À contre‑courant de la tendance observée dans la plupart des économies avancées, le Portugal a engagé depuis 2025 une trajectoire de réduction progressive de son impôt sur les sociétés, avec l’objectif d’atteindre un taux de 17 % en 2028. Cette stratégie, confirmée par plusieurs votes successifs au Parlement, intervient dans un environnement international marqué par la stabilisation, voire la remontée, des prélèvements sur les entreprises. Alors que l’OCDE constate une atténuation du mouvement de baisse des taux observé depuis 20 ans, Lisbonne choisit au contraire d’accélérer son différentiel fiscal : le taux nominal portugais est passé de 21 % à 20 % en 2025, rejoignant l’Islande et le Luxembourg parmi les rares juridictions ayant réduit leur imposition cette année. Une orientation qui vise explicitement à renforcer l’attractivité du pays, dans un contexte où la concurrence fiscale intra‑européenne reste vive malgré la mise en place de l’impôt minimum sur les multinationales.
Un signal de compétitivité dans un climat fiscal tendu
Alors que de nombreux pays resserrent leur régime fiscal, Lisbonne adopte une stratégie inverse. Le taux d’impôt sur les sociétés est passé de 21 % à 20 % en 2025, une baisse symbolique d’un point mais qui traduit une volonté politique assumée. Cette réforme, votée par le Parlement portugais, a reçu le soutien de l’exécutif, de l’Initiative libérale et du parti PAN, tandis que le PS et Chega se sont abstenus. Le gouvernement a déjà indiqué que cette réduction s’inscrit dans une trajectoire de décrue progressive dans les prochaines années.
Un nouveau plan voté fin 2025 prévoit d’ailleurs une poursuite de la baisse du taux dès 2026 (19 %), avec un objectif à 17 % à l’horizon 2028. Le Portugal lance ainsi un cycle de réduction graduelle de l’impôt sur les sociétés, dans un paysage européen où la tendance est plutôt à la stabilisation voire à la hausse.
Le rapport de l’OCDE souligne que la tendance générale est plutôt à la stabilité : entre 2019 et 2025, le taux moyen d’imposition est passé de 21,7 % à 21,2 %, avec une légère remontée par rapport à 2024 (21,1 %). Dans ce contexte, la baisse portugaise, aussi modeste soit-elle, constitue un signal fort en faveur de l’attractivité économique.
Des incitations fiscales ciblées, notamment pour la R&D
Au-delà du taux nominal, l’environnement fiscal portugais s’illustre également par une politique incitative ciblée. Le pays figure parmi ceux qui offrent le plus d’avantages fiscaux aux entreprises, en particulier aux PME investissant dans la recherche et développement (R&D). L’OCDE place le Portugal au côté de la France et de la Pologne en matière de soutien fiscal à l’innovation.
Cette orientation s’inscrit dans une stratégie de compétitivité élargie : au lieu d’une baisse généralisée de l’impôt sur les sociétés, le gouvernement prône des dispositifs plus fins, adaptés aux secteurs prioritaires et aux entreprises en croissance.
Une ligne différenciante face aux grandes économies européennes
Dans le même temps, la France a relevé temporairement son taux d’imposition via une taxe exceptionnelle, tandis que la Slovaquie, la Tunisie ou encore Gibraltar ont augmenté leur fiscalité sur les entreprises. Le Portugal, à l’inverse, entend poursuivre sa différenciation, malgré les contraintes budgétaires.
Parmi les 145 juridictions analysées par l’OCDE, 26 affichent encore des taux supérieurs ou égaux à 30 %, dont la France (36,1 %), la Colombie et Malte (35 %). A l’autre extrémité du spectre, 11 pays n’appliquent aucun impôt sur les sociétés. Le Portugal, avec ses 20 %, reste dans une zone intermédiaire, mais tend à s’en rapprocher.
Vers une convergence européenne ou une concurrence fiscale accrue ?
La baisse du taux portugais pose une question plus large : celle de la convergence fiscale au sein de l’Union européenne. Si Bruxelles pousse pour une certaine harmonisation, notamment via l’impôt minimum sur les multinationales, les stratégies nationales restent diverses. Pour Lisbonne, le pari est clair : attirer davantage d’investissements et renforcer la compétitivité des entreprises locales, tout en s’appuyant sur une politique ciblée de soutien à l’innovation.
Alors que le cycle économique post-Covid peine à s’accélérer en Europe, le choix portugais de desserrer, même symboliquement, la pression fiscale sur les entreprises pourrait bien servir de modèle aux autres économies soucieuses de relance et d’emplois.







