Portugal : vers une retraite à 68 ans

depart à la retraite 70 ans

Le Portugal s’apprête à franchir un nouveau cap dans l’évolution de son système de retraite. Selon les dernières projections de l’OCDE, l’âge légal de départ pourrait atteindre 68 ans dans les années à venir. Une perspective qui alimente l’inquiétude d’une partie croissante de la population, alors que le pays rejoint le cercle restreint des États membres appliquant les règles les plus strictes en la matière.

Une réforme silencieuse, mais implacable

C’est un changement qui ne fait pas la une des journaux, mais qui pourrait bouleverser la vie de millions de Portugais : l’âge de départ à la retraite devrait passer de 65,6 à 68 ans, selon le rapport Pensions at a Glance 2025 1 publié cette semaine par l’OCDE. La raison ? Une règle instaurée dès 2014, qui lie mécaniquement l’âge de la retraite à l’évolution de l’espérance de vie. Résultat : plus les Portugais vivent longtemps, plus ils devront travailler longtemps.

Une règle instaurée dès 2014, qui lie mécaniquement l’âge de la retraite à l’évolution de l’espérance de vie

Ce mécanisme place désormais le Portugal au 8e rang des pays de l’OCDE affichant les âges légaux les plus élevés, aux côtés du Danemark, des Pays-Bas, de l’Estonie, de la Suède ou du Royaume-Uni. Un club nord-européen dont le Portugal se rapproche, sans en partager pleinement les niveaux de productivité ou les conditions de travail.

Vers un modèle inégal au sein de l’OCDE

depart à la retraite

En moyenne, l’âge normal de départ à la retraite s’élevait en 2024 à 64,7 ans pour les hommes et 63,9 ans pour les femmes dans les pays membres de l’OCDE. Mais cette moyenne cache de fortes disparités. Tandis que la Turquie autorise encore le départ dès 52 ans, plusieurs pays du nord de l’Europe, comme le Danemark, la Suède ou l’Estonie, s’orientent vers des seuils beaucoup plus élevés. Selon l’OCDE, l’âge légal pourrait atteindre 70 ans en Italie ou aux Pays-Bas, grimper à 71 ans en Estonie, et même avoisiner 74 ans au Danemark d’ici quelques décennies.

L’OCDE prévoit que dans certains pays, les hausses se poursuivront au rythme d’un mois par an à partir de 2030

Les écarts devraient encore se creuser. L’OCDE prévoit que dans certains pays, les hausses se poursuivront au rythme d’un mois par an à partir de 2030. Au Portugal, cela signifie une montée progressive mais continue, jusqu’à 67 ans vers 2056 pour les personnes ayant commencé à travailler à 22 ans. Les départs anticipés sans pénalité deviendront rares, voire impossibles.

Un effort soutenu par une pension plus généreuse

Ce durcissement n’est pas sans contrepartie. Sur le plan du rendement social, le Portugal reste bien positionné. L’étude révèle que les retraites portugaises atteignent en moyenne plus de 85% du dernier salaire net, un des meilleurs taux de remplacement d’Europe, avec l’Autriche, l’Espagne ou le Luxembourg. À l’inverse, l’Irlande, l’Estonie ou la Lituanie n’offrent que des taux inférieurs à 40%.

Ce niveau élevé contribue à légitimer un système que les autorités souhaitent préserver, dans un contexte de vieillissement accéléré de la population. La diminution du nombre d’actifs et l’augmentation de la longévité constituent des pressions structurelles qui pèsent lourd sur la viabilité financière du régime public.

Perspectives de départ à la retraite au Portugal

Année / PériodeÂge légal de retraite au Portugal (régime général)
2013 et avant65 ans.
2014Passage à 66 ans, avec mise en place d’un mécanisme indexant l’âge de la retraite sur l’espérance de vie.
2020Autour de 66 ans + quelques mois (selon l’espérance de vie) -âge d’accès standard.
202166 ans et 6 mois.
202266 ans et 7 mois.
2023À la suite d’une légère baisse de l’espérance de vie, l’âge a temporairement reculé à 66 ans et 4 mois.
202566 ans et 7 mois, fixé par arrêté officiel.
2026 (prévision)66 ans et 9 mois selon la réforme annoncée fin 2024, le mécanisme d’ajustement suivant les données d’espérance de vie reste en vigueur.
2027 (prévision)66 ans et 11 mois selon la réfome de 2024.
2029 (projection “modeste”)Certains observateurs évoquent une retraite possible autour de 67 ans si les tendances démographiques perdurent.
2050 (scénarios long terme / hypothétiques)Dans des projections plus éloignées (liées à l’allongement de l’espérance de vie), des âges de départ autour de 68 ans sont parfois évoqués.

Si l’âge légal de départ à la retraite tend à reculer, il ne dit rien des conditions réelles dans lesquelles les travailleurs accèdent à cette dernière étape de la vie active. Au Portugal, l’espérance de vie à la naissance dépasse aujourd’hui les 81 ans, mais cet indicateur masque de profondes disparités selon le sexe, le niveau de revenu, le lieu de résidence et surtout la nature de l’activité professionnelle exercée.

Les professions dites pénibles, dans le bâtiment, la manutention, l’agriculture ou encore les services d’entretien, exposent à une usure physique prématurée. Or, ces catégories socioprofessionnelles, souvent mal rémunérées, sont aussi celles où l’espérance de vie en bonne santé est la plus courte. En d’autres termes, les individus concernés risquent davantage de ne jamais profiter d’une retraite pleinement vécue, ou d’y entrer déjà affaiblis.

En 2022, l’espérance de vie en bonne santé au Portugal était estimée à environ 66 ans pour les femmes et 63 ans pour les hommes, selon les données d’Eurostat. Cela signifie que pour de nombreux travailleurs, l’accès à la retraite pourrait se faire au-delà de la capacité physique réelle à continuer de travailler, mais aussi après l’apparition de limitations durables. La perspective d’un départ à 68 ans paraît donc difficilement soutenable dans ces cas-là.

Face à cette réalité, certains pays européens ont introduit des mécanismes de départ anticipé pour les carrières longues ou les emplois à forte pénibilité. Le Portugal, pour l’heure, reste encore discret sur ce type de dispositifs, malgré les signaux alarmants envoyés par les professionnels de santé publique. Le débat, déjà vif dans plusieurs États membres, s’annonce crucial à mesure que le vieillissement de la population redessine les équilibres démographiques et sociaux du pays.

Parler de repousser l’âge des retraites en fonction de l’allongement de l’âge de vie est une chose mais une réalité bien plus sombre s’impose pour une part croissante des travailleurs : celle du chômage de longue durée après 50 ans. Ce phénomène touche particulièrement les professions physiquement éprouvantes ou peu qualifiées, où la reconversion est difficile et les opportunités, rares.

En effet, nombreux sont ceux qui, ayant commencé à travailler jeunes, se retrouvent « en fin de carrière » à un âge où l’emploi devient inaccessible. Trop âgés pour réintégrer le marché du travail, mais encore loin de l’âge légal de la retraite, ces actifs glissent dans un no man’s land social, avec des allocations au rabais et des périodes de cotisation suspendues. Le système actuel pénalise donc doublement les plus fragiles : d’une part, par un accès retardé à la retraite ; d’autre part, par une impossibilité de compléter une carrière complète ouvrant droit à une pension décente.

Ce décalage entre âge légal et âge réel de sortie du marché du travail interroge sur la soutenabilité sociale des réformes en cours. Selon plusieurs études, plus de 45% des personnes de 55 à 64 ans au Portugal ne sont plus en emploi, un chiffre supérieur à la moyenne de l’OCDE. Dans certaines régions ou secteurs, ce pourcentage dépasse même les 60%, soulignant une fracture sociale inquiétante.

Un débat sociétal à venir

Au-delà des chiffres, c’est une nouvelle équation sociale que le pays devra résoudre. La soutenabilité des pensions ne peut faire l’économie d’un débat sur l’équité entre générations, la santé des travailleurs âgés ou l’accès effectif au marché du travail à partir d’un certain âge. Si la réforme paraît inévitable, sa mise en œuvre pose la question du consentement social et de la capacité à accompagner ces mutations par des politiques d’emploi adaptées.

Face à un modèle de retraite de plus en plus exigeant, le Portugal entre dans une ère de tensions silencieuses. Car allonger la vie active n’a de sens que si les conditions de travail, les revenus et les protections sociales évoluent dans le même sens. À défaut, c’est la confiance dans le système lui-même qui pourrait vaciller.

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