À un peu plus d’une heure de Lisbonne, la baie de São Martinho do Porto s’ouvre comme une coquille nacrée sur l’Atlantique. Au sud de cette anse parfaite, une montagne blonde brise la ligne du rivage : la dune de Salir do Porto. On la dit haute d’environ 50 mètres pour près de 200 mètres d’extension, ce qui en fait la plus grande dune naturelle du Portugal. Le lieu demeure pourtant étonnamment discret, préservé du vacarme des spots célèbres. Ici, le vent écrit chaque jour un nouveau relief et l’histoire sédimentée se lit à même le sable.
La géante née du vent

La dune s’est formée à l’embouchure du rio Tornada, là où les brises atlantiques poussent les sables vers une baie semi-fermée qui les retient. Au cœur du mont blond affleure une arénite rouge, la trace fossile d’une dune plus ancienne, stabilisée il y a près de 100.000 ans. Cette charpente rocheuse explique la tenue spectaculaire de l’édifice face aux tempêtes d’hiver ; elle lui donne aussi, par endroits, une patine ocre qui tranche avec la blondeur du sable récent.
Le paysage n’est pas figé. Il vit au rythme des saisons, de la houle, d’une poignée de pas parfois qui déplacent des tonnes de grains à l’échelle d’un été. La dune est un organisme lent qui respire et se régénère. À Salir, on le perçoit d’un coup d’œil : chaque rafale sculpte une arête, chaque accalmie la lisse.
Vies cachées dans le sable

Sur la pente la plus stable, une végétation rasante retient le sable et lance des racines comme des filets. Parmi les pionnières, on remarque l’Erva-Pinheira-Enxuta (Petrosedum sediforme) aux touffes bleu-vert, puis le Junco-Aguçado (Juncus acutus) hérissé de pointes, et le délicat Goivinho-da-Praia (Malcolmia littorea) dont les fleurs mauves parsèment la crête au printemps. Ces plantes ne sont pas décoratives ; elles sont l’ossature vivante de la dune.
Entre mer et ciel : oiseaux et rencontres
Au bord de l’eau, la baie devient scène ornithologique. On y observe des colhereiros (Platalea leucorodia – spatules blanches) fouillant la vasière avec leur bec en spatule, et des goélands rieurs (Chroicocephalus ridibundus) qui patrouillent au-dessus de la lagune. Après un coup de mer, la plage peut révéler la présence de la galère portugaise (Physalia physalis), superbe mais urticante : on regarde, on ne touche pas. La vie ici s’équilibre entre sel, sable et lumière.
Un port déplacé, une chapelle qui veille

Au Moyen Âge, la région vivait au rythme d’un port alors établi à Alfeizerão. L’ensablement progressif, dû à l’exploitation du bois et à l’extension des cultures, força son déplacement vers Salir, puis vers Salir do Porto entre la fin du XIVe et le XVIe siècle. Les vestiges de l’ancienne alfândega (douane) et des ateliers de réparation navale bordent encore le sable, rappelant une époque où l’on construisait ici des caravelles sous les règnes de D. Afonso V et de D. João II.
Sur la rive sud de la lagune, la chapelle de Santa Ana, probablement du XIIe siècle, est considérée comme l’édifice religieux le plus ancien des Caldas da Rainha. On venait y prier, mais aussi y dire adieu aux pêcheurs qui partaient en mer. Jusqu’au début du XXe siècle, des processions reliaient Salir do Porto à la chapelle. Restaurée sans ostentation, elle continue de veiller sur la baie et sur la dune.
Visiter sans abîmer : un équilibre à trouver

Le piétinement répété fragilise les pentes et arrache la mince pellicule végétale qui maintient le sable. Consciente de cette pression, l’administration portugaise a lancé en 2025 une procédure d’étude en vue de classer la dune comme aire protégée : cartographier ses valeurs écologiques et paysagères, identifier les menaces, proposer des orientations de sauvegarde en lien avec les municipalités. La protection n’interdit pas la visite ; elle l’éclaire et la rend durable.
Les bons gestes sur une dune
- Restez sur les sentiers et les crêtes déjà tracées ; évitez les pentes végétalisées qui fixent le sable.
- Ne glissez pas « pour le fun » : la répétition des glissades crée des cicatrices d’érosion qui ne se referment pas.
- Observez la faune à distance, surtout en période de nidification. Et si une galère portugaise s’échoue : regard seulement.
Autour de la dune : une mosaïque d’eau, de pierre et de mémoire
À quelques centaines de mètres en amont, la réserve naturelle Paul da Tornada 1 s’étend comme un miroir d’eau douce au milieu des terres. Cette zone humide protégée couvre près de 25 hectares et attire une profusion d’oiseaux migrateurs : hérons cendrés, colhereiros élégants (spatules blanches) et sternes effleurent la surface en quête de nourriture. Dans le silence, seuls résonnent le bruissement des roseaux et le clapotis discret des poissons qui frayent dans les canaux. C’est un paradis discret pour les ornithologues, mais aussi un rappel de la fragile continuité entre dune, rivière et océan.
En bordure de la baie, les Quebradas, petites criques rocheuses, composent un paysage minéral d’une grande intensité. Sculptées par le vent et l’érosion, ces anfractuosités abritent à marée basse des flaques où s’épanouit une vie marine foisonnante : crabes, anémones, algues aux reflets verts et pourpres. Elles offrent un contraste saisissant avec la fluidité dorée de la grande dune voisine. Marcher entre sable et roches, c’est percevoir la dualité de ce littoral qui conjugue douceur et rudesse.
L’expérience du lieu : marcher, regarder, respirer
A 20mn de Caldas da Rainha, 40mn au sud-ouest de Leiria ou 1h15 de Lisbonne, Salir do Porto accueille les visiteurs au bord de sa baie. D’ici un passadiço en bois déroule une promenade douce le long de la baie jusqu’au pied de la plus haute dune du Portugal. La montée est courte mais raide ; elle offre, palier après palier, un panorama sur la conque parfaite de São Martinho do Porto, les pinèdes granitiques et l’Atlantique ouvert. Au sommet, le vent vous prend aux épaules, la lumière se diffracte sur les vagues, et l’on comprend pourquoi les habitants viennent ici pour « voir loin ».
Quand venir ?
Le printemps tapisse la dune de fleurs et adoucit le vent ; l’automne offre des couchers de soleil de cuivre. L’été est animé, baignades dans la lagune, familles en goguette, mais le matin très tôt, la dune est à vous. L’hiver révèle la structure du relief et l’odeur résineuse des pins ; il suffit d’un pull et d’un thermos pour goûter le silence.
Informations pratiques
- Accès : Rua Dom Fernando, 50 – Salir do Porto.
- Parking récent, passadiços, sanitaires en saison.
- Baignade : lagune abritée côté baie, Atlantique plus exposé côté océan.
- Photographie : lumière rasante du matin pour les textures de sable ; fin de journée pour les couleurs sur la chapelle et la baie.
Salir do Porto n’est pas qu’un beau décor. C’est un palimpseste de vent, de sel et d’histoires humaines, où la science dialogue avec la mémoire. On y vient pour gravir une montagne de sable ; on repart avec l’idée simple et tenace que certains paysages, parce qu’ils semblent fragiles, méritent davantage que des traces de pas : ils méritent notre attention.
- Reserva Natural Local do Paul de Tornada : https://www.centerofportugal.com/fr/poi/reserve-naturelle-paul-de-tornada ↩︎







