Le phénomène du sans-abrisme poursuit sa progression au Portugal. Selon les dernières données officielles, le pays comptait 14.476 personnes en situation de sans-abri à la fin de l’année 2024, soit 1348 de plus qu’un an auparavant. Une hausse significative qui confirme l’ancrage durable de cette crise sociale, après une augmentation déjà marquée en 2023.
Ces chiffres proviennent de l’Inquérito à Caracterização das Pessoas em Situação de Sem-Abrigo, arrêté au 31 décembre 2024. L’étude distingue les personnes sans-abri vivant dans l’espace public de celles dites sans logement, hébergées temporairement dans des centres d’accueil ou de réinstallation.
Un profil social désormais bien identifié
Sur l’ensemble du territoire continental, le « profil type » du sans-abri reste relativement stable. Il s’agit majoritairement d’un homme portugais, âgé de 45 à 64 ans, célibataire et faiblement scolarisé, vivant principalement de prestations sociales. Les causes identifiées sont avant tout le chômage, la précarité de l’emploi et la rupture des trajectoires professionnelles.
Dans le détail, 68 % des personnes sans-abri sont des hommes. Toutefois, des disparités régionales apparaissent : l’Alentejo se distingue par une proportion plus élevée de femmes (46 %), tandis que la zone métropolitaine de Lisbonne affiche une part féminine nettement plus faible (22 %).
La dimension éducative est également révélatrice. Si le niveau d’études dominant reste l’enseignement de base, 36 % des sans-abri de l’Alentejo n’ont aucune scolarité, contre une moyenne nationale plus basse. À l’inverse, certaines zones métropolitaines présentent une minorité de profils plus qualifiés, bien que très marginale.
De fortes disparités territoriales
Les régions de Lisbonne, de l’Alentejo et du Nord concentrent la majorité des situations de sans-abrisme. En proportion de la population, certaines communes rurales de l’Alentejo intérieur affichent des taux particulièrement élevés, comme Monforte, Mourão ou Moura.
En valeur absolue, Lisbonne reste de loin le principal foyer du sans-abrisme, avec plus de 3100 personnes recensées. Elle est suivie, à bonne distance, par Porto, Aveiro, Beja et Moura. Ces écarts traduisent à la fois le poids démographique des grandes villes et l’impact différencié de la crise du logement selon les territoires.
Les données mettent également en évidence des différences d’origine géographique. La région métropolitaine de Lisbonne concentre la plus forte proportion de personnes originaires des pays africains lusophones, tandis que l’Algarve se distingue par une présence, certes réduite mais proportionnellement plus élevée, de ressortissants de l’Union européenne.
Des sorties de la rue encore insuffisantes
En 2024, 1345 personnes ont pu sortir de la situation de sans-abri et accéder à un logement permanent, principalement dans les régions Nord et Centre. Des municipalités comme Barcelos, Faro ou Loures figurent parmi celles ayant enregistré le plus de sorties positives.
Ces résultats restent toutefois insuffisants au regard de la dynamique globale. En 2023 déjà, le nombre de sans-abri avait progressé de 23 %, atteignant 13.128 personnes. La hausse observée en 2024 confirme que les mécanismes de prévention et de réinsertion peinent encore à compenser les effets conjugués de la crise du logement, de la précarité du travail et du coût de la vie.
Pour les pouvoirs publics, le défi est désormais double : freiner l’entrée dans le sans-abrisme et accélérer l’accès à un logement durable. Un enjeu social majeur, mais aussi économique, alors que la pression sur les finances locales et les dispositifs d’urgence continue de s’intensifier.







