Les représentants des journalistes portugais ont exprimé, jeudi, de vives inquiétudes face au nouveau modèle de gouvernance de Lusa, l’agence de presse nationale. Au cœur des critiques : le risque d’une ingérence politique accrue dans le fonctionnement éditorial et la perspective, jugée préoccupante, d’un rapprochement structurel avec le groupe audiovisuel public RTP.
Auditionnée par la commission parlementaire de la Culture, de la Communication, de la Jeunesse et du Sport de Assemblée de la République, Susana Venceslau, déléguée syndicale du Syndicat des journalistes (SJ) au sein de Lusa, a dénoncé ce qu’elle considère comme une dérive incompatible avec les principes fondamentaux du journalisme. Selon elle, « le journalisme ne doit pas être scruté par le pouvoir politique », une position directement liée à l’obligation faite à la direction de l’information de rendre compte annuellement de son activité devant le Parlement.
Un contrôle parlementaire jugé problématique
Cette obligation figure dans le nouveau cadre statutaire de l’agence. L’article 21 des statuts prévoit en effet que le conseil d’administration et le directeur de l’information puissent être appelés à comparaître devant la commission parlementaire compétente afin de fournir des explications sur le fonctionnement du service public d’information. Pour les syndicats, cette disposition crée une zone de friction dangereuse entre responsabilité institutionnelle et indépendance éditoriale.
Aux yeux des représentants des journalistes, la frontière est claire : si la transparence sur l’utilisation de fonds publics est légitime, l’évaluation de la ligne éditoriale ou du travail journalistique par des responsables politiques constitue une atteinte au principe de séparation entre le pouvoir et l’information. Une inquiétude d’autant plus forte dans un contexte européen marqué par la fragilisation de plusieurs médias publics.
Un conseil consultatif jugé déséquilibré
Les critiques ne s’arrêtent pas là. La composition du nouveau conseil consultatif de Lusa suscite également des réserves. Selon Susana Venceslau, cet organe compte très peu de représentants journalistes, au profit de membres issus du pouvoir politique, des collectivités locales et des employeurs. Une configuration qui, selon elle, nuit à la pluralité et réduit la capacité des professionnels de l’information à peser dans les avis formulés.
D’autant que ce conseil ne dispose que d’un rôle consultatif non contraignant. Les syndicats s’interrogent ainsi sur la portée réelle des avis émis par les représentants des travailleurs ou du conseil de rédaction, face à une majorité de membres extérieurs au champ journalistique. « Quel poids auront ces voix ? », s’est interrogée la déléguée syndicale devant les députés.
La crainte d’une fusion avec la RTP
Autre sujet de préoccupation : la possibilité, évoquée publiquement par les syndicats, d’une fusion ou d’une intégration progressive de Lusa au sein de la RTP. Une telle évolution remettrait en cause, selon eux, le rôle spécifique de l’agence de presse, dont la mission est de fournir une information transversale, indépendante et utilisée par l’ensemble des médias, publics comme privés.
Une absorption dans le groupe audiovisuel public risquerait, selon les syndicats, d’affaiblir cette position centrale et de réduire la diversité des sources d’information au Portugal. Elle poserait également la question de la concentration des moyens publics de production de l’information, dans un paysage médiatique déjà sous pression économique.
Vers un débat de fond sur le service public de l’information
Lors de cette audition parlementaire, Rui Nunes, représentant syndical du SITE-CSRA, a plaidé pour l’élaboration d’un Livre blanc sur le service public assuré par Lusa. Un document qui permettrait, selon lui, de clarifier les missions de l’agence, son modèle de gouvernance et les garanties nécessaires à son indépendance éditoriale.
Au-delà du cas de Lusa, ce débat renvoie à une question plus large : celle de la place du journalisme de service public dans une démocratie, et des garde-fous indispensables pour préserver son autonomie face aux pouvoirs politiques. Un enjeu central, à l’heure où la confiance dans l’information repose plus que jamais sur la perception de son indépendance.







