Malgré un léger ralentissement par rapport à l’année précédente, le Portugal a confirmé en 2025 sa dynamique de croissance, en affichant une progression de 1,9 % de son produit intérieur brut (PIB), selon l’estimation publiée par Eurostat. Un résultat qui place le pays au-dessus de la moyenne de la zone euro (1,5 %) et de l’Union européenne (1,6 %), à contre-courant des principales économies du nord du continent en stagnation ou en net ralentissement.
Cette performance confirme la singularité portugaise au sein du bloc monétaire : modération de la demande intérieure, ajustement des importations, compétitivité accrue à l’export. Loin d’une croissance fondée sur l’endettement ou la dépense publique, le moteur portugais reste externe, et s’appuie sur des gains de productivité et une attractivité qui résiste à la normalisation monétaire.
Une croissance solide malgré une modération conjoncturelle
Avec une croissance annuelle de 1,9 % en 2025, l’économie portugaise signe un léger repli par rapport aux 2,1 % de 2024, mais reste sur une trajectoire robuste. Le quatrième trimestre confirme cette dynamique avec une hausse de 0,8 % du PIB par rapport au trimestre précédent, dans le sillage du troisième trimestre, déjà en hausse de 0,8 %.
Ce rythme trimestriel place le Portugal parmi les économies les plus dynamiques de la zone euro, au coude à coude avec l’Espagne
Ce rythme trimestriel place le Portugal parmi les économies les plus dynamiques de la zone euro, au coude à coude avec l’Espagne, qui affiche également +0,8 %, et loin devant les performances modestes de l’Allemagne (+0,3 %), de la France (+0,2 %) ou de l’Italie (+0,3 %).
En glissement annuel, le Portugal affiche également +1,9 % au T4, contre +1,3 % pour la zone euro et +1,4 % pour l’ensemble de l’UE. Le pays s’inscrit donc dans une tendance de décorrélation positive, amorcée dès la sortie de crise sanitaire, confirmée en 2024, et consolidée en 2025.
Une dynamique soutenue par l’ajustement du commerce extérieur
Contrairement à son voisin espagnol, dont la croissance reste portée par la consommation des ménages et l’investissement privé, le Portugal a vu sa performance tirée par sa balance commerciale. La baisse des importations, notamment énergétiques, a contribué à améliorer le solde extérieur, compensant une demande intérieure plus modérée.
Ce rééquilibrage externe s’explique en partie par la baisse des prix du pétrole, l’amélioration de l’efficacité énergétique et le repli de la consommation de biens durables importés. Le tourisme reste un soutien important, même s’il a atteint un plateau, tandis que les exportations de services et de biens à forte valeur ajoutée (notamment dans les technologies, le textile technique ou l’agroalimentaire transformé) continuent de croître.
À moyen terme, ce positionnement externe plus robuste pourrait renforcer la résilience de l’économie portugaise face à un environnement monétaire plus contraint et à une demande européenne globalement atone.
Espagne et Portugal, binôme de tête en Europe du Sud
L’année 2025 consacre la performance exceptionnelle de l’axe ibérique. L’Espagne affiche une croissance annuelle de 2,8 %, tirée par la consommation, le dynamisme du marché du travail et le rebond de l’investissement privé. Avec +0,8 % au dernier trimestre, elle dépasse les attentes et renforce son statut de locomotive conjoncturelle de la zone euro.
Le Portugal, quant à lui, s’inscrit dans un modèle complémentaire : croissance plus modérée mais plus équilibrée, mieux ancrée dans les équilibres macroéconomiques. Moins dépendant de la dépense publique, plus sensible aux ajustements extérieurs, le pays affiche une trajectoire de normalisation vertueuse.
En comparaison, les grandes économies du cœur européen peinent à retrouver leur souffle. L’Allemagne stagne à +0,2 % sur l’année, la France à +0,9 % et l’Italie à +0,7 %. Seule exception : l’Irlande, dont le PIB a bondi de 12,6 % sur l’année grâce à un effet ponctuel lié aux exportations pharmaceutiques, mais dans un contexte de récession technique en fin d’année.
Perspectives : prudence sur fond d’inflation modérée et de ralentissement attendu
La Commission européenne prévoit un ralentissement de la croissance de la zone euro à 1,2 % en 2026, signe d’un essoufflement conjoncturel dans un contexte de taux d’intérêt encore élevés, de désinflation progressive et de demande mondiale incertaine.
Le Portugal pourrait voir sa croissance ralentir légèrement, notamment si la demande intérieure reste contrainte par l’inflation des services, la hausse des loyers et un marché du crédit encore peu favorable aux ménages. Toutefois, le maintien d’un chômage bas, les flux touristiques élevés et la montée en puissance de certains secteurs industriels (batteries, énergie, tech) devraient amortir le choc.
Dans ce paysage européen contrasté, le Portugal reste perçu comme une économie agile, résiliente et bien intégrée aux chaînes de valeur régionales. Sa trajectoire pourrait, à moyen terme, servir de point de comparaison pour d’autres pays du Sud de l’Europe, en quête de croissance durable et d’attractivité renforcée.







