Au Portugal, le tourisme est de plus en plus présenté comme un outil de résilience territoriale. Après les importantes tempêtes qui ont frappé plusieurs régions du pays au début de l’année 2026, l’office Turismo de Portugal vient de lancer une nouvelle campagne nationale destinée à encourager les habitants à voyager à l’intérieur du pays et à soutenir les territoires touchés.
Baptisée « Não procures mais longe. Encontra o teu país » (Ne cherche pas plus loin. Retrouve ton pays), cette initiative marque un léger changement de ton dans la stratégie touristique portugaise. Depuis plusieurs années, le pays s’était surtout imposé sur la scène internationale grâce au boom du tourisme étranger, des city-breaks urbains et des investissements liés à l’attractivité du Portugal. Cette fois, le discours vise d’abord les Portugais eux-mêmes.
La campagne a été présentée à Porto de Mós, dans la région de Leiria, l’une des zones les plus affectées par la dépression Kristin en janvier dernier. Plusieurs communes ont subi des dégâts importants sur les infrastructures, les espaces naturels ou certaines activités économiques locales.

À travers cette opération, les autorités portugaises cherchent autant à relancer l’activité touristique qu’à éviter une forme d’effacement économique de certains territoires fragilisés par les intempéries. Le président du Turismo de Portugal, Carlos Abade, a insisté sur le rôle du tourisme intérieur dans « la stabilité, la croissance et la résilience » du secteur touristique national.
Le sujet est loin d’être anecdotique dans un pays où le tourisme représente une part essentielle de l’économie. En 2025, le Portugal a dépassé les 82 millions de nuitées et généré plus de 29 milliards d’euros de recettes touristiques. Mais derrière ces records, le tourisme domestique conserve un poids important : environ 30 % des nuitées sont réalisées par des voyageurs portugais.
Dans plusieurs régions rurales ou de taille moyenne, cette clientèle nationale reste même indispensable hors saison estivale. Les élus locaux redoutent souvent que les catastrophes climatiques ou les images de destruction puissent détourner les visiteurs pendant plusieurs mois.
Le message envoyé par Lisbonne est donc aussi politique : malgré les dégâts, les régions touchées restent ouvertes, accessibles et capables d’accueillir des visiteurs. « Le pays ne doit pas nous oublier », a résumé le président de la communauté intermunicipale de Leiria lors du lancement de la campagne.
Cette stratégie traduit également une évolution plus large du débat portugais autour du tourisme. Longtemps présenté comme une réussite économique presque incontestable, le secteur fait désormais l’objet de discussions plus nuancées autour de la dépendance économique, de l’équilibre territorial ou encore de la pression exercée sur certaines grandes villes.
En encourageant les Portugais à « redécouvrir leur propre pays », les autorités tentent ainsi de rééquilibrer partiellement le modèle touristique national, tout en utilisant le voyage comme outil de soutien économique et de cohésion territoriale après les tempêtes de cet hiver.







