Fitch relève la note du Portugal à A+, une première depuis 2011

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Le Portugal retrouve une note qu’il n’avait plus obtenue auprès de Fitch depuis 15 ans. L’agence de notation financière a relevé la dette souveraine portugaise de « A » à « A+ », avec une perspective stable. Une décision qui confirme le changement spectaculaire de perception des finances publiques portugaises depuis la crise de la dette du début des années 2010.

Pour Fitch, cette amélioration repose avant tout sur une dette publique qui continue de diminuer, des comptes budgétaires plus solides que ceux de nombreux pays comparables et une économie qui fait preuve de résilience. Mais derrière ce satisfecit apparaissent déjà de nouvelles sources de pression : vieillissement de la population, dépenses militaires, ralentissement de l’amélioration budgétaire et envolée persistante du coût du logement.

Quinze ans après la crise qui avait conduit le Portugal à demander une assistance financière internationale, le retour du A+ constitue ainsi un marqueur symbolique important du chemin parcouru.

Que signifie concrètement cette note A+ pour le Portugal ?

Les agences comme Fitch évaluent la capacité d’un État à honorer ses engagements financiers. Plus sa notation est élevée, plus sa dette est considérée comme présentant un faible risque de crédit. Cette appréciation est particulièrement suivie par les investisseurs qui achètent les obligations émises par les États.

Une meilleure notation peut ainsi contribuer à améliorer les conditions auxquelles le Portugal se finance sur les marchés. Elle renforce également la perception de solidité de l’économie portugaise auprès des investisseurs internationaux. Les effets ne sont cependant ni automatiques ni exclusivement déterminés par une seule agence : les taux dépendent également de la politique monétaire européenne, de la conjoncture et des marchés financiers.

Avec son passage de A à A+, Fitch rejoint le climat de confiance déjà exprimé par les autres grandes agences. Standard & Poor’s a notamment maintenu en août la note souveraine portugaise à A+ avec une perspective positive. Selon le gouvernement, le Portugal se trouve désormais dans la catégorie A auprès de l’ensemble des principales agences de notation.

Pourquoi Fitch relève maintenant la note du Portugal

L’explication donnée par Fitch tient d’abord aux finances publiques. L’agence souligne des résultats budgétaires régulièrement meilleurs qu’anticipé, des excédents du compte courant et ce qu’elle considère comme un engagement politique durable en faveur de la prudence budgétaire.

La trajectoire de la dette constitue l’un des éléments les plus importants de son analyse. Celle-ci représentait encore 89,7 % du PIB en 2025. Fitch prévoit qu’elle descendra à 87 % en 2026, puis à 82,9 % en 2028, grâce notamment au maintien d’excédents primaires et à la croissance nominale de l’économie.

Le niveau restera néanmoins important. À l’horizon 2028, Fitch prévoit une dette médiane d’environ 59,5 % du PIB parmi les pays appartenant à la catégorie A. Le Portugal continue donc de porter l’héritage d’un endettement accumulé très supérieur à celui de nombreux États bénéficiant d’une notation comparable.

L’agence souligne en parallèle la qualité des institutions portugaises et des indicateurs de gouvernance supérieurs à la médiane de cette catégorie. L’appartenance à l’Union européenne et à la zone euro constitue également un élément favorable dans son évaluation.

Un A+ que le Portugal n’avait plus connu depuis mars 2011

La portée de l’annonce apparaît plus clairement lorsqu’on revient quinze ans en arrière. Selon le ministre des Finances Joaquim Miranda Sarmento, le Portugal n’avait plus bénéficié d’une notation A+ chez Fitch depuis mars 2011.

La comparaison est symboliquement puissante. Quelques semaines après cette période, en avril 2011, le Portugal demandait une assistance financière internationale alors que la crise des dettes souveraines secouait la zone euro. Le pays allait bénéficier d’un programme d’aide de 78 milliards d’euros négocié avec l’Union européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international.

Le Portugal de 2026 se trouve dans une situation profondément différente. La dette reste élevée, mais sa trajectoire est descendante et les comptes publics ont enregistré ces dernières années des performances qui auraient semblé difficilement envisageables au plus fort de la crise.

Le président de la République, António José Seguro, a d’ailleurs insisté sur la durée de cette transformation. Il considère la décision de Fitch comme le résultat d’« une évolution à moyen et long terme » reposant sur une ligne de responsabilité maintenue sous différents gouvernements.

Cette lecture permet aussi d’éviter d’attribuer le redressement à une seule majorité politique. La trajectoire des finances publiques portugaises s’est construite sur plusieurs législatures et sous des gouvernements de sensibilités différentes, un élément de continuité que Fitch prend elle-même en compte dans son appréciation.

Les comptes publics vont pourtant devenir moins confortables

Le A+ ne signifie pas que les prochaines années seront sans difficultés. Fitch prévoit au contraire une réduction sensible des marges budgétaires du Portugal.

L’excédent public, estimé à 0,7 % du PIB en 2025, devrait revenir à seulement 0,1 % en 2026. Plusieurs facteurs expliqueraient cette évolution : aides d’urgence et reconstruction après les tempêtes, réductions fiscales et mesures consacrées au logement, investissements liés au Plan de relance et de résilience ainsi que progression des dépenses de salaires et de pensions.

L’augmentation des cotisations sociales grâce à la croissance de l’emploi et les dividendes versés par la Caixa Geral de Depósitos devraient partiellement compenser ces dépenses.

Mais pour 2027 et 2028, Fitch envisage cette fois un déficit budgétaire moyen d’environ 0,4 % du PIB. Des niveaux qui restent contenus, mais qui marqueraient la fin de la période récente d’excédents.

Vieillissement et défense : de nouvelles dépenses se profilent

À plus long terme, la démographie apparaît comme l’une des principales fragilités. Le vieillissement de la population et une éventuelle diminution des flux migratoires pourraient simultanément augmenter les dépenses sociales et peser sur les cotisations qui financent la protection sociale.

Fitch relève toutefois l’existence d’un important amortisseur : le Fonds de stabilisation financière de la Sécurité sociale disposait fin 2025 d’actifs équivalant à 13,9 % du PIB, ce que l’agence considère comme une marge de sécurité substantielle.

Une autre facture devrait progressivement augmenter : celle de la défense. L’objectif fixé au sein de l’OTAN d’accroître fortement les dépenses militaires à l’horizon 2035 constitue selon Fitch une pression supplémentaire sur les finances publiques portugaises à moyen terme.

L’agence estime néanmoins que l’historique relativement stable de la politique budgétaire portugaise au fil des alternances politiques réduit une partie de ces risques.

Fitch s’inquiète aussi de la flambée des prix immobiliers

Plus inattendu dans une analyse consacrée à la dette souveraine, le logement apparaît également parmi les points de vigilance de Fitch. L’agence ne considère pas que l’envolée des prix immobiliers représente à court terme un risque macrofinancier majeur, notamment grâce à la solidité du secteur bancaire.

Elle estime cependant que la poursuite de cette hausse pourrait accroître les vulnérabilités du marché et surtout aggraver les difficultés d’accès au logement. Fitch considère que le déséquilibre portugais est largement structurel : une offre insuffisante fait face à une demande soutenue, notamment dans les zones urbaines et les régions les plus recherchées.

Cette analyse rejoint un constat désormais récurrent au Portugal. Alors que la situation financière de l’État s’est considérablement améliorée, une partie des ménages fait face à une évolution beaucoup moins favorable de son propre budget. La réussite macroéconomique du pays ne se traduit donc pas nécessairement par une amélioration équivalente du pouvoir d’achat immobilier des Portugais.

Le Portugal est sorti de la crise, mais doit maintenant préserver ses acquis

Le retour du A+ chez Fitch ne constitue évidemment pas un aboutissement définitif. Une notation financière peut évoluer dans les deux sens et la perspective « stable » signifie essentiellement que l’agence n’anticipe actuellement ni relèvement ni dégradation imminente dans son scénario central.

Mais replacée dans l’histoire économique récente du Portugal, l’annonce reste remarquable. En 2011, le pays se préparait à entrer dans l’une des périodes financières les plus difficiles de son histoire démocratique. En 2026, les grandes agences le replacent solidement dans la catégorie A.

Le prochain défi sera différent : continuer à réduire une dette encore élevée tout en finançant les pensions, la défense, l’investissement et les services publics, sans laisser des problèmes comme celui du logement fragiliser la population.

Le A+ de Fitch récompense donc largement le chemin parcouru. Il rappelle également que la solidité des comptes publics n’est qu’une partie de l’équation économique portugaise.


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