Un jeune Portugais sur quatre utilise l’IA pour se confier et demander conseil

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Faire ses devoirs, résumer un texte ou chercher une information : l’utilisation de l’intelligence artificielle est déjà largement entrée dans les habitudes des adolescents portugais. Mais une étude révèle un usage beaucoup plus intime. 23 % des jeunes Portugais jusqu’à 17 ans déclarent utiliser l’IA générative pour obtenir du soutien ou des conseils émotionnels.

Le Portugal se situe ainsi nettement au-dessus de la moyenne européenne, qui serait inférieure d’environ 10 %. Derrière cette statistique se dessine une nouvelle relation aux robots conversationnels : pour certains adolescents, ChatGPT n’est plus seulement un outil. Il devient aussi un interlocuteur auquel on raconte ses problèmes personnels, ses relations ou ses inquiétudes.

Pourquoi certains adolescents préfèrent-ils parler à une IA ?

L’étude menée dans le cadre du réseau international de recherche EU Kids Online repose notamment sur une enquête auprès de plus de 2000 enfants et adolescents portugais âgés de 9 à 17 ans. Leurs témoignages permettent de comprendre l’attrait particulier de ces outils.

Une adolescente de 15 ans explique ainsi éprouver parfois de la gêne à l’idée de parler à quelqu’un de sujets intimes. Elle utilise alors ChatGPT pour poser des questions concernant sa santé, ses relations ou ses amitiés. Un garçon de 13 ans va plus loin en comparant cette relation à « une amitié », puisqu’il partage avec l’IA des choses qu’il pourrait raconter à une personne proche.

La disponibilité permanente du chatbot joue évidemment un rôle. Il est possible de lui parler immédiatement, à toute heure, sans prendre rendez-vous, sans craindre d’embarrasser son interlocuteur et surtout sans avoir le sentiment d’être jugé. Pour un adolescent hésitant à aborder certaines questions avec ses parents, ses amis ou d’autres adultes, cette combinaison peut être particulièrement séduisante.

Il faut néanmoins distinguer ces confidences d’un véritable accompagnement psychologique. Demander à une IA comment réagir après une dispute avec un ami ou lui parler d’une relation difficile ne signifie pas nécessairement l’utiliser comme un psychologue. Le chiffre de 23 % recouvre une grande variété de situations relevant du soutien et du conseil émotionnel.

85 % des jeunes Portugais utilisent déjà des outils d’IA

Ce nouvel usage intervient dans un contexte de banalisation extrêmement rapide de l’intelligence artificielle. Selon l’étude, 85 % des jeunes Portugais interrogés utilisent des outils d’IA, principalement dans le cadre scolaire.

Pour Cristina Ponte, chercheuse à l’Instituto de Comunicação de la Universidade Nova de Lisboa et coordinatrice de l’équipe portugaise d’EU Kids Online, le problème réside moins dans cette utilisation que dans la compréhension encore limitée du fonctionnement de ces technologies.

Les jeunes peuvent avoir tendance à considérer les réponses obtenues comme exactes sans savoir précisément d’où proviennent les informations, comment elles sont produites ou pourquoi une intelligence artificielle peut générer une réponse erronée, approximative ou biaisée.

Cette difficulté devient plus importante lorsque la conversation quitte le domaine d’un devoir scolaire pour toucher à la vie personnelle. Une réponse formulée de manière convaincante et empathique peut donner une impression de compréhension et de proximité, alors qu’un chatbot ne possède évidemment pas la relation, la connaissance de la personne et la responsabilité d’un proche ou d’un professionnel.

Apprendre à utiliser l’IA ne suffit plus

Pour les chercheurs, l’enjeu devient donc celui de la littératie numérique. Savoir rédiger une bonne question ou utiliser efficacement ChatGPT ne suffit plus : les adolescents doivent également comprendre ce qui se passe derrière l’interface et connaître les limites de l’outil auquel ils parlent.

Cette question dépasse d’ailleurs largement l’intelligence artificielle. Les travaux présentés par EU Kids Online montrent également une forte exposition des jeunes Portugais aux risques présents sur les réseaux sociaux et le Web. Environ la moitié aurait déjà rencontré des discours de haine en ligne, une proportion qui atteint 72 % parmi les 15-17 ans. Plus d’un tiers a également été confronté à des théories complotistes.

Ces phénomènes sont distincts de l’utilisation de ChatGPT, mais ils illustrent un même décalage : les adolescents évoluent quotidiennement dans des environnements numériques dont ils maîtrisent les usages beaucoup plus rapidement qu’ils n’en comprennent les mécanismes.

Le cas des confidences faites à l’intelligence artificielle en offre une illustration particulièrement frappante. Pour près d’un jeune Portugais sur quatre, l’IA est déjà suffisamment présente dans la vie quotidienne pour devenir un interlocuteur lorsque quelque chose ne va pas ou qu’une question paraît trop difficile à poser à quelqu’un d’autre. Une évolution qui rend sans doute plus nécessaire que jamais d’apprendre aux adolescents non seulement à parler aux machines, mais aussi à savoir exactement à qui, ou plutôt à quoi, ils sont en train de parler.


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