Au Portugal, la fiscalité des héritages et des donations diffère sensiblement de celle de nombreux autres pays européens. S’il n’existe pas d’« impôt sur les successions » au sens strict, le transfert de patrimoine à titre gratuit, qu’il s’agisse d’un décès ou d’un don, est soumis à un impôt de timbre (Imposto do Selo). Dans le même temps, le droit portugais impose des règles successorales particulières, connues sous le nom de réserve héréditaire, qui garantissent une part de la succession aux héritiers directs.
Le principe de la réserve héréditaire
La loi portugaise applique un régime de succession forcée : une fraction déterminée du patrimoine mondial du défunt revient automatiquement au conjoint, aux enfants (biologiques ou adoptés) et aux ascendants directs (parents, grands-parents). Les partenaires non mariés, sauf en cas de vie commune déclarée depuis au moins deux ans auprès des autorités portugaises, et les beaux-enfants non adoptés, ne sont pas considérés comme héritiers réservataires.
Pour déroger à ces règles, il est possible de rédiger un testament au Portugal prévoyant d’autres dispositions. Cette précaution est essentielle pour les personnes ayant une famille recomposée, des héritiers éloignés ou des souhaits spécifiques quant à la répartition de leurs biens.
Cas des ressortissants étrangers
Le règlement européen dit « Bruxelles IV » détermine la loi applicable aux successions au sein de l’Union européenne. Par défaut, c’est la loi de la résidence habituelle du défunt qui s’applique. Toutefois, les étrangers vivant au Portugal disposent d’une option importante :
- Ils peuvent choisir que la loi de leur nationalité s’applique à leur succession, plutôt que la loi portugaise.
- Cette option peut permettre d’éviter la réserve héréditaire prévue par la loi portugaise (qui attribue automatiquement une part de la succession aux héritiers directs).
- Pour être valable, cette décision doit être formalisée dans un testament ou une déclaration officielle faite de son vivant.
Cette possibilité est particulièrement intéressante pour les personnes issues de pays appliquant une liberté testamentaire totale, ou ayant une situation familiale complexe.
Portugais de France : que faire en cas d’héritage au pays ?
Si vous vivez en France et héritez d’un bien au Portugal, voici les étapes clés pour éviter les complications juridiques et fiscales :
- Identifier la loi applicable : Par défaut, c’est la loi de votre résidence habituelle (France) qui s’applique. Mais vous pouvez choisir la loi portugaise ou celle de votre nationalité dans un testament. Ce choix influence la répartition des biens et la réserve héréditaire.
- Vérifier l’exonération ou non de l’impôt de timbre : Les héritages en ligne directe (parents, enfants, petits-enfants, conjoint) sont exonérés au Portugal, mais peuvent être taxés en France. Attention à la double imposition, même si une convention fiscale existe.
- Désigner un représentant fiscal au Portugal : Obligatoire pour tout héritier non-résident afin de recevoir les notifications et accomplir les démarches fiscales locales.
- Régler les formalités portugaises : Déclaration de succession (formulaire Modèle 1) à déposer dans les trois mois suivant le décès, même en cas d’exonération d’impôt.
- Prévoir un testament portugais : Si vous possédez déjà un bien au Portugal, un testament local simplifie la transmission, accélère les démarches et évite certains blocages administratifs.
Conseil : Faites-vous accompagner par un notaire ou un avocat qui connaît à la fois le droit français et portugais pour optimiser la succession et éviter toute mauvaise surprise fiscale.
L’Imposto do Selo : un prélèvement à 10 %
En matière d’héritage ou de donation, l’impôt de timbre (Imposto do Selo) est calculé au taux unique de 10 % sur la valeur imposable des biens transmis. Toutefois, certaines transmissions sont totalement exonérées : c’est le cas des transferts entre époux ou partenaires civils enregistrés, entre parents et enfants (y compris adoptifs) et entre grands-parents et petits-enfants.
En revanche, les autres bénéficiaires – frères, sœurs, neveux, amis, concubins non déclarés – sont redevables de l’impôt, dès lors que l’actif transmis est situé au Portugal.
Biens concernés
- Biens immobiliers (maisons, terrains, appartements)
- Biens mobiliers (véhicules, bateaux, œuvres d’art, actions)
- Comptes bancaires et portefeuilles d’investissement
- Parts ou actions d’entreprises portugaises
- Cryptomonnaies et droits de propriété intellectuelle
À noter : un héritage peut inclure des dettes qui doivent être réglées par les héritiers, dans la limite de la valeur des biens reçus.
Évaluation et calcul
Le calcul de l’Imposto do Selo repose sur la détermination de la valeur imposable au moment de la transmission :
- Biens immobiliers : la base imposable est généralement la valeur patrimoniale imposable (Valor Patrimonial Tributário, VPT) inscrite au cadastre, qui peut être inférieure à la valeur de marché. Toutefois, si la valeur de marché est plus élevée et qu’elle figure dans l’acte de transmission, elle peut être retenue par l’administration fiscale.
- Biens mobiliers et actifs financiers : la valeur correspond au prix de marché au moment du décès ou de la donation, sur la base d’expertises ou de cotations officielles (par exemple pour les actions cotées).
- Parts sociales et entreprises : l’évaluation prend en compte la situation comptable de la société, ajustée à la valeur réelle des actifs et passifs.
- Cryptomonnaies : la valeur est calculée en fonction du cours de marché à la date de transmission, converti en euros.
En cas de co-propriété entre époux ou partenaires, seul le pourcentage transféré est soumis à l’impôt. Par exemple, si un bien est détenu à parts égales et qu’un conjoint décède, seule la moitié de la valeur imposable est prise en compte.
Il est important de noter que l’évaluation incorrecte d’un bien peut entraîner des ajustements par l’administration fiscale, ainsi que des pénalités et intérêts de retard.
Autres exonérations et allègements
Outre les exonérations totales applicables aux transmissions en ligne directe, la législation portugaise prévoit des mesures d’allègement ciblées :
- Organismes caritatifs reconnus : les dons et legs à des fondations, ONG, associations ou institutions reconnues d’utilité publique peuvent être exonérés à 100 %, sous réserve que l’affectation des biens serve l’objet social déclaré.
- Bénéficiaires en situation de handicap : certaines transmissions au profit de personnes présentant une incapacité permanente supérieure à un seuil légal peuvent bénéficier d’une réduction, voire d’une exonération complète, selon le degré d’incapacité et la nature des biens reçus.
- Transmissions conditionnelles : dans certains cas, les biens reçus à titre temporaire ou avec obligation de réversion à un tiers peuvent faire l’objet d’un calcul spécifique réduisant la base imposable.
- Biens affectés à une activité économique : lorsqu’un héritier poursuit l’exploitation d’une entreprise ou d’une exploitation agricole reçue par succession, des aménagements fiscaux peuvent être accordés afin de préserver la continuité de l’activité.
Cependant, même en présence d’une exonération, une déclaration fiscale doit être déposée dans les délais légaux, afin d’éviter toute contestation ultérieure par l’administration. Le non-respect de cette formalité peut entraîner des pénalités, y compris si aucun impôt n’est finalement dû.
Procédures et délais
Les obligations déclaratives sont strictes :
- Héritage : dépôt du formulaire Modèle 1 auprès de l’administration fiscale dans les trois mois suivant le décès.
- Donation : dépôt du formulaire Modèle 1 dans les 30 jours suivant l’acceptation du don.
Le paiement de l’impôt de timbre doit intervenir dans un délai de deux mois après notification pour un héritage, ou avant la fin du mois suivant pour une donation. Le transfert de propriété n’est effectif qu’après paiement, ce qui empêche toute vente préalable pour financer l’impôt.
Planification et recommandations
La planification successorale est particulièrement importante pour deux profils fréquents : les personnes d’origine portugaise résidant en France et susceptibles d’hériter de biens au Portugal, et les retraités français ayant investi dans une maison au soleil. Dans ces situations, deux législations et parfois deux fiscalités peuvent s’appliquer, avec le risque de formalités complexes, voire de double imposition.
Bien qu’il soit possible de rédiger un testament unique couvrant l’ensemble de ses biens dans le monde, il est souvent préférable de prévoir un testament spécifique pour chaque pays. Cette approche permet :
- De clarifier les règles applicables et éviter les conflits de lois entre la France et le Portugal.
- D’accélérer le règlement de la succession en limitant les démarches transfrontalières.
- De s’assurer que les dispositions respectent la législation locale (notamment la réserve héréditaire portugaise).
Pour les biens situés au Portugal, la rédaction d’un testament local est la solution la plus sûre. Elle permet d’anticiper :
- Les obligations fiscales locales (notamment l’impôt de timbre sur les héritages non exonérés).
- Les formalités administratives portugaises, parfois différentes des procédures françaises.
- La désignation d’un représentant fiscal si l’héritier est non-résident.
Dans tous les cas, un accompagnement professionnel (notaire ou avocat connaissant les deux systèmes) reste la meilleure garantie pour optimiser la transmission, protéger les héritiers et assurer la conformité avec la législation portugaise et française. Cette précaution est d’autant plus importante que certains biens (immobiliers, parts de société, comptes bancaires) peuvent être soumis à des règles fiscales spécifiques dans les deux pays.







