Crise du logement à Porto : Bordalo II met symboliquement la ville « à vendre »

porto vende se

Un immense panneau « Vende-se », « À vendre » en français, posé sur les célèbres lettres bleues PORTO devant l’hôtel de ville. L’artiste portugais Bordalo II a une fois de plus choisi une intervention aussi simple que spectaculaire pour apporter son soutien à la mobilisation contre la crise du logement qui secoue actuellement la ville.

L’œuvre n’est restée en place que quelques heures. Installée jeudi 15 octobre devant la mairie de Porto, sur la Praça General Humberto Delgado, elle avait déjà été retirée à 18h40. Mais Bordalo II en avait publié les images et une vidéo sur les réseaux sociaux, accompagnées d’une formule encore plus lapidaire : « Vendeu-se » (Vendu).

Le choix du lieu et du moment n’a évidemment rien d’anodin. À quelques centaines de mètres de là, sur la Praça D. João I, des habitants protestent depuis le 10 octobre contre le coût du logement à Porto. Une mobilisation qui a pris de l’ampleur ces derniers jours et donné lieu à de fortes tensions avec les forces de l’ordre.

Porto transformée en annonce immobilière

Bordalo II détourne ici l’un des éléments les plus reconnaissables de l’identité visuelle de la ville. Les grandes lettres bleues « Porto. », installées devant la mairie et photographiées quotidiennement par les visiteurs, deviennent le support d’une gigantesque annonce immobilière.

Le message fait directement écho aux revendications des manifestants. Depuis plusieurs jours, l’« Acampada pela Habitação » réclame notamment davantage de logements publics, la réhabilitation des logements vacants, un encadrement des loyers et la fin des expulsions sans solution alternative.

Jeudi soir, après les affrontements survenus dans la nuit précédente, la mobilisation a encore grossi. Des centaines de personnes ont quitté la Praça D. João I pour rejoindre les abords de la mairie et poursuivre la contestation.

Après Lisbonne, Bordalo II s’attaque à Porto

80% des recettes des villes proviennent des impots immobiliers

Ce n’est pas la première fois que l’artiste portugais utilise le langage de l’immobilier pour dénoncer la difficulté croissante à se loger dans les grandes villes du pays.

En août 2025, il avait déjà installé au Cais das Colunas, face au Tage, une immense annonce proclamant « Vende-se Lisboa ». Sur les réseaux sociaux, il présentait ironiquement la capitale comme une ville « vibrante, cosmopolite et gentrifiée », mais devenue inaccessible à une partie de ceux qui y vivent.

monopoli bordalo

Quelques mois auparavant, en mai 2025, Bordalo II avait transformé la Praça Duque da Terceira, au Cais do Sodré, en gigantesque plateau de Monopoly. Baptisée « Provoc », l’installation faisait du logement un jeu de hasard où les rues et avenues portugaises étaient associées à des prix immobiliers.

Les deux interventions avaient été retirées par la municipalité de Lisbonne. Dans le cas du Monopoly, la mairie avait notamment invoqué une intervention non autorisée et des dommages causés à la chaussée.

De ses animaux en déchets à la crise du logement

Bordalo II, de son vrai nom Artur Bordalo, s’est d’abord fait connaître internationalement pour ses impressionnantes sculptures d’animaux réalisées à partir de déchets. Depuis 2012, ses œuvres monumentales, assemblées avec des plastiques, morceaux de voitures et autres matériaux récupérés, ont essaimé du Portugal aux États-Unis ou à Singapour, en passant par le Timor-Leste.

Mais l’artiste de 39 ans utilise également l’espace public pour intervenir directement dans le débat social. Après Lisbonne, son panneau « Vende-se » transpose désormais cette critique à Porto, au moment précis où la question du logement occupe la rue.

Le panneau a disparu presque immédiatement. L’image, elle, est restée. Une ville transformée en produit immobilier : Bordalo II n’avait finalement besoin que de deux mots pour résumer son intervention, « Vende-se » puis « Vendeu-se ».

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