TAP Portugal championne des retards en 2025

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Retards, annulations, grèves, surcharge du trafic aérien : pour les voyageurs européens, l’année 2025 a été marquée par une recrudescence de perturbations dans les airs. La publication du classement annuel de Flightright, spécialiste de l’indemnisation des passagers aériens, jette une lumière crue sur la performance des compagnies opérant au départ de l’Europe. Et les résultats sont sans appel : la TAP Air Portugal décroche la première place du palmarès des compagnies les moins ponctuelles, avec près d’un vol sur deux en retard. Un signal d’alarme dans un secteur déjà fragilisé par les tensions sociales et les limites structurelles du ciel européen.

Une ponctualité en berne pour la TAP, malgré son statut de compagnie nationale

En 2025, la TAP affiche un taux de retard de 47,01 %, soit une envolée spectaculaire par rapport à l’an passé où la compagnie portugaise culminait déjà à 32,1 %. Sur plus de 109.000 vols analysés par Flightright entre janvier et début décembre, plus de 51.000 ont accusé un retard supérieur à 15 minutes à l’arrivée. Cette dégradation de la ponctualité, désormais chronique, fait tache pour un pavillon national qui peine à convaincre, malgré les investissements publics passés et les promesses de modernisation.

Les chiffres confirment une tendance inquiétante : loin de s’améliorer, les performances de la TAP se détériorent. Loin d’être isolée, cette contre-performance est partagée par d’autres grands noms de l’aviation européenne, comme British Airways (39,76 % de retards) et Air France (36,96 %), qui ferment la marche du Top 5 des compagnies les moins ponctuelles. Des compagnies historiques, parfois présentées comme garantes de qualité de service, mais qui montrent des lacunes comparables, voire supérieures à certaines low-cost.

Le contraste est d’autant plus saisissant avec Vueling, compagnie espagnole classée dernière de ce Top 10, mais en tête en termes de ponctualité : elle n’affiche que 20,81 % de retards. Une performance qui relativise l’opposition traditionnelle entre low-cost et compagnies régulières, et invite à s’interroger sur la capacité réelle de certaines entreprises à tenir leurs engagements horaires.

Cette situation devient d’autant plus problématique que les retards, accumulés au fil des rotations, se répercutent en cascade tout au long de la journée. C’est précisément ce qu’explique Imane El Bouanani, directrice juridique de Flightright : « Dans un modèle où les avions sont exploités jusqu’à douze heures par jour, un simple incident le matin peut entraîner l’annulation du dernier vol du soir ».

Les low-cost parmi les plus touchées : un effet mécanique

Le classement met aussi en lumière un phénomène mécanique : les compagnies opérant le plus grand nombre de vols sont logiquement celles qui cumulent le plus de retards en volume. Ryanair, qui a assuré plus d’un million de liaisons cette année, comptabilise à elle seule plus de 426.000 retards, avec un taux de 41,11 %. EasyJet, 2ème du classement, dépasse quant à elle les 234.000 vols retardés sur un total de 543.846. En 2024, leur taux de retard ne dépassait pas les 30 %. En 2025, ces chiffres explosent.

En volume absolu, les low-cost souffrent de leur modèle intensif. Les grèves à répétition, notamment du contrôle aérien français, ont amplifié les retards dans les couloirs aériens les plus fréquentés d’Europe. Le survol de l’espace aérien français, véritable entonnoir stratégique pour les liaisons entre le Royaume-Uni, l’Espagne et l’Italie, reste particulièrement exposé. Le moindre incident de régulation entraîne une réaction en chaîne dans toute l’Europe occidentale.

Ces retards ne sont pas sans conséquences pour les compagnies : chaque minute perdue peut représenter jusqu’à 100 euros de manque à gagner, selon les estimations de Flightright. Les retards chroniques peuvent ainsi générer des coûts opérationnels massifs, sans parler de la détérioration de l’image de marque et des indemnisations potentielles imposées par la réglementation européenne.

Une accalmie sur le front des annulations

Si les retards explosent, les annulations de vols sont en légère baisse, et la TAP ne figure pas dans le Top 10 des compagnies les plus concernées sur ce segment. Une bonne nouvelle, à nuancer toutefois : le classement de Flightright révèle que KLM est la compagnie ayant annulé le plus grand nombre de vols proportionnellement (2,3 %), suivie par Air France (1,4 %) et British Airways (1,19 %). Ces chiffres restent inférieurs à ceux de 2024, notamment pour la compagnie britannique, qui avait enregistré plus de 6 % de vols annulés l’an dernier.

Les low-cost, s’en sortent relativement bien sur ce critère : Ryanair n’a annulé que 0,23 % de ses vols, un taux d’autant plus remarquable qu’il s’agit de l’opérateur le plus actif en Europe. EasyJet affiche un score de 0,79 %, tandis que Vueling est à 0,82 %. Les annulations coûtent cher : un vol supprimé représente une perte directe pouvant atteindre 17 000 euros pour une compagnie aérienne.

Un modèle sous pression entre densité et fragilité

Ce classement annuel ne se contente pas de pointer des responsabilités individuelles : il révèle les tensions structurelles qui pèsent sur le transport aérien européen. La densification des liaisons, la concentration des hubs et les contraintes environnementales transforment le ciel européen en zone de haute turbulence logistique. À cela s’ajoutent les pénuries de personnel, notamment chez les contrôleurs aériens, et les effets du dérèglement climatique sur la régularité des opérations.

Dans ce contexte, le modèle économique des compagnies low-cost, tout comme la stratégie de rationalisation des compagnies historiques, semble atteindre ses limites. L’obsession de la rotation maximale, si rentable sur le papier, devient un piège en cas de perturbation. Et les passagers, eux, restent souvent les derniers avertis, mais les premiers pénalisés.

Classement 2025 des compagnies aériennes selon leur taux de retard

RangCompagnieTaux de retard (%)Vols retardésTotal de vols
1TAP Portugal47,0151 365109 253
2EasyJet43,03234 035543 846
3Ryanair41,11426 5031 037 510
4British Airways39,76113 284284 918
5Air France36,9698 190265 638
6Swiss34,2345 807133 828
7KLM32,0177 930243 484
8SAS24,8357 470231 482
9Lufthansa23,59108 596460 263
10Vueling20,8144 145212 147

Vers un futur incertain pour la ponctualité européenne

Alors que l’aérien amorce une reprise post-pandémique et que les projets de ciel unique européen stagnent, la ponctualité semble redevenir un luxe. Les passagers devront continuer à jongler entre files d’attente, alertes SMS, et indemnisations hypothétiques. Pour les compagnies aériennes, l’heure est à la remise en question de pratiques intensives qui fragilisent l’ensemble du système. Et pour les régulateurs, le défi reste entier : protéger les droits des voyageurs tout en assurant la viabilité d’un secteur déjà confronté à de lourdes turbulences économiques et climatiques.

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