À Silves, un puits-citerne de 18m révèle un ouvrage unique

Poço-Cisterna Almóada

Il est resté invisible pendant plusieurs siècles, enfoui sous le centre historique de Silves au point qu’une maison fut construite au-dessus de lui au XIXe siècle. Pourtant, quelques mètres sous terre se cachait l’un des témoignages les plus singuliers de la présence islamique en Algarve : un puits-citerne de plus de 18 mètres de profondeur doté d’un étonnant escalier en spirale.

Construit aux XIIe et XIIIe siècles, à l’époque almohade, l’ouvrage n’a été redécouvert qu’à la fin du XXe siècle. Il constitue aujourd’hui la pièce maîtresse du Musée municipal d’archéologie de Silves et est présenté comme un exemple unique au Portugal.

Un escalier descend jusqu’à plus de 18 mètres sous terre

Le puits-citerne almohade (Poço-Cisterna Almóada) mesure environ 2,5 mètres de diamètre et descend à plus de 18 mètres sous le niveau actuel de la ville. Mais sa profondeur n’est pas ce qui le rend exceptionnel.

À l’intérieur, un escalier relativement large s’enroule autour du puits et permettait autrefois de descendre progressivement vers l’eau. Trois ouvertures aménagées à différentes hauteurs donnaient accès au réservoir en fonction de son niveau de remplissage.

Ce dispositif facilitait donc l’approvisionnement lorsque le niveau de l’eau variait. Les ouvertures contribuaient également à l’aération de la réserve.

Cette association entre une citerne profonde et une véritable circulation intérieure en spirale explique en grande partie la rareté de l’ouvrage.

Une construction considérée comme unique au Portugal

Silves possède plusieurs autres vestiges liés à ses anciens systèmes d’approvisionnement en eau, mais aucun ne reprend cette architecture particulière.

Les chercheurs ont identifié un parallèle très éloigné à Tuna al-Gabal, au sud du Caire, où une citerne d’origine romaine d’environ 14 mètres de profondeur dispose elle aussi d’un escalier en spirale. Au Portugal, le monument de Silves demeure toutefois sans équivalent connu.

Il rappelle aussi l’importance prise par la ville durant la période islamique. Alors connue sous le nom de Xelb, Silves fut pendant plusieurs siècles l’un des principaux centres urbains du sud-ouest de la péninsule Ibérique.

Le puits-citerne a fini par disparaître sous les décombres

Poço-Cisterna Almóada

L’ouvrage cessa progressivement d’être utilisé avant d’être entièrement comblé à la fin du XVIe siècle.

Les fouilles ont notamment permis de retrouver cinq pièces de monnaie du règne de Sébastien Ier, qui ont contribué à dater le remplissage définitif de la structure.

Son abandon pourrait toutefois être plus ancien. Le puits-citerne n’apparaît pas dans le Livro do Almoxarifado de Silves, document établi dans les années 1470, ce qui a conduit les archéologues à envisager une désaffectation dès le milieu du XVe siècle.

Une fois rempli, l’ouvrage disparut complètement du paysage urbain. Les générations suivantes finirent par oublier ce qui se trouvait sous leurs pieds.

Au XIXe siècle, une maison est construite directement au-dessus

L’histoire devient particulièrement étonnante au XIXe siècle. L’ancienne citerne, désormais totalement enfouie, servit tout simplement de support à une habitation.

Pendant des décennies, une maison occupa ainsi les lieux alors que l’immense construction médiévale se trouvait plusieurs mètres plus bas.

Il fallut attendre la fin de l’année 1979 pour que la structure soit de nouveau identifiée. Les fouilles entreprises au cours des années 1980 révélèrent alors un ouvrage dans un état de conservation remarquable.

Sa découverte apporta de nouvelles informations sur l’organisation de Silves durant les derniers siècles de la présence musulmane et sur les transformations de la ville après la conquête chrétienne définitive de 1249.

Les fouilles racontent aussi une ville ouverte sur le monde

Le remplissage du puits a également joué le rôle d’une véritable capsule archéologique. De nombreux fragments de céramique datant principalement des XVe et XVIe siècles y ont été retrouvés.

Certains objets provenaient de Valence et de Séville, tandis que d’autres avaient des origines beaucoup plus lointaines : Italie, Pays-Bas ou encore Chine. Des productions locales complétaient cet ensemble.

Ces découvertes donnent un aperçu des échanges commerciaux entretenus par Silves à la fin du Moyen Âge et au début de l’époque moderne. Elles permettent aussi de mieux connaître les objets utilisés dans la vie quotidienne plusieurs siècles après la construction originelle de la citerne.

Le monument se visite aujourd’hui au cœur de Silves

Lors de la création du Musée municipal d’archéologie de Silves en 1990, le bâtiment fut conçu autour du puits-citerne afin de conserver l’ouvrage à son emplacement d’origine.

Le musée rassemble aujourd’hui des découvertes couvrant une très longue période de l’histoire locale, depuis la Préhistoire jusqu’à l’époque moderne. Mais son élément le plus spectaculaire reste cette construction almohade qui descend profondément sous les salles du musée.

Classé Monument national, le puits-citerne constitue ainsi l’un des témoignages les plus insolites de la Silves islamique : un ouvrage vieux de près de 9 siècles, oublié sous une maison avant de réapparaître presque intact au cœur de la ville.

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