Depuis l’attaque menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran au cours du week-end, la Base aérienne des Lajes, sur l’île de Terceira, connaît une intensification marquée de ses opérations. Infrastructure stratégique au milieu de l’Atlantique, elle apparaît de nouveau comme un pivot logistique essentiel dans la projection de forces américaines entre le continent nord-américain et le Moyen-Orient.
Les mouvements observés ces derniers jours confirment le rôle discret mais central que joue l’archipel portugais dans les équilibres militaires transatlantiques. Si aucune communication officielle détaillée n’a été publiée sur la nature précise des missions, l’ampleur des rotations et la typologie des appareils mobilisés laissent peu de place au doute quant à la dimension opérationnelle de cette activité.
Un ballet soutenu d’avions ravitailleurs
Au matin du 2 mars, sur les 15 avions de ravitaillement KC-46 Pegasus stationnés aux Lajes depuis plus d’une semaine, seuls 4 avaient quitté la base. La veille, en revanche, 13 sorties avaient été enregistrées, illustrant un rythme particulièrement soutenu.
Dans le détail, 5 appareils ont décollé en matinée avant de revenir en début d’après-midi, tandis que 8 autres ont quitté la piste en fin de journée, répartis en deux groupes, pour regagner la base dans la soirée. Ces aéronefs, capables de ravitailler en vol des chasseurs ou des bombardiers stratégiques, constituent un maillon indispensable des opérations longues distances, notamment lorsqu’il s’agit de relier le territoire américain aux théâtres d’opérations du Moyen-Orient.
Même si aucune confirmation officielle n’a été apportée quant à leurs missions exactes, les observateurs estiment qu’ils pourraient assurer le soutien logistique d’appareils transitant vers ou depuis la zone proche-orientale. Les horaires de départ et de retour, parfois incohérents et étalés sur la journée, suggèrent une adaptation permanente aux besoins opérationnels.
Une montée en puissance progressive depuis la mi-février
L’intensification actuelle ne constitue pas un phénomène isolé. Depuis le 18 février, le trafic militaire américain aux Açores s’est progressivement accru, bien avant les frappes contre l’Iran.
Outre les 15 KC-46 Pegasus, la base a accueilli 12 chasseurs F-16 Viper, un avion de transport stratégique C-17 Globemaster III ainsi qu’un C-5M Super Galaxy, le plus imposant appareil de transport de l’US Air Force. La présence de ces avions de fret lourd souligne l’importance logistique du site, capable d’absorber des flux significatifs de matériels et d’équipements militaires.
À cela se sont ajoutés plusieurs C-130, utilisés pour le transport de troupes et de cargaisons, ainsi qu’un P-8 Poseidon, appareil spécialisé dans la guerre anti-sous-marine, qui a décollé le 28 février. La diversité des aéronefs déployés indique une mobilisation large des capacités américaines, bien au-delà du seul ravitaillement aérien.
Un cadre juridique fondé sur des « autorisations tacites »
Sur le plan institutionnel, Lisbonne s’est appuyée sur l’Accord de coopération et de défense liant le Portugal aux États-Unis. Une semaine avant les frappes, le ministre des Affaires étrangères, Paulo Rangel, rappelait que ce texte prévoit des mécanismes d’« autorisations tacites », délivrées dans des délais relativement courts pour l’utilisation des installations des Lajes.
Dimanche 1er mars, le président du Gouvernement régional des Açores, José Manuel Bolieiro, a affirmé que l’accord avait été respecté et que le rôle stratégique de l’archipel avait été « réaffirmé » dans le contexte international actuel. Lors d’une déclaration politique sans questions de la presse, il a indiqué que des échanges avaient eu lieu entre le gouvernement régional et les autorités nationales, via le Premier ministre et le ministre des Affaires étrangères.
Dans un environnement international marqué par une instabilité croissante, les Açores redeviennent ainsi un point d’appui essentiel pour la logistique militaire américaine, confirmant leur valeur géostratégique historique au sein de l’Atlantique Nord. Si le Portugal demeure en retrait de l’action militaire proprement dite, l’utilisation accrue des Lajes illustre la permanence de son ancrage dans les architectures de sécurité occidentales.







