Pendant plus de deux décennies, le Portugal a souvent été cité comme une référence internationale en matière de politique des drogues. La décriminalisation de la consommation en 2001, associée à une stratégie de prévention, de traitement et de réduction des risques, a permis de faire reculer plusieurs indicateurs qui inquiétaient alors les autorités, notamment ceux liés à l’héroïne et aux infections transmissibles.
Mais le paysage européen des stupéfiants a profondément changé. Selon le Rapport européen sur les drogues 2026 publié par l’Agence de l’Union européenne sur les drogues (EUDA), le Portugal fait désormais face à des défis nouveaux, dominés par la progression de la cocaïne, l’apparition de substances synthétiques et l’évolution des modes de consommation.
La cocaïne s’impose comme une préoccupation majeure
Les chiffres publiés cette année placent le Portugal parmi les pays européens ayant enregistré les plus importantes saisies de cocaïne. En 2024, les autorités portugaises ont intercepté 23 tonnes de cocaïne ou de crack, un volume comparable à celui de l’Allemagne. Seuls l’Espagne, la France, la Belgique et les Pays-Bas ont signalé des quantités plus importantes.
Cette position s’explique notamment par la situation géographique du pays et par l’importance de ses infrastructures portuaires dans les routes internationales du trafic de drogue. Depuis plusieurs années, les organisations criminelles utilisent de plus en plus les grands ports européens pour acheminer la cocaïne produite en Amérique latine.
Mais au-delà des saisies, c’est l’évolution de la consommation qui retient l’attention des spécialistes. Selon les données européennes, près de 4,3 millions d’adultes ont consommé de la cocaïne au cours de l’année écoulée dans l’Union européenne. Les demandes de traitement liées à cette substance progressent également de manière significative.
Une substance présente dans près des trois quarts des overdoses

Le constat est particulièrement préoccupant au Portugal. D’après les données du rapport, la cocaïne ou le crack ont été détectés dans 73 % des overdoses enregistrées en 2024 dans le pays.
La plupart de ces décès surviennent toutefois dans un contexte de consommation multiple. Dans une très grande majorité des cas, la cocaïne n’est pas consommée seule mais associée à d’autres substances, ce qui augmente considérablement les risques d’accident grave ou mortel.
Les responsables du secteur des addictions soulignent également la progression du crack parmi les personnes prises en charge. Cette forme de cocaïne, souvent associée à des situations de grande précarité sociale dans plusieurs pays, constitue désormais un sujet de préoccupation croissant au Portugal.
Le marché des drogues devient plus complexe
La cocaïne n’est cependant qu’une partie du problème. Le rapport européen décrit un marché des drogues devenu plus diversifié, plus puissant et surtout plus imprévisible qu’au cours des décennies précédentes.
La résine de cannabis affiche aujourd’hui des concentrations en THC nettement supérieures à celles observées il y a 10 ans. Les produits dérivés, les substances destinées aux cigarettes électroniques et les cannabinoïdes synthétiques se multiplient également sur le marché européen.
La kétamine fait elle aussi l’objet d’une surveillance renforcée. Si son usage reste relativement limité à l’échelle de la population, les analyses des eaux usées montrent une augmentation de sa présence dans certaines villes européennes. Au Portugal, les données les plus récentes indiquent notamment une progression observée dans la région de Porto.
À cela s’ajoute l’apparition régulière de nouvelles drogues synthétiques. Depuis 2009, près d’une centaine de nouveaux opioïdes synthétiques ont été identifiés en Europe. Certains présentent une puissance largement supérieure à celle des substances traditionnellement consommées, ce qui alimente les inquiétudes des autorités sanitaires.
Le modèle portugais à l’épreuve d’une nouvelle réalité
Pour les experts, ces évolutions ne remettent pas nécessairement en cause la politique portugaise de décriminalisation. Elles montrent en revanche que le contexte dans lequel cette politique a été conçue n’est plus le même qu’au début des années 2000.
À l’époque, l’héroïne représentait l’essentiel des préoccupations sanitaires. Aujourd’hui, les autorités doivent faire face à un marché beaucoup plus fragmenté, où coexistent cocaïne, crack, cannabis à forte teneur en THC, kétamine, substances synthétiques et nouveaux opioïdes.
Le défi consiste désormais à adapter les dispositifs de prévention, de traitement et de réduction des risques à cette nouvelle réalité. Car si le Portugal reste souvent présenté comme un modèle européen en matière de politique des drogues, le rapport 2026 rappelle qu’aucun pays n’est à l’abri des profondes transformations qui touchent actuellement le marché des stupéfiants sur l’ensemble du continent.







