Le Portugal adopte sa stratégie climatique jusqu’en 2030

plan action climat 2030

Le gouvernement portugais a approuvé ce jeudi la nouvelle Stratégie nationale d’adaptation au changement climatique 2030 (ENAAC 2030), un document destiné à préparer le pays aux conséquences croissantes du réchauffement climatique au cours des prochaines années. Le texte doit désormais être examiné par le Parlement et pourrait entrer en vigueur dès cet été.

Cette feuille de route intervient alors que le Portugal figure parmi les pays européens les plus exposés aux vagues de chaleur, aux sécheresses, aux incendies de forêt, aux inondations et à l’érosion côtière. Les tempêtes qui ont frappé le pays cet hiver et les épisodes de chaleur déjà observés ce printemps ont rappelé la vulnérabilité du territoire face aux phénomènes météorologiques extrêmes.

Si la stratégie est saluée pour son ambition générale, plusieurs organisations ayant participé à la consultation publique estiment toutefois que certaines faiblesses demeurent, notamment en matière de financement, de justice sociale et de protection des populations les plus vulnérables.

Préparer le pays à des phénomènes extrêmes plus fréquents

L’ENAAC 2030 s’inscrit dans le prolongement des précédentes stratégies adoptées en 2010 puis en 2020. Elle est articulée avec le Plan national énergie-climat et avec la Loi-cadre sur le climat, qui fixe les grandes orientations environnementales du pays.

Le document s’appuie sur quatre grands objectifs et prévoit une vingtaine d’actions concrètes. Parmi les priorités figurent le développement des connaissances scientifiques sur les risques climatiques, l’amélioration des systèmes de surveillance et d’alerte, l’intégration du risque climatique dans l’aménagement du territoire et le renforcement des investissements destinés à accroître la résilience du pays.

Plusieurs programmes sont déjà engagés. Le Portugal prévoit notamment des investissements importants pour renforcer la résilience des ressources en eau, restaurer certains cours d’eau, moderniser les systèmes de surveillance hydrologique ou encore protéger le littoral. Plusieurs centaines de millions d’euros sont également destinés à la lutte contre l’érosion côtière et à la préservation des plages les plus exposées.

Le gouvernement souhaite également mobiliser différents financements européens et nationaux afin d’accompagner la mise en œuvre des mesures prévues jusqu’à la fin de la décennie.

Des critiques sur le financement et la dimension sociale

Malgré cette approbation, plusieurs organismes consultatifs et associations environnementales considèrent que le texte laisse encore de nombreuses questions sans réponse.

L’association ZERO a notamment regretté l’absence d’un calendrier détaillé, d’objectifs chiffrés suffisamment précis et d’estimations claires des coûts. Elle estime également que certaines solutions fondées sur la restauration des écosystèmes naturels restent insuffisamment mises en avant au profit d’approches davantage centrées sur les infrastructures et les ouvrages techniques.

Le Conseil national de l’environnement et du développement durable (CNADS) a, de son côté, insisté sur une autre préoccupation : la protection des populations les plus fragiles. Selon cet organisme, la stratégie identifie correctement les risques climatiques mais répond encore imparfaitement aux conséquences sociales du réchauffement.

Ses membres plaident notamment pour une meilleure prise en compte de la précarité énergétique, du mal-logement et des effets sanitaires des vagues de chaleur. Ils estiment que l’adaptation climatique ne peut pas se limiter aux infrastructures et doit aussi contribuer à réduire les inégalités territoriales et sociales.

Une adaptation climatique qui dépasse les seules questions environnementales

Les critiques formulées lors de la consultation publique illustrent une évolution plus large du débat climatique au Portugal. Au-delà de la protection des plages, de la gestion de l’eau ou de la prévention des incendies, de nombreux experts considèrent désormais que l’adaptation doit également intégrer les enjeux de santé publique, de mobilité et de cohésion sociale.

Le Conseil portugais pour la santé et l’environnement a ainsi recommandé la création d’un plan spécifique consacré aux conséquences sanitaires du changement climatique. Parmi les préoccupations figurent l’augmentation des épisodes de chaleur extrême, la dégradation de la qualité de l’air ou encore l’apparition de nouvelles maladies favorisées par l’évolution des conditions climatiques.

Autre point régulièrement soulevé : le Conseil pour l’action climatique, prévu par la législation depuis 2023, n’a toujours pas été mis en place. Plusieurs organisations estiment que son absence affaiblit le dispositif de suivi et d’évaluation des politiques climatiques.

Le gouvernement assure néanmoins que la nouvelle stratégie permettra de mieux coordonner les politiques liées à l’eau, à la forêt, à l’aménagement du territoire et à la protection civile. Son efficacité sera suivie à travers des rapports annuels transmis au Parlement ainsi qu’aux institutions européennes et internationales compétentes.

Alors que les projections climatiques annoncent une intensification des phénomènes extrêmes dans le sud de l’Europe au cours des prochaines décennies, le débat ne porte plus vraiment sur la nécessité de s’adapter, mais sur la manière dont cette adaptation sera financée, mise en œuvre et répartie entre les différentes catégories de la population.

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