La crise du logement est devenue le principal problème des consommateurs au Portugal, devant même les difficultés rencontrées dans le domaine de la santé. C’est le constat particulièrement sévère dressé par João Nabais, nouveau président de la DECO, l’Association portugaise pour la défense des consommateurs.
L’avocat, qui prend ses fonctions ce 9 septembre pour le mandat 2026-2028, estime que le pays a atteint un point nécessitant des réponses exceptionnelles. Dans un entretien accordé à idealista/news, il va jusqu’à parler d’un « quadro de catástrofe », une situation de catastrophe, pour qualifier les difficultés d’accès à un logement abordable.
Une formule forte qui ne constitue évidemment pas une qualification officielle de la situation portugaise. Elle traduit cependant l’inquiétude de la principale association de défense des consommateurs face à des prix immobiliers et des loyers devenus particulièrement difficiles à supporter avec les revenus portugais.
« Le problème numéro un » des consommateurs portugais
Pour João Nabais, le constat ne souffre guère d’ambiguïté : « le logement est le problème numéro un dans la défense du consommateur ». Il considère même que la situation portugaise figure parmi les deux ou trois plus difficiles d’Europe, notamment en raison du faible niveau des revenus par rapport à celui observé dans d’autres pays européens.
Le nouveau président de la DECO établit une distinction avec la santé. Malgré les difficultés du Serviço Nacional de Saúde (SNS), il existe encore, selon lui, un système public et des solutions privées complémentaires. En matière de logement, les possibilités sont beaucoup plus limitées : lorsqu’un ménage ne trouve ni logement à acheter ni location compatible avec ses revenus, il ne dispose pas d’une véritable solution alternative.
Cette situation touche particulièrement les jeunes. Certains repoussent leur départ du domicile familial ou doivent y retourner, tandis que les étudiants rencontrent également des difficultés pour se loger à proximité de leur université.
João Nabais refuse notamment l’idée selon laquelle l’éloignement toujours plus important des centres urbains constituerait une réponse suffisante. Une personne travaillant à Lisbonne ne peut certes pas nécessairement habiter près du Marquês de Pombal, explique-t-il en substance, mais l’obliger à vivre à 70 kilomètres de son lieu de travail crée à son tour des difficultés considérables.
État et municipalités appelés à construire davantage
Face à cette situation, la DECO réclame une intervention beaucoup plus importante et mieux coordonnée de l’État central et des municipalités. La création de davantage de logements sociaux et abordables constitue l’une des priorités défendues par son nouveau président.
Les municipalités pourraient notamment intervenir sur le foncier, acquérir des terrains, organiser leur urbanisation et déterminer les conditions dans lesquelles de nouveaux logements seront construits puis proposés sur le marché. La politique du logement devrait également être davantage coordonnée avec celle des transports afin d’éviter que l’éloignement géographique ne transforme l’accès au logement en problème de mobilité quotidienne.
Mais João Nabais ne demande pas pour autant de remplacer l’investissement privé par l’intervention publique. Il défend au contraire la nécessité de faciliter la construction et l’investissement, notamment en réduisant les délais administratifs.
Lotissements, permis et approbations de projets peuvent prendre tellement de temps qu’ils augmentent le coût des opérations, estime-t-il. Un promoteur ayant emprunté pour acheter un terrain continue en effet de supporter ses charges financières pendant qu’il attend une autorisation. Selon le président de la DECO, accélérer ces procédures fait donc également partie des moyens permettant d’augmenter l’offre.
Des moratoires pour éviter certaines expulsions ?
C’est l’une des propositions les plus marquantes avancées par João Nabais. Face à une crise qu’il juge exceptionnelle, il estime qu’il faudrait étudier la possibilité de suspendre temporairement certaines expulsions lorsque le locataire ne peut réellement plus payer son loyer.
Le principe ne serait pas de faire supporter les impayés au propriétaire. Le président de la DECO imagine au contraire un mécanisme associant moratoire et financement permettant de garantir temporairement le paiement du bailleur, tout en laissant au ménage en difficulté plusieurs mois, voire davantage, pour retrouver une situation financière viable.
Il prend pour référence les dispositifs exceptionnels adoptés pendant la pandémie de Covid-19. Des moratoires avaient alors été instaurés pour empêcher qu’un choc économique brutal ne provoque immédiatement une multiplication des défauts de paiement.
João Nabais estime qu’une logique comparable mérite aujourd’hui d’être étudiée pour le logement. Il s’agit à ce stade d’une proposition de la DECO et non d’une mesure décidée par le gouvernement portugais.
Son raisonnement repose sur l’idée qu’une accélération systématique des expulsions ne résoudrait pas le problème lorsque l’impayé résulte réellement d’une insuffisance de revenus. Le propriétaire récupère certes son logement, mais la dette demeure tandis qu’une nouvelle famille peut basculer dans une situation d’urgence sociale.
Continuer à faciliter l’achat d’un logement pour les jeunes
La DECO ne concentre pas uniquement ses propositions sur la location. Son nouveau président considère également qu’il faut poursuivre les dispositifs facilitant l’accession à la propriété des jeunes, notamment lorsque les mensualités d’un crédit immobilier peuvent se révéler plus supportables que les loyers pratiqués sur le marché.
João Nabais porte ainsi un regard favorable sur les avantages fiscaux et les mesures déjà mises en place pour les acheteurs jusqu’à 35 ans et estime que ces mécanismes doivent être maintenus et améliorés. Il salue plus généralement certaines initiatives prises par le gouvernement actuel comme par le précédent, tout en jugeant qu’elles restent insuffisantes face à l’ampleur du problème.
Il n’existe cependant, reconnaît-il, aucun « remède magique ». Augmenter la construction publique, débloquer les projets privés, soutenir certains locataires, faciliter l’achat et mieux relier logement et transports doivent avancer simultanément.
C’est précisément ce qui explique la gravité du diagnostic formulé par le nouveau dirigeant de la DECO. À ses yeux, le Portugal n’est plus confronté à une simple tension immobilière susceptible de se résorber avec quelques ajustements : la crise a été laissée se développer suffisamment longtemps pour nécessiter désormais des réponses qui sortent de l’ordinaire.







