Le « train de tempêtes » qui a balayé le Portugal continental depuis la fin janvier s’est éloigné. Les pluies se maintiennent encore ponctuellement dans le nord et le centre, mais l’amélioration des conditions météorologiques a permis la levée de l’état de calamité dans 68 communes, après deux prolongations successives. Pourtant, derrière ce retour apparent à la normale, de nombreuses zones du pays restent marquées par les dégâts.
Routes coupées, villages isolés, lignes ferroviaires perturbées, écoles fermées, milliers de foyers encore privés d’électricité : la fin du dispositif exceptionnel ne signifie pas la fin de la crise. Dans certaines régions, la reconstruction ne fait que commencer, et les autorités préviennent que la phase de récupération pourrait durer plusieurs semaines, voire plusieurs mois.
Un état de calamité levé dans 68 communes
L’état de calamité concernait notamment des municipalités des districts de Santarém, Leiria, Coimbra, Aveiro, Castelo Branco, Lisbonne, Portalegre et Beja. Sa levée marque une étape institutionnelle importante, alors que les niveaux d’alerte aux crues ont également été abaissés sur le Tage et le Douro.
Sur le Tage, l’alerte est passée du rouge au jaune ; sur le Douro, du rouge à l’orange. Les autorités de protection civile évoquent une baisse progressive et soutenue des débits, tout en maintenant une vigilance élevée. À l’amont, certains points enregistrent encore des volumes d’eau significatifs, ce qui retarde le retour complet à la normale.
Des villages toujours isolés

Dans le centre du pays, certaines localités restent enclavées. Le village d’Ereira, notamment, dans la municipalité de Montemor-o-Velho (district de Coimbra), demeure partiellement isolé. La montée des eaux a transformé cette localité en quasi-île, obligeant les habitants à utiliser des embarcations pour rejoindre leur lieu de travail ou les établissements scolaires.
La Marine et l’Armée assurent toujours le transport des personnes et l’acheminement de vivres. Les autorités environnementales ont annoncé le lancement de travaux provisoires pour consolider une digue rompue sur le Mondego. Ces opérations, estimées à environ deux semaines, sont jugées décisives pour permettre un désenclavement progressif.
Réseaux routiers et ferroviaires sous tension
Les dégâts sur les infrastructures routières sont multiples. Des tronçons demeurent fermés ou soumis à des restrictions dans des communes telles qu’Arruda dos Vinhos, Alenquer, Leiria, Alcácer do Sal, Coimbra, Montemor-o-Velho ou Sertã, en raison de glissements de terrain ou de risques d’effondrement structurel.
Sur l’autoroute A1, un segment affecté par l’effondrement d’une digue fait l’objet de travaux d’urgence qui pourraient s’étendre sur trois semaines. D’autres axes pourraient rester inaccessibles jusqu’à la fin de l’année, selon plusieurs élus locaux, tant les dommages sont importants.
Le réseau ferroviaire reste également perturbé. La circulation demeure suspendue sur certaines lignes, notamment sur des tronçons de la ligne de l’Ouest, de la Beira Baixa et entre Régua et Pocinho sur la ligne du Douro. Sur la ligne du Nord, le trafic a repris entre Soure et Coimbra-B, mais des contraintes subsistent. La compagnie nationale CP prévient que des ajustements horaires et des correspondances par route restent nécessaires sur plusieurs liaisons, y compris pour le train international Celta entre le Portugal et l’Espagne.
Électricité, télécoms et écoles : un retour à la normale inégal
Les régions les plus touchées par la dépression « Kristin », notamment autour de Leiria, comptent encore des milliers de foyers sans électricité. Selon le gestionnaire du réseau, environ 11.000 clients restaient privés de courant ces derniers jours. Des équipes supplémentaires, y compris venues d’Espagne, ont été mobilisées, mais certains habitants ont été prévenus que la remise en service pourrait prendre jusqu’à un mois.
Les réseaux de télécommunications ont été rétablis dans leur grande majorité, mais plusieurs milliers d’usagers restent affectés. Les opérateurs évoquent des infrastructures sévèrement endommagées, ce qui complique toute estimation précise des délais de rétablissement complet.
Dans l’éducation, la situation varie selon les districts. À Leiria et Marinha Grande, certains établissements ne pourront rouvrir qu’après des travaux estimés à une quinzaine de jours. À Coimbra, en revanche, la baisse du niveau des eaux permet une reprise progressive des cours, les écoles n’ayant pas subi de dommages structurels majeurs.
Un couple toujours porté disparu
Le bilan humain des tempêtes s’élève à 16 morts, des centaines de blessés et de déplacés. À Montemor-o-Velho, un couple de sexagénaires reste porté disparu après avoir quitté son domicile pour se rendre à Coimbra en pleine dégradation météorologique. Les recherches ont repris avec la mobilisation de pompiers et de la GNR.
Leur disparition rappelle que, malgré la décrue des rivières et la fin des dispositifs d’exception, les conséquences humaines et matérielles de ces tempêtes continuent de marquer le pays. Les autorités insistent sur le fait que la phase actuelle est celle de la consolidation et de la reconstruction, et non encore celle d’un retour complet à la normalité.
Au Portugal, la tempête est passée ; mais dans de nombreuses communes, la crise n’est malheureusement pas terminé. Entre réparations d’urgence, infrastructures fragilisées et populations éprouvées, l’après-crise s’annonce long et inégalement réparti sur le territoire.







