scientifique et environnemental, l’enjeu est majeur. Le CO₂ est un gaz à effet de serre, et mesurer précisément la part émise par les systèmes volcaniques est essentiel pour mieux comprendre l’influence des volcans sur le climat. Ces mesures permettent également de détecter d’éventuelles évolutions dans l’activité du volcan, car une augmentation soudaine du flux de gaz peut annoncer une réactivation du système magmatique.

Le Lagoa das Furnas, un autre point chaud des Açores

Lagoa das Furnas

Le volcan do Fogo n’est pas un cas isolé. Sur la même île, le volcan das Furnas, célèbre pour ses caldeiras fumantes et ses cuisines géothermiques, fait également l’objet d’un suivi attentif. Des recherches menées dans la Lagoa das Furnas ont montré que ce lac volcanique libère à lui seul environ 59 tonnes de CO₂ par jour, soit 5 % des émissions totales de la région.

Ces résultats révèlent que les lacs volcaniques peuvent jouer un rôle insoupçonné dans le bilan des gaz à effet de serre, et qu’ils doivent être intégrés dans les études globales sur le climat. Avec ses 88 lacs d’origine volcanique, l’archipel des Açores représente un laboratoire naturel unique pour les scientifiques.

Les volcans aux Açores

mont pico

L’archipel des Açores repose entièrement sur un socle volcanique. Chacune des 9 îles est née des forces colossales de l’Atlantique Nord, au croisement de 3 plaques tectoniques. Ce contexte géologique particulier explique la fréquence des séismes, la présence de champs fumerolliens et l’existence de lacs nichés dans d’immenses caldeiras, vestiges d’éruptions passées. Ces paysages, spectaculaires et parfois menaçants, confèrent aux Açores une identité unique, où la nature rappelle constamment sa puissance.

Certains volcans sont devenus des symboles culturels et touristiques. Le mont Pico, avec ses 2 351 mètres d’altitude, est non seulement le point culminant du Portugal mais aussi un repère majestueux visible à des dizaines de kilomètres. À São Miguel, la caldeira de Sete Cidades et son double lac aux eaux vertes et bleues attire chaque année des milliers de visiteurs, tout comme le Lagoa das Furnas, où l’activité fumerollienne se mêle aux traditions culinaires locales comme le fameux « cozido » cuit à la vapeur géothermique.

Mais derrière ces paysages de carte postale, la recherche scientifique veille en permanence. Les émissions mesurées au volcan do Fogo ne sont qu’un exemple parmi d’autres de cette vigilance. Car si les éruptions destructrices restent rares (la dernière aux Açores remonte à 1957-58 au Capelinhos, sur Faial) les signes diffus, comme le dégagement de CO₂, rappellent que ces îles demeurent vivantes et qu’il est essentiel de comprendre leur souffle souterrain pour mieux les protéger et les habiter.

Un laboratoire à ciel ouvert pour la planète

L’archipel des Açores, posé au milieu de l’Atlantique, est bien plus qu’un paradis naturel. Ses volcans, ses lacs et ses champs fumeroliques constituent un observatoire privilégié des interactions entre la Terre et l’atmosphère. Les études menées sur les dégazages de CO₂ participent à la fois à la surveillance de l’activité volcanique, essentielle pour la sécurité des populations, et à la compréhension des grands mécanismes climatiques.

Dans un monde où les gaz à effet de serre sont au centre des préoccupations, savoir ce que la planète libère naturellement est indispensable pour mesurer avec précision l’impact des activités humaines. Les Açores, entre beauté sauvage et rigueur scientifique, rappellent ainsi que la Terre est un organisme vivant dont il faut apprendre à déchiffrer les signaux.

Le volcan do Fogo, par ses panaches invisibles de CO₂, incarne à la fois la puissance tranquille et l’inquiétante fragilité d’un archipel en équilibre entre ciel, mer et magma.

  1. CIVISA : https://www.civisa.pt/ ↩︎
  2. Université des Açores : https://www.uac.pt/ ↩︎
  3. Université de Palerme : https://www.unipa.it/ ↩︎
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