À Faro, un projet de 28 villas de luxe dans la Ria Formosa suscite la polémique

Vue sur les zones humides de la Ria Formosa, à Faro, où un projet de 28 villas de luxe suscite une controverse

À Faro, dans le sud du Portugal, un projet immobilier prévoyant 28 villas de luxe à partir de 3,75 millions d’euros provoque une vive contestation. Les habitations doivent être construites sur des terrains situés dans le périmètre du parc naturel de la Ria Formosa, l’un des espaces naturels les plus emblématiques de l’Algarve. Malgré les protestations, la mairie affirme ne pas disposer des moyens juridiques nécessaires pour empêcher l’opération.

Le paradoxe est d’autant plus surprenant que le maire de Faro, António Pina, reconnaît lui-même qu’un tel projet ne pourrait plus être autorisé dans les mêmes conditions aujourd’hui. Mais les droits à construire remontent à 1990, soit 36 ans avant la controverse actuelle.

L’affaire a pris de l’ampleur début novembre 2026, après la diffusion d’une vidéo promotionnelle présentant les futures résidences. Une pétition demande désormais la suspension du programme immobilier, dont les plans architecturaux restent toutefois en cours d’examen.

Des villas à 3,75 millions € au cœur de la Ria Formosa

waterfront

Baptisé The Waterfront, le programme prévoit la construction de 28 maisons haut de gamme de 600 m², dans le secteur du parc riverain de Faro, au sud de la voie ferrée. Les terrains concernés se trouvent dans le périmètre du parc naturel de la Ria Formosa, une zone connue pour ses lagunes, ses marais et sa biodiversité.

Selon les annonces immobilières consultées par l’agence de presse portugaise Lusa, les prix débutent à 3,75 millions d’euros par villa. Le projet promet des résidences contemporaines bénéficiant d’un emplacement privilégié à proximité du littoral.

The Waterfront | A New Exclusive Development on the Ria Formosa Nature Park in the Algarve, Portugal

La publication d’une vidéo commerciale présentant les futures constructions a déclenché de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux. Bien que retirée depuis, elle a contribué à faire connaître un projet immobilier dont l’existence était jusqu’alors peu médiatisée.

Une pétition en ligne 1 a rapidement été lancée pour réclamer sa suspension. Au jeudi 5 novembre, à 15 h 30, elle avait recueilli plus de 593 signatures, selon les informations rapportées par Lusa et le Correio da Manhã 2.

Pourquoi la mairie affirme ne pas pouvoir empêcher la construction

the waterfront

C’est l’aspect le plus singulier de cette affaire. Contrairement à ce que pourrait laisser penser la récente campagne de commercialisation, le projet ne repose pas sur une autorisation d’urbanisme nouvellement accordée.

Le lotissement a été approuvé le 27 juillet 1990, sous une précédente administration municipale. À cette époque, les règles d’aménagement du territoire étaient différentes, notamment en matière de protection des zones côtières.

Selon le maire António Pina, les parcelles destinées aux habitations et certaines infrastructures avaient été préparées depuis longtemps. La végétation a progressivement recouvert une partie des aménagements, donnant au secteur une apparence plus naturelle.

En 2005, la mairie a officiellement validé les aménagements réalisés dans le cadre du lotissement autorisé 15 ans plus tôt. Selon le maire, cette validation a consolidé les droits à construire sur les terrains concernés, ce qui rend aujourd’hui particulièrement difficile l’annulation du projet.

António Pina a reconnu que le projet ne serait plus possible dans les mêmes conditions avec les règles actuelles. Il a également expliqué qu’il aurait privilégié une négociation avec le propriétaire afin d’intégrer les terrains au parc riverain.

Selon le journal régional Barlavento 3, le maire estime qu’une intervention destinée à empêcher l’opération pourrait exposer la municipalité à des indemnisations de plusieurs millions d’euros. Il s’agit toutefois de l’appréciation de l’exécutif municipal, et non d’une décision judiciaire établissant l’impossibilité absolue de toute contestation.

Les 28 villas n’ont pas encore obtenu leur permis de construire

Si les terrains sont constructibles en vertu de l’autorisation accordée en 1990, les 28 villas ne disposent pas encore de toutes les autorisations nécessaires.

La vice-présidente de la mairie de Faro, Valentina Calixto, a précisé que les plans architecturaux avaient été déposés en octobre 2026 et qu’ils étaient toujours examinés par les services municipaux.

Autrement dit, les droits à construire sur ces terrains remontent à plusieurs décennies, mais le projet immobilier actuel doit encore franchir des étapes administratives avant que les travaux puissent être autorisés.

Cette distinction est essentielle : l’existence de droits urbanistiques anciens ne signifie pas que tous les aspects du programme actuel ont déjà été validés. Le terrain a néanmoins été clôturé, ce qui a contribué aux interrogations des habitants sur l’avenir de cette partie du parc riverain.

La municipalité assure également que les chemins piétonniers et cyclables existants resteront accessibles au public. António Pina a garanti que l’espace de promenade ne serait pas transformé en résidence privée fermée aux visiteurs.

Qui se trouve derrière le programme The Waterfront ?

Le projet est aujourd’hui porté par Glensee Properties, une société immobilière installée à Albufeira. Selon les informations issues du registre des sociétés portugais, consultées par Lusa, son unique associé est Grimpeur Holdings Limited, une entreprise domiciliée sur l’île de Man.

Les droits liés au lotissement appartenaient initialement à un entrepreneur portugais avant de passer entre les mains du promoteur actuel.

La municipalité rappelle par ailleurs que certains terrains utilisés pour aménager le parc riverain avaient été cédés dans le cadre de l’opération immobilière initiale. Ces compensations foncières expliquent en partie la configuration actuelle du site, où des espaces publics voisinent avec des parcelles constructibles.

À Faro, la controverse révèle ainsi les conséquences durables de décisions d’urbanisme prises plusieurs décennies auparavant. Le prochain enjeu sera l’examen des plans des 28 villas, dont la date d’approbation éventuelle n’est pas encore connue. En attendant, la pétition et les réactions des habitants entretiennent le débat sur la place de nouvelles constructions privées dans cet environnement naturel protégé.

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