Madère : la renaissance d’un escargot au bord de l’extinction

escargot madeira

Sur les falaises arides de Deserta Grande, au large de Madère, un petit miracle de conservation est en cours. Le Geomitra grabhami, escargot terrestre endémique de l’archipel, avait quasiment disparu, réduit à une poignée d’individus survivant dans quelques mètres carrés de végétation. Aujourd’hui, grâce à un programme international de reproduction initié par des parcs zoologiques en France et au Royaume-Uni, plusieurs centaines d’escargots ont retrouvé leur île natale. Une victoire pour la biodiversité portugaise, et un nouvel espoir pour l’ensemble des mollusques menacés de l’archipel.

Une redécouverte inespérée

Geomitra grabhami

Pendant des décennies, les naturalistes pensaient l’espèce éteinte. C’est au détour d’une mission scientifique, il y a quelques années, que de minuscules coquilles beige rosé ont été repérées sur les îles Desertas, un chapelet d’îlots protégés depuis 1995. Le recensement qui suivit fut sans appel : à peine 500 individus subsistaient, concentrés dans une zone minuscule. Cette population résiduelle, exposée aux prédateurs et aux aléas climatiques, ne pouvait survivre sans intervention humaine.

Des escargots nés en France et au Royaume-Uni

beauval

Pour éviter l’extinction, trois institutions se sont mobilisées : le ZooParc de Beauval 1 (Loir-et-Cher, France), le zoo de Chester 2 et le zoo de Bristol 3 au Royaume-Uni. En 2023, Beauval a reçu 50 Geomitra grabhami et 50 Discula lyelliana, une autre espèce menacée, afin de lancer un élevage spécialisé. Dans des terrariums reproduisant le climat de Madère, l’espèce a connu une reproduction spectaculaire : 197 bébés Geomitra sont nés en quelques mois. « Lorsque ces escargots sont arrivés, leur avenir était entre nos mains », résume le Dr Gerardo Garcia, du zoo de Chester.

En avril 2024, 870 escargots issus de ces élevages, dont plusieurs centaines nés en France, ont été relâchés sur Deserta Grande. Leur diversité génétique renforcera la survie des derniers individus sauvages, tout en préparant la constitution de nouvelles colonies.

Une île protégée mais fragile

isla deserta

Deserta Grande est la plus vaste des trois îles Desertas, avec seulement 10 km² de superficie. Inhabitée et classée réserve naturelle, elle abrite une faune unique : phoques moines, oiseaux marins, et 4 espèces d’escargots terrestres endémiques : Geomitra grabhami, Discula lyelliana, Geomitra coronula et Atlantica calathoides. Toutes sont classées « en danger critique d’extinction » par l’UICN 4.

La principale menace vient des souris introduites, qui se nourrissent d’escargots et de leurs œufs. Avant toute réintroduction, plus de 300 pièges ont été déployés pour réduire ces populations, avec une attention particulière à ne pas piéger les lézards endémiques. Mais d’autres dangers persistent : la sécheresse, l’érosion des sols et la disparition de la végétation nourricière, notamment la fougère aigle (Pteridium aquilinum), essentielle pour abriter les escargots.

Science, conservation et pédagogie

Sauver une espèce en danger : 870 escargots réintroduits à Madère

Le programme, coordonné par l’Institut des Forêts et de la Conservation de la Nature (IFCN) de Madère 5, ne se limite pas à la reproduction ex situ. Des relevés climatiques, des cartes de végétation et un suivi par capture-marquage-recapture permettent de comprendre les besoins précis de chaque espèce et de choisir les sites les plus favorables aux relâchers.

En parallèle, une campagne de sensibilisation a été lancée en partenariat avec Mossy Earth 6. Vidéos, interventions éducatives et contenus pédagogiques visent à faire découvrir au grand public l’importance écologique de ces mollusques : recycleurs de nutriments, indicateurs de la santé des écosystèmes et maillons essentiels de la chaîne alimentaire.

Un futur à surveiller

La réintroduction du Geomitra grabhami est une étape cruciale, mais elle ne garantit pas encore la sortie de l’espèce de la liste rouge. Le succès dépendra de la stabilité de son habitat et de la poursuite des efforts de contrôle des prédateurs. Les prochaines années diront si ces escargots, partis de France et du Royaume-Uni pour retrouver leur rocher atlantique, parviendront à reconstituer une population viable à long terme.

Sur Deserta Grande, la réapparition de ces petites coquilles est plus qu’une victoire scientifique : c’est un symbole de résilience et un rappel que même les espèces les plus discrètes méritent notre attention et nos efforts de protection.

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