Le 11 janvier 2026, le Portugal a officiellement signé les accords Artemis, devenant le 60e pays à s’engager aux côtés des États-Unis et d’une coalition internationale en faveur d’une exploration pacifique, transparente et durable de l’espace. Ce geste, bien plus qu’un symbole diplomatique, traduit une volonté stratégique claire : inscrire le Portugal dans la nouvelle économie spatiale mondiale, où se jouent déjà les équilibres technologiques, économiques et géopolitiques de demain.
Un tournant stratégique pour l’économie portugaise
Avec cet engagement, le Portugal affirme sa volonté de participer activement aux grandes transformations industrielles liées à l’espace. Loin d’être un terrain réservé à la seule recherche scientifique, l’orbite terrestre est aujourd’hui un pilier de l’économie numérique : satellites, données climatiques, communications, agriculture de précision, sécurité, intelligence artificielle. Chaque secteur dépend désormais d’infrastructures spatiales performantes et fiables.
Le pays avait déjà renforcé ces dernières années son engagement dans ce domaine, avec une augmentation de 51% de sa contribution à l’Agence spatiale européenne, la création d’une agence nationale dédiée, et le soutien croissant à un tissu de startups et de centres de recherche spécialisés. La signature des accords Artemis vient cristalliser ces efforts, en les inscrivant dans un cadre multilatéral de coopération et de standards partagés.
Des principes fondateurs pour un espace partagé

Les accords Artemis, lancés en 2020 par les États-Unis en réponse à la montée en puissance des ambitions lunaires publiques et privées, établissent un socle commun : transparence des activités, assistance mutuelle, respect des sites historiques, partage des données scientifiques et développement de bonnes pratiques. Ils concernent la Lune, Mars et au-delà, et s’inscrivent dans la perspective d’une nouvelle ère d’exploration habitée du système solaire.
Helena Canhão, secrétaire d’État à la Science et à l’Innovation, a signé le document au nom du gouvernement portugais. Lors de la cérémonie organisée à Lisbonne en présence de l’ambassadeur des États-Unis, John J. Arrigo, le directeur de l’Agence spatiale portugaise, Hugo Costa, a souligné le lien symbolique entre ce nouveau cycle d’exploration et l’héritage maritime du Portugal, évoquant la figure de Magellan.
Un vecteur de croissance, de technologie et de souveraineté
L’économie spatiale mondiale pèse aujourd’hui plusieurs centaines de milliards d’euros, avec une croissance annuelle supérieure à celle des secteurs industriels traditionnels. Pour un pays comme le Portugal, qui cherche à renforcer sa base productive, attirer des talents et diversifier ses sources d’innovation, l’espace constitue une opportunité rare. Chaque euro investi dans les technologies spatiales génère des retombées multiples en matière d’emplois qualifiés, de brevets et de transferts vers d’autres secteurs stratégiques.
La maîtrise des infrastructures spatiales est également un enjeu de souveraineté. Dans un contexte géopolitique instable, où la guerre de l’information et la résilience numérique deviennent des priorités nationales, pouvoir s’appuyer sur un écosystème spatial robuste est une garantie d’autonomie stratégique. C’est aussi une manière de peser davantage dans les négociations internationales, en apportant une expertise et des capacités opérationnelles reconnues.
Le Portugal, futur acteur de la nouvelle frontière
En signant les accords Artemis, Lisbonne envoie un signal clair à ses partenaires et à ses citoyens : elle souhaite jouer un rôle actif dans les transformations du XXIe siècle. Le choix n’est pas neutre. Il témoigne d’une vision à long terme, dans laquelle la connaissance, la technologie et la coopération internationale sont les piliers d’une nouvelle prospérité.
La nouvelle économie mondiale ne se construit plus uniquement dans les ports, les usines ou les bourses. Elle se structure aussi dans les orbites, les données, les capacités à explorer, observer, comprendre et anticiper. Le Portugal, par cet acte fondateur, affirme qu’il ne se contentera pas d’observer ces mutations. Il entend en être partie prenante, avec ses compétences, son histoire, et son ambition renouvelée.
Reste désormais à transformer cet engagement en résultats concrets. L’avenir dira si les mots de Jared Isaacman, administrateur de la NASA : « c’est l’âge d’or de l’exploration pour notre génération », résonneront aussi dans la trajectoire économique et scientifique portugaise des prochaines décennies.






