Rentrée scolaire au Portugal : des élèves sans école et des écoles sans professeurs

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La rentrée scolaire 2026 devait permettre au Portugal de tourner la page d’une année difficile. Elle met au contraire en lumière plusieurs fragilités de son système éducatif. Des élèves cherchent encore une place dans un établissement tandis que certaines écoles ne disposent pas de suffisamment d’enseignants pour assurer normalement tous les cours.

La situation est particulièrement tendue dans l’aire métropolitaine de Lisbonne. Elle intervient surtout quelques jours après la publication des résultats de l’enquête PISA 2025, qui montrent que les performances des élèves portugais sont revenues près de leurs niveaux de 2006 en mathématiques, en lecture et en sciences. Un retournement spectaculaire pour un pays longtemps présenté comme l’une des réussites éducatives européennes.

Une rentrée sous tension dans la région de Lisbonne

À Lisbonne, il aura fallu une longue réunion d’urgence le 14 septembre pour trouver des solutions aux élèves qui ne disposaient toujours pas d’une affectation. Selon le Diário de Notícias, plusieurs leviers ont dû être utilisés : augmentation du nombre d’élèves dans certaines classes, création de nouvelles classes et réorganisation des espaces disponibles.

La situation est également tendue dans certaines communes de la périphérie. À Sintra, la Fédération nationale des professeurs (Fenprof) avançait le chiffre de 744 élèves encore sans affectation. Un nombre contesté par la municipalité, qui assurait ne pas avoir connaissance d’une telle situation. Cette divergence impose donc de considérer ce chiffre comme une estimation syndicale et non comme un décompte officiel incontesté.

Au-delà du nombre exact d’élèves concernés, cette rentrée révèle les difficultés rencontrées dans certaines zones où la pression démographique sur les établissements est particulièrement forte. Des directions d’école et des parents dénoncent également des difficultés pour obtenir rapidement des réponses administratives après la récente réorganisation des services chargés de l’éducation.

La formule employée par l’hebdomadaire portugais Expresso résume assez bien le paradoxe de cette rentrée : « des élèves sans école et des écoles sans professeurs ».

La pénurie de professeurs devient structurelle

Car le problème le plus difficile à résoudre ne concerne probablement pas les bâtiments mais ceux qui enseignent à l’intérieur. Le Portugal manque de professeurs, et la situation est particulièrement sensible dans le Grand Lisbonne et la péninsule de Setúbal.

2000 nouveaux enseignants sont formés chaque année alors que plus de 4000 partent à la retraite

Le phénomène n’est plus considéré comme une difficulté passagère liée à quelques disciplines ou territoires. Les départs à la retraite se multiplient alors que le renouvellement des effectifs ne suit pas. Selon Carlos Ceia, professeur à l’Universidade Nova de Lisboa interrogé par CNN Portugal, environ 2000 nouveaux enseignants sont formés chaque année alors que plus de 4000 partent à la retraite.

Si cette tendance perdure, le déficit est donc susceptible de se creuser mécaniquement. Le vieillissement du corps enseignant portugais est connu depuis plusieurs années, mais ses conséquences deviennent désormais directement perceptibles dans le fonctionnement quotidien des établissements.

Pour les élèves, une pénurie d’enseignants ne signifie d’ailleurs pas nécessairement une école entièrement privée de professeurs. Elle peut se traduire par des matières sans enseignant pendant plusieurs semaines, des remplacements difficiles à assurer, des emplois du temps incomplets ou une succession de solutions temporaires.

Lire aussi : Portugal : des professeurs heureux mais sous pression (10/2025)

Le Portugal ne forme plus suffisamment d’enseignants

Cette situation constitue l’un des défis les plus complexes du système scolaire portugais, car il n’existe pas de solution immédiate. Former de nouveaux enseignants demande plusieurs années et les difficultés de recrutement concernent aussi l’attractivité de la profession.

Le coût du logement constitue notamment un problème dans les régions où les besoins sont les plus importants. Lisbonne et sa périphérie concentrent une partie des postes difficiles à pourvoir alors même que les prix immobiliers y compliquent l’installation de professeurs affectés loin de leur domicile.

Le gouvernement a déjà adopté différentes mesures pour tenter de conserver ou d’attirer des enseignants dans les zones déficitaires. Mais le déséquilibre démographique du corps enseignant reste considérable : les générations arrivant aujourd’hui dans la profession ne suffisent pas à remplacer celles qui la quittent.

C’est ce qui distingue cette crise d’un simple problème de rentrée. Ouvrir une classe supplémentaire ou réorganiser un établissement peut permettre de trouver une place à des élèves. Créer rapidement plusieurs milliers de professeurs supplémentaires est évidemment impossible.

Après PISA, un nouveau signal d’alarme pour l’école portugaise

Cette rentrée difficile prend une dimension supplémentaire après la publication, le 8 septembre, des résultats de PISA 2025. L’enquête internationale de l’OCDE évalue les compétences des élèves de 15 ans en sciences, mathématiques et lecture.

Le Portugal avait longtemps constitué une histoire encourageante. Parti de résultats faibles au début des années 2000, le pays avait progressivement rattrapé les autres économies développées. En 2015, ses performances atteignaient 492 points en mathématiques, 498 en lecture et 501 en sciences. En 2022, elles étaient déjà retombées respectivement à 472, 477 et 484 points.

PISA 2025 confirme la détérioration. L’OCDE constate que les résultats portugais ont encore diminué depuis 2022 en mathématiques et en lecture, tandis qu’ils sont restés globalement stables en sciences. Dans les trois matières, les performances sont désormais revenues à proximité de celles observées en 2006, effaçant les progrès réalisés pendant les années suivantes.

Le Portugal n’est toutefois pas un cas isolé. L’OCDE observe une baisse particulièrement importante des performances en lecture et en mathématiques dans de nombreux pays. Entre 2015 et 2025, la moyenne de l’OCDE a reculé de 28 points en lecture, soit environ un an et demi d’apprentissage selon l’organisation, et de 22 points en mathématiques.

Mais la situation portugaise possède une dimension symbolique particulière. Le pays avait précisément été remarqué pour sa capacité à améliorer durablement les résultats de ses élèves. En dix ans, cette dynamique s’est inversée.

Il serait trop simple d’attribuer cette baisse aux seuls postes d’enseignants vacants : PISA mesure des évolutions complexes et l’OCDE souligne elle-même que le recul observé dans de nombreux pays dépasse largement les conséquences de la pandémie.

La coïncidence des deux phénomènes constitue néanmoins un sérieux avertissement. Alors que les performances scolaires reculent, le Portugal doit simultanément trouver des places pour tous ses élèves et suffisamment de professeurs pour leur faire cours. La rentrée 2026 montre que la reconstruction du « miracle éducatif » portugais sera probablement l’un des grands chantiers des prochaines années.

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