Le Portugal face à la crise mondiale du vin

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Le monde boit de moins en moins de vin. La consommation mondiale est tombée à son niveau le plus bas depuis 60 ans, selon l’Organisation internationale de la vigne et du vin (OIV). Une évolution suffisamment profonde pour commencer à transformer les paysages viticoles : de la France à l’Australie, plusieurs grands pays producteurs réduisent désormais leurs surfaces de vignes.

Le problème est relativement simple à résumer : la production reste trop importante par rapport à une consommation qui diminue. Les stocks s’accumulent, les prix sont sous pression et les marges des producteurs se réduisent. Aux changements des habitudes de consommation s’ajoutent un environnement économique incertain et les tensions géopolitiques qui compliquent encore davantage les échanges internationaux.

Le Portugal résiste jusqu’à présent mieux que plusieurs autres grands producteurs européens. Mais avec environ la moitié de son vin destinée aux marchés étrangers, la filière portugaise ne peut échapper à une crise devenue mondiale. Et la bonne qualité annoncée des raisins cette année pourrait paradoxalement accentuer une question devenue centrale : qui achètera le vin produit ?

Le monde produit trop de vin pour une consommation qui recule

La crise ne concerne plus seulement quelques régions viticoles en difficulté. En France, des vignes sont déjà arrachées afin de réduire les capacités de production. L’Allemagne et l’Autriche ont également engagé des mesures d’ajustement, tandis que l’Australie et les États-Unis cherchent eux aussi à réduire leur potentiel de production.

Derrière ces décisions se trouve une transformation beaucoup plus profonde du marché. Le vin occupe une place moins importante dans les habitudes de consommation de nombreuses populations, tandis que les nouvelles générations entretiennent un rapport différent à l’alcool. Lorsque cette baisse de la demande rencontre plusieurs années de production importante, l’équilibre économique de toute la filière se fragilise.

Les producteurs se retrouvent alors confrontés à une équation difficile : conserver des volumes importants au risque d’alimenter les stocks et la baisse des prix, ou réduire la production et parfois arracher une partie des vignobles. Ce qui pouvait apparaître comme une évolution progressive de la consommation est ainsi devenu un problème économique majeur pour plusieurs pays viticoles.

Le Portugal résiste, mais ses producteurs sont sous pression

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La situation portugaise apparaît pour l’instant moins sévère. La production nationale devrait récupérer cette année et les raisins présentent de bons niveaux de sucre, d’acidité et de maturation. Pour les viticulteurs, ce constat agronomique plutôt favorable ne garantit cependant plus une bonne campagne économique.

Car le Portugal produit largement pour l’étranger. Environ la moitié du vin portugais est destinée aux marchés internationaux, ce qui expose directement la filière à la contraction de la consommation mondiale. Si les débouchés diminuent, les stocks augmentent et la pression finit par se transmettre aux prix payés aux producteurs.

Le phénomène est particulièrement sensible au moment des vendanges. Produire un raisin de qualité ne suffit pas si les caves et négociants disposent déjà d’importantes quantités de vin ou hésitent à acheter de nouveaux volumes faute de visibilité sur leurs ventes futures.

C’est précisément pour éviter que cette situation ne bloque le marché que le gouvernement portugais a commencé à intervenir.

110 millions d’euros pour soutenir l’achat des raisins

L’exécutif a annoncé une ligne de crédit de 110 millions d’euros destinée aux acheteurs de raisins. Le principe consiste à leur permettre de financer leurs achats auprès des viticulteurs malgré les difficultés actuelles du marché et ainsi éviter qu’une partie de la récolte reste sans débouché.

Le Douro bénéficie parallèlement d’un dispositif extraordinaire de 12 millions d’euros pour les producteurs qui ne trouveraient personne pour réceptionner leurs raisins. À cette enveloppe viennent s’ajouter cinq millions d’euros destinés à la restructuration des vignobles endommagés par les tempêtes du début de l’année.

Pour la Confédération des agriculteurs du Portugal (CAP), ces réponses restent cependant insuffisantes si elles se concentrent principalement sur le Douro. L’organisation estime que la baisse de la consommation, les stocks, les coûts de production et la pression sur les prix touchent l’ensemble des régions viticoles portugaises et réclame donc une réponse nationale davantage structurelle.

« La solidarité avec le Douro est sans équivoque », souligne Luís Mira, secrétaire général de la CAP, qui refuse toutefois que cette intervention conduise à oublier les producteurs des autres régions.

Le Portugal veut mieux contrôler le vin qui franchit ses frontières

La concurrence du vin espagnol alimente également les inquiétudes d’une partie de la profession. La CAP ne remet pas en cause la libre circulation des marchandises au sein de l’Union européenne, mais réclame davantage de contrôles et une traçabilité complète de l’origine des vins commercialisés au Portugal. Elle considère notamment que l’arrivée de vins à des prix inférieurs aux coûts de production portugais accentue les difficultés des exploitations nationales.

Les données disponibles apportent toutefois une nuance importante à cette inquiétude. Francisco Toscano Rico, président de l’Institut de la vigne et du vin (IVV), indique qu’environ 100 millions de litres de vin de moins sont entrés au Portugal au cours des 2 dernières années par rapport à la moyenne enregistrée entre 2019 et 2023. Les données disponibles jusqu’en juin indiqueraient même le niveau d’importations le plus faible des sept dernières années.

Plutôt que de fermer le marché, le Portugal mise donc sur une meilleure connaissance de ce qui y circule. Un nouveau système de traçabilité numérique des vins doit permettre de suivre leur parcours, depuis le raisin produit dans le pays ou le vin franchissant la frontière jusqu’à sa destination finale. Le dispositif, qui doit encore être déployé cette année, utilisera notamment les systèmes d’information, l’intelligence artificielle et le croisement de données avec l’administration fiscale.

Un Observatoire de la vigne et du vin doit parallèlement améliorer les données disponibles sur la production, les importations et les exportations. Le soutien public à la promotion internationale des vins portugais a également été renforcé, avec un taux de financement porté de 50 à 60 % et un régime simplifié pour les petits projets.

Le Portugal dispose enfin d’un autre levier : mieux valoriser l’origine nationale auprès des consommateurs. Depuis le renforcement des règles d’étiquetage en 2024, les vins issus d’un mélange de vin portugais et de vins provenant d’autres pays européens doivent afficher plus clairement leurs différentes origines. Selon l’IVV, un an après l’entrée en vigueur de ces règles, leurs ventes avaient diminué d’environ 20 %, contre seulement 2,5 % pour les vins entièrement portugais.

Dans un marché mondial où l’on boit désormais moins de vin, produire davantage n’est donc plus nécessairement une force. Pour le Portugal, l’enjeu consiste désormais à préserver ses producteurs tout en trouvant davantage de valeur et de débouchés pour chaque bouteille. Une adaptation qui pourrait devenir indispensable si le recul historique de la consommation mondiale s’installe durablement.

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