Peut-on vraiment se faire verbaliser pour avoir uriné dans l’océan au Portugal ? Depuis quelques semaines, une rumeur persiste sur les réseaux sociaux : le pays serait le seul en Europe à sanctionner l’acte d’uriner dans la mer, avec une amende de 750 euros à la clef. Sur TikTok, Instagram ou Facebook, les posts pullulent. À l’origine de cette information : des sites anglo-saxons et une déclaration d’une influenceuse voyage, relayée depuis sans filtre. Mais qu’en est-il vraiment ?
Une rumeur virale mais infondée
Tout part d’une affirmation publiée par la « travel expert » Jessica Bollinger, qui prétend sur sa chaine Instagram que l’urine est interdite dans les eaux portugaises, sous peine d’une lourde amende. L’argument écologique est avancé : l’urine nuirait à la biodiversité marine et aux récifs coralliens. Plusieurs médias américains et britanniques reprennent alors l’information, sans vérification locale. Pourtant, comme l’a rappelé le journal portugais Postal, cette information est tout simplement fausse.
Ni la législation nationale, ni les règlements municipaux portugais n’interdisent formellement d’uriner en mer. C’est ce qu’a confirmé l’Association Nationale des Municipalités (ANMP). Il n’existe donc aucune base légale permettant d’infliger une amende à quelqu’un surpris en train de se soulager dans l’océan. En revanche, des amendes peuvent exister pour des comportements déplacés ou d’atteinte à la pudeur sur la plage, mais pas dans la mer elle-même.
Une confusion avec l’Espagne voisine ?

Le malentendu semble venir en partie d’une confusion avec l’Espagne. Dans certaines communes espagnoles, comme Vigo ou Marbella, des amendes allant de 300 à 750 euros sont prévues en cas d’urination sur la plage ou dans la mer. Une différence notable avec le Portugal, où aucune municipalité n’a mis en place une telle mesure, du moins jusqu’à aujourd’hui.
La reprise virale de cette « loi imaginaire » reflète aussi une tendance récente à caricaturer les mesures de civilité prises dans les destinations touristiques. Après les interdictions de manger dans les rues à Florence ou de porter un bikini hors plage à Albufeira, l’idée de sanctionner les « pipis en mer » a peut-être semblé plausible à certains… Mais ça ne la rend pas plus réelle pour autant.
Une pratique déconseillée, mais pas sanctionnée
Si l’urine n’est pas interdite dans l’eau, elle n’est pas pour autant encouragée. Plusieurs biologistes rappellent que l’urine humaine contient de l’azote, du phosphore et d’autres composés qui peuvent, à très forte concentration, perturber les équilibres biologiques. Cela dit, la mer reste un milieu vaste, diluant très rapidement les fluides corporels, sans impact vérifié aux niveaux observés.
En revanche, il est vrai que se soulager sur le sable, dans les dunes ou près des infrastructures balnéaires peut entraîner des sanctions pour incivilité ou insalubrité. La différence est donc importante : il ne s’agit pas de l’acte lui-même, mais du lieu et de la visibilité de celui-ci.
Réseaux sociaux, tourisme et exagérations virales
Ce genre de polémique en dit long sur l’influence des réseaux sociaux dans la perception des pays touristiques. En quelques jours, une rumeur devient vérité partagée, surtout lorsqu’elle touche à des sujets ludiques ou tabous. Uriner en mer entre dans cette catégorie : c’est un acte banalisé, souvent pratiqué, mais rarement assumé publiquement.
La multiplication de contenus sensationnalistes, souvent produits pour amuser ou choquer, participe à la diffusion de fausses règles ou de lois imaginaires. Le cas portugais montre qu’une simple phrase, sortie de son contexte, peut se transformer en « information vérifiée » à grande échelle. D’autant que les corrections sont rarement partagées avec la même intensité que les affirmations initiales.
Uriner dans la mer n’est pas interdit
Non, uriner dans la mer n’est pas interdit au Portugal. Ce n’est ni recommandé, ni hygiénique, mais aucune amende ne vous sera infligée si vous le faites discrètement dans les vagues. La rumeur, bien que tenace, repose sur une confusion avec la réglementation de certaines villes espagnoles. Reste que la polémique pose une question plus large : et si on profitait de l’été pour faire preuve de bon sens, sur la plage comme sur Internet ?







