Avec 122,2 % de son objectif de certification atteint en 2025, le programme régional portugais NORTE2030 affiche un bilan impressionnant. Financé par l’Union européenne, ce programme est dédié au développement économique, social et territorial de la région Nord du Portugal jusqu’en 2030. Derrière cette réussite administrative se cache un affrontement politique de plus en plus visible, entre le président sortant de la région Nord, António Cunha, et ses détracteurs, à l’approche d’élections indirectes déterminantes.
Un programme technique devenu enjeu politique
Au Portugal, rares sont les programmes européens qui suscitent une attention nationale. Mais dans le Nord du pays, le dispositif NORTE2030 1, financé par les fonds structurels de l’Union européenne, est au cœur de la bataille pour la présidence de la Commission de coordination et de développement régional du Nord (CCDR-N) 2. À l’approche du scrutin indirect prévu dans les prochaines semaines, son président actuel, António Cunha, revendique fièrement un chiffre inattendu : la certification de 122,2 % des objectifs européens fixés pour 2025. Le meilleur score parmi les régions portugaises, selon les données de l’Agence pour le développement et la cohésion (AD&C) 3.
Un chiffre d’autant plus remarquable que la machine a démarré tard. Si le programme a été approuvé à Bruxelles dès décembre 2022, la mise en œuvre réglementaire au Portugal n’a débuté qu’au printemps 2024. « En réalité, nous avons eu un an et demi pour atteindre ces objectifs, pas trois », rappelle António Cunha dans une déclaration écrite. Un argument directement adressé aux critiques qui dénonçaient des retards de mise en œuvre.
Ancien recteur de l’université du Minho et président de la CCDR-N depuis 2020, Cunha se présente à sa propre succession face à Álvaro Santos, ex-vice-président de la mairie de Vila Nova de Gaia, soutenu par le Parti social-démocrate (PSD, centre droit). Dans cette élection régionale au suffrage indirect, ce sont les élus locaux, maires et conseillers, qui composent les collèges électoraux. Depuis 2020, cette procédure a remplacé la nomination directe par le gouvernement.
Des chiffres pour convaincre
Pour Cunha, ces résultats ne sont pas que des indicateurs administratifs. Ils sont devenus des arguments de campagne. La dynamique est bien enclenchée, insiste-t-il : à la fin 2025, le programme affichait 49,2 % d’approbations, ouvrant la voie à un rythme d’exécution suffisant pour atteindre les objectifs 2026, réputés plus exigeants. À cela s’ajoute une réserve budgétaire de près de 200 millions d’euros : 101 millions d’euros de dépassement déjà certifié et 99 millions en projets déjà « en portefeuille ».
Une performance à relativiser ?
Mais ces résultats, aussi bons soient-ils, ne suffisent pas à faire taire les critiques. Dans certaines municipalités, on pointe une répartition inégale des investissements, des lenteurs administratives résiduelles et des projets au bénéfice encore peu visible pour les citoyens. D’autres dénoncent une communication trop centrée sur les chiffres, sans débat sur les orientations stratégiques du programme.
Par ailleurs, le fait que le programme n’en soit encore qu’à sa troisième année sur sep, et qu’il ait déjà consommé une grande partie de sa marge, interroge certains observateurs : le rythme est-il tenable jusqu’en 2030 ? António Cunha répond par l’anticipation : selon lui, l’avance prise cette année permettra d’amortir les incertitudes à venir, notamment en matière de réglementation nationale et de cofinancements locaux.
Un modèle régional sous pression
La performance du NORTE2030 n’est pas seulement un indicateur budgétaire : elle interroge le modèle même de décentralisation mis en place au Portugal depuis 2020. En confiant aux régions, via les CCDR, la gestion de certains fonds européens, l’État portugais a misé sur une proximité accrue avec les territoires. Mais ce modèle, encore récent, reste fragile, car il dépend en grande partie des rapports de force politiques locaux, de la compétence des exécutifs régionaux, et de leur capacité à coordonner un tissu municipal très hétérogène.
Le succès de NORTE2030 pourrait donc, au-delà de la réélection éventuelle d’António Cunha, servir de vitrine nationale pour une gouvernance régionale plus ambitieuse, à condition que les résultats concrets suivent sur le terrain.
Les élections régionales en toile de fond
La confrontation entre Cunha et Álvaro Santos cristallise deux approches. D’un côté, une gestion technocratique revendiquée, portée par un ancien universitaire reconverti dans la planification territoriale. De l’autre, une volonté plus politique, avec le soutien explicite du PSD, de reprendre la main sur un territoire historiquement disputé entre le centre et la périphérie.
Le scrutin prévu dans les prochaines semaines s’annonce donc serré. Et pour une fois, les discussions sur les taux de certification européenne pourraient bien faire basculer une élection régionale. Un paradoxe à l’échelle européenne, où l’usage des fonds reste souvent un domaine technique, sauf au Portugal, où il devient, de plus en plus, un levier politique.
- NORTE2030 : https://www.norte2030.pt/ ↩︎
- CCDR-N : https://www.ccdr-n.pt/pagina/francais ↩︎
- AD&C : https://www.adcoesao.pt/ ↩︎







