Presque cinq ans après les prévisions initiales, le Portugal s’apprête à rejoindre le club très restreint des nations disposant d’une base de lancement spatiale. Situé sur l’île de Santa Maria, au cœur de l’Atlantique, le futur port spatial des Açores a obtenu sa première licence d’exploitation, ouvrant la voie à des opérations dès le printemps 2026. Pour Lisbonne, l’enjeu dépasse la simple infrastructure : il s’agit de positionner le pays comme une plateforme stratégique pour la nouvelle économie spatiale européenne.
Une autorisation historique
La licence, délivrée par l’Autorité nationale des communications (Anacom) 1 à l’Atlantic Spaceport Consortium (ASC) 2, est valable cinq ans et concerne exclusivement l’exploitation du centre de lancement installé à Malbusca, sur l’île de Santa Maria. Les opérations de lancement, elles, devront faire l’objet d’autorisations spécifiques. C’est la première fois qu’un tel permis est accordé sur le sol portugais, marquant un jalon important dans la mise en œuvre de la stratégie nationale « Portugal Space 2030 » 3.
Ce programme vise à exploiter pleinement la position géographique privilégiée des Açores, au croisement des routes aériennes et maritimes de l’Atlantique, pour accueillir des missions de lancement, mais aussi de retour d’engins spatiaux. La présidence de l’Agence spatiale portugaise, Ricardo Conde, y voit « la preuve que le pays dispose désormais d’un cadre légal robuste, transparent et aligné sur les meilleures pratiques internationales ».
Des débuts retardés, mais des ambitions intactes

L’idée d’un port spatial aux Açores n’est pas nouvelle : dès 2020, le gouvernement ambitionnait un premier lancement de petits satellites à l’été 2021. Mais des retards liés à la procédure d’appel d’offres, puis à l’absence de cadre légal adapté, ont repoussé le calendrier. Il a fallu attendre la révision du décret-loi en février 2024 pour rendre possible le licenciement de telles infrastructures.
Désormais, le calendrier se précise : les premiers vols prévus en 2026 seront suborbitaux, destinés à tester technologies, opérations et véhicules. Le consortium a déjà conclu des contrats avec des sociétés en Pologne, en Allemagne et au Royaume-Uni. À l’horizon 2027, il envisage des missions orbitales pour la mise en orbite de satellites, ainsi que l’accueil du Space Rider 4, la navette spatiale non habitée de l’Agence spatiale européenne.
Un acteur à part dans le paysage spatial européen
À l’échelle européenne, le Portugal joue ici une carte singulière. Alors que la plupart des lancements sont concentrés en Guyane française (Kourou) ou en Scandinavie (Andøya en Norvège, Esrange en Suède), Santa Maria pourrait devenir un hub complémentaire, spécialisé dans les vols suborbitaux, les petits satellites et les missions de récupération. Sa localisation en milieu océanique offre des avantages en matière de sécurité des trajectoires et de flexibilité opérationnelle.
Cette orientation vers le marché des microsatellites et des lanceurs légers correspond à une tendance mondiale : la multiplication des constellations, la demande croissante en observation terrestre et la nécessité de réduire les coûts d’accès à l’espace. L’ASC, qui regroupe la société Ilex Space et le fabricant Optimal (spécialisé dans les composites et composants métalliques pour satellites et fusées), entend se positionner sur ce créneau en forte croissance.
Enjeux économiques, stratégiques et environnementaux

L’ouverture d’un port spatial ne se résume pas à un projet technologique. C’est aussi un levier économique pour les Açores, où la création d’emplois qualifiés et l’implantation d’entreprises liées au spatial pourraient dynamiser l’économie locale. Les autorités régionales et municipales ont d’ailleurs exprimé un soutien clair au projet.
Mais la dimension stratégique est tout aussi importante. Dans un contexte de compétition accrue entre puissances spatiales, disposer d’un site de lancement national renforce l’autonomie technologique et la visibilité internationale du Portugal. En parallèle, les préoccupations environnementales ne sont pas absentes : les zones insulaires étant particulièrement fragiles, le respect des normes écologiques et l’intégration harmonieuse de l’infrastructure seront scrutés de près par les acteurs locaux.
Vers une intégration renforcée dans la « nouvelle économie spatiale »
Pour Lisbonne, ce projet s’inscrit dans une stratégie plus large : développer des capacités industrielles dans le spatial, attirer des investissements et encourager la recherche appliquée. L’Agence spatiale portugaise mise sur la complémentarité avec d’autres acteurs européens, en particulier dans le cadre des programmes de l’Agence spatiale européenne et des initiatives de l’Union européenne sur l’espace.
Si le calendrier est respecté, le printemps 2026 marquera donc le décollage, au sens propre comme au figuré, du premier port spatial portugais. Les prochaines étapes, notamment l’obtention des licences de lancement, seront déterminantes pour transformer l’essai et faire des Açores un nouveau point de repère sur la carte mondiale de l’exploration et de l’exploitation spatiales.
- Anacom : https://www.anacom.pt/render.jsp?languageId=1 ↩︎
- Atlantic Spaceport Consortium : https://spaceport.pt/ ↩︎
- Portugal Space 2030 : https://ptspace.pt/space-2030/ ↩︎
- Space Rider : https://www.esa.int/Enabling_Support/Space_Transportation/Space_Rider ↩︎







