Entre 2023 et 2024, les services d’urgence de l’Unidade Local de Saúde de São José 1, à Lisbonne, ont enregistré une augmentation de 16,5 % du nombre de patients étrangers non résidents. Parmi les faits notables relevés par l’audit conduit par l’IGAS (Inspeção-Geral das Atividades em Saúde), figure une croissance marquée des naissances issues de cette population, qui ont plus que doublé en l’espace d’un an. Le rapport, transmis fin octobre au ministère de la Santé, est en attente de validation finale.
Des chiffres en hausse mais à contextualiser
Au total, 27.703 patients non résidents ont été assistés sur cette période, pour 31.803 passages aux urgences. En matière de médecine obstétrique et gynécologique, l’IGAS 2 souligne un bond de 126 % du nombre d’accouchements impliquant des femmes étrangères non résidentes. Ce chiffre, s’il reste marginal dans le volume global des patientes, a tout de même contribué à hauteur de 21,3 % à la croissance des accouchements enregistrés par l’unité.
Le rapport insiste sur le fait que cette population reste minoritaire, mais connaît une croissance rapide. La part relative des accouchements de non-résidentes est ainsi passée de 2,9 % à 5,6 %, traduisant une évolution à la fois en valeur absolue et en proportion.
Des profils et des situations variées
La catégorie des « étrangers non résidents » recouvre une réalité plurielle. Elle englobe aussi bien des touristes, des travailleurs temporaires, des étudiants, que des personnes en situation migratoire instable ou en transit. Environ la moitié des patients sont couverts par des accords bilatéraux de protection en cas de maladie. Cette diversité invite à la prudence dans les analyses rapides ou les lectures alarmistes.
Dans les services d’urgence généraux, les principales origines géographiques recensées sont l’Amérique du Sud (notamment le Brésil), l’Europe de l’Ouest (France, Allemagne) et l’Asie du Sud (Inde, Bangladesh, Pakistan). Concernant les naissances, la présence marquée de femmes originaires du sous-continent indien est relevée dans les deux années observées.
Un enjeu de politique sanitaire et migratoire
Si l’accès aux soins est un droit fondamental, il se confronte à des réalités logistiques complexes. La concentration des soins dans certaines unités urbaines, comme celle de São José, accentue la pression sur les professionnels de santé, sans que les causes profondes soient toujours documentées. L’IGAS note que la plupart des consultations sont liées à des « maladies » au sens large, suivies par les accidents ou chutes (environ 10 % des cas).
Dans le cas des urgences obstétriques, le rapport mentionne un taux de 68 % de consultations dues à des grossesses ou accouchements en 2023, montant à 83 % en 2024. Le phénomène est donc structurel, mais sa médiatisation demande de l’équilibre et une rigueur d’interprétation, sous peine de verser dans des raccourcis sensibles.
Une approche éthique et transparente nécessaire
Face à ces chiffres, même si on se doute que certains extrêmes s’empresseront de déformer les réalités, il est important que le débat public évite les réflexes de stigmatisation. Une croissance d’activité ne signifie pas automatiquement un « appel d’air » ou une « fraude ». Elle peut aussi révéler des dynamiques de santé mondialisée, des carences dans les politiques migratoires européennes ou des délais d’intégration dans les systèmes nationaux de santé.
Le rapport de l’IGAS reste un document technique. Il invite à renforcer la coordination entre hôpitaux, services consulaires, et équipes de terrain, pour mieux anticiper les besoins et garantir un soin de qualité à tous, sans distinction. Dans une société pluraliste, le système de santé est un lieu de solidarité autant que de vigilance publique. Ce que révèlent ces données, c’est avant tout la nécessité d’une lecture nuancée et informée des transformations à l’œuvre dans les hôpitaux du pays.
- ULS de São José : https://www.ulssjose.min-saude.pt/ ↩︎
- IGAS : https://www.igas.min-saude.pt/ ↩︎







