Au Portugal, les jeunes quittent le foyer parental à 28,9 ans

enfant adulte à la maison

L’émancipation des jeunes adultes portugais continue d’être repoussée. En 2024, l’âge moyen de départ du domicile familial au Portugal s’est élevé à 28,9 ans, selon les dernières données publiées par Eurostat. Ce chiffre place le pays au 7ᵉ rang des États membres de l’Union européenne où les jeunes partent le plus tardivement de chez leurs parents, derrière la Croatie, la Slovaquie, la Grèce, l’Italie, l’Espagne et Malte. En comparaison, la moyenne européenne s’établit à 26,2 ans.

Si les traditions familiales méditerranéennes jouent un rôle, c’est bien la crise du logement qui est pointée du doigt comme facteur principal de cet éloignement retardé. La montée continue des loyers, la raréfaction de l’offre, notamment dans les centres urbains comme Lisbonne ou Porto, et la croissance de l’hébergement touristique de type Airbnb rendent le parcours résidentiel des jeunes adultes particulièrement incertain.

Une Europe à deux vitesses face à l’autonomie des jeunes

Les disparités entre États membres sont marquées. Alors que les jeunes de Finlande quittent le nid familial dès 21,4 ans en moyenne, 23,7 ans en France, ceux de Grèce ou de Slovaquie repoussent cette étape jusqu’à plus de 30 ans. Le Portugal, avec ses 28,9 ans, s’inscrit pleinement dans cette fracture nord-sud de l’Union, révélatrice d’inégalités structurelles dans l’accès au logement et à l’autonomie économique.

Selon Eurostat, les jeunes sont également plus vulnérables à la charge financière liée au logement. En 2024, 9,7 % des Européens âgés de 15 à 29 ans vivaient dans des ménages consacrant plus de 40 % de leur revenu disponible aux dépenses liées à l’habitation, contre 8,2 % pour l’ensemble de la population. Au Portugal, cette surcharge concerne 8,4 % des jeunes, une proportion qui traduit la difficulté d’émancipation par l’accès au logement.

age moyen jeunes

Crise structurelle et politiques publiques limitées

La situation portugaise s’inscrit dans un contexte plus large de crise du logement en Europe, exacerbée par la spéculation, l’attractivité touristique et la financiarisation du parc immobilier. À Lisbonne comme à Porto, les prix à l’achat et à la location dépassent largement les capacités financières des jeunes travailleurs ou étudiants, même diplômés. L’économie dite « de la location courte durée » accentue encore la pénurie de logements longue durée, malgré plusieurs tentatives de régulation.

Face à cette impasse, le gouvernement portugais a lancé ces dernières années plusieurs mesures : aides à l’achat pour les primo-accédants, promotion du logement public, et encadrement partiel du marché locatif. Mais ces politiques restent insuffisantes pour inverser la tendance. Le manque de logements abordables freine non seulement l’autonomie résidentielle, mais aussi le projet familial et la mobilité professionnelle des jeunes générations.

Un enjeu européen aux réponses nationales

Bien que la compétence logement reste du ressort des États membres, la Commission européenne a souligné à plusieurs reprises la nécessité d’intervenir face à l’ampleur de la crise. Pour le Portugal, Bruxelles soutient un plan en faveur de l’habitat abordable, via des financements spécifiques, des aides d’État ciblées, et un cadre réglementaire visant à limiter l’hébergement touristique excessif dans les zones en tension.

En toile de fond, ce retard dans l’accès à l’autonomie des jeunes interroge plus largement sur la durabilité du modèle socio-économique européen. Alors que les débats sur le vieillissement de la population, la natalité en berne et la précarité juvénile se multiplient, l’impossibilité d’accéder à un logement digne devient un marqueur de vulnérabilité intergénérationnelle. Au Portugal comme ailleurs, le logement n’est plus seulement un bien de consommation ou un actif financier : c’est désormais une question de cohésion sociale.

Résumer l'article avec l'IA 👉 ChatGPT Perplexity Grok Google AI

Article écrit par
Retour en haut