Au Portugal, les femmes sont aujourd’hui plus nombreuses que les hommes, vivent plus longtemps et dominent largement les statistiques de l’enseignement supérieur. Pourtant, malgré ces avancées visibles, les inégalités économiques persistent. Salaires plus faibles, accès inégal à certains secteurs professionnels et risque accru de pauvreté continuent de marquer le quotidien de nombreuses Portugaises.
À l’occasion de la Journée internationale des femmes, les données compilées par la base statistique Pordata, de la Fondation Francisco Manuel dos Santos, offrent un portrait nuancé de la condition féminine dans le pays. Elles montrent une société profondément transformée par l’accès des femmes à l’éducation et à la vie publique, mais où certaines asymétries demeurent tenaces.
Un pays légèrement majoritairement féminin
Avec environ 5,6 millions de femmes, les Portugaises représentent aujourd’hui 52,2 % de la population. Cet écart s’accentue avec l’âge. À partir de la tranche des 35-39 ans, les femmes deviennent systématiquement plus nombreuses que les hommes, et la différence augmente progressivement au fil des décennies.
Chez les centenaires, la domination est nette : 82 % des personnes âgées de 100 ans ou plus sont des femmes. Cette longévité féminine constitue l’un des traits démographiques majeurs du Portugal contemporain.
Mais vivre plus longtemps ne signifie pas nécessairement vivre mieux. Si l’espérance de vie des femmes atteint 85,4 ans, contre 79,8 ans pour les hommes, les années vécues en bonne santé restent paradoxalement légèrement inférieures à celles des hommes.
La révolution silencieuse de l’éducation
C’est dans l’éducation que les transformations apparaissent les plus spectaculaires. En 1960, seulement 3 % des adolescentes de 15 et 16 ans fréquentaient l’enseignement secondaire. Les filles représentaient alors à peine 37 % des élèves de ce niveau.
Le basculement intervient dans les années 1970. Entre 1972 et 1977, la scolarisation féminine atteint la parité. Depuis lors, la progression ne s’est jamais interrompue.
Aujourd’hui, les femmes représentent 58 % des diplômés de l’enseignement supérieur. Leur domination est particulièrement marquée dans plusieurs domaines. Plus des trois quarts des diplômés en éducation, santé ou protection sociale sont des femmes. Dans les sciences sociales, le journalisme ou l’information, elles dépassent les 70 %.
Certains domaines restent cependant très masculins. Dans les filières d’ingénierie et d’industrie, les femmes ne représentent qu’environ 32 % des diplômés. Dans les technologies de l’information et de la communication, leur présence tombe à environ 20 %.
Une présence encore inégale sur le marché du travail

Malgré leur avantage éducatif, les femmes restent moins présentes sur le marché du travail que les hommes. Dans toutes les tranches d’âge comprises entre 25 et 64 ans, le taux d’emploi masculin demeure supérieur.
L’écart dépasse 5 points de pourcentage après 35 ans. Il est particulièrement marqué chez les personnes ayant un faible niveau de qualification, où la différence peut atteindre plus de 15 points.
Lorsque les femmes travaillent, elles le font toutefois majoritairement à temps plein. Chez les plus de 25 ans, environ 90 % exercent une activité à plein temps, soit bien davantage que la moyenne européenne, qui se situe autour de 72 %.
La concentration professionnelle reste forte : santé et action sociale, éducation, commerce et industrie manufacturière regroupent plus de la moitié des quelque 2,5 millions de femmes actives du pays.
Des avancées visibles dans les positions de pouvoir
Les dernières années ont également vu progresser la présence féminine dans les postes de décision. Dans les entreprises cotées en Bourse, les femmes occupaient 34,8 % des postes de direction en 2024, dépassant ainsi l’objectif international fixé à 33 % par les Nations unies.
Dans les fonctions non exécutives des conseils d’administration, leur présence atteint même 44,2 %. La progression se retrouve également dans certaines professions traditionnellement masculines. Dans la magistrature judiciaire, les femmes représentent désormais 67 % des juges, contre 39 % en 2000.
Dans les forces de police, la progression reste plus lente : la part des femmes est passée de 6 % en 2008 à 10 % en 2023, loin de la moyenne européenne d’environ 25 %.
Une présence politique au-dessus de la moyenne européenne
La représentation politique féminine progresse également. En 2025, les femmes occupaient 38,8 % des postes ministériels au Portugal et 36,5 % des sièges au Parlement. Ces proportions dépassent les moyennes enregistrées dans l’ensemble de l’Union européenne.
Cette évolution reflète l’effet des politiques de quotas introduites au cours des dernières décennies, mais aussi l’élargissement progressif de la participation féminine à la vie publique.
Des trajectoires familiales en mutation
Les transformations sociales se lisent aussi dans la structure des ménages. Près de 45 % des femmes adultes vivent dans des configurations familiales atypiques, incluant enfants adultes, parents âgés ou personnes sans lien de parenté.
Environ 24 % vivent en couple sans autre membre dans le foyer et 15 % vivent seules. La vie en couple avec enfants mineurs représente désormais seulement 14 % des situations.
La maternité intervient également plus tard dans la vie. En 2024, l’âge moyen des mères au moment de la naissance atteignait 31,7 ans. Près d’un tiers des mères avaient plus de 34 ans.
Une société plus féminine mais encore inégalitaire
Les inégalités salariales se sont réduites ces dernières années, sans disparaître. En 2024, les femmes gagnaient encore environ 7 % de moins que les hommes dans les secteurs de l’industrie, de la construction et des services.
Au-delà des salaires, les femmes restent plus exposées à la pauvreté. Le risque de pauvreté ou d’exclusion sociale demeure plus élevé chez elles dans toutes les classes d’âge. Chez les personnes de plus de 75 ans, près de 29,3 % des femmes sont concernées, contre 22,3 % des hommes.
Le portrait qui se dessine est donc celui d’un pays profondément transformé par l’accès des femmes à l’éducation et aux responsabilités publiques. Mais aussi celui d’une société où, malgré ces progrès, les inégalités économiques et sociales continuent de peser davantage sur les femmes.







