Entre océan Atlantique, chaînes montagneuses et terres insulaires, le Portugal déploie une mosaïque d’écosystèmes. Si la cigogne blanche, le renard ou encore le sanglier peuplent l’imaginaire collectif, une partie méconnue de la faune lusitanienne reste pourtant tapie dans l’ombre. Caméléon dans les pinèdes de l’Algarve, mangouste sacrée venue d’Afrique ou écureuil rouge ressuscité du passé … Le pays abrite des espèces aussi rares que surprenantes. Voyage naturaliste à la rencontre de 10 animaux que vous ne pensiez pas croiser sur les terres portugaises.
Un bestiaire discret et souvent invisible
Ce n’est pas la taille du territoire qui fait la richesse d’un pays. Le Portugal, malgré ses modestes dimensions, est une véritable enclave de biodiversité. Des steppes de l’Alentejo aux forêts laurifères de Madère, en passant par les montagnes humides du Gerês ou les dunes atlantiques, chaque recoin recèle son lot de surprises. Certaines espèces n’existent que sur ce territoire. D’autres y ont trouvé refuge ou ont été introduites avec le temps. Toutes racontent une histoire, souvent ignorée, de cohabitation entre l’homme et l’animal.
Voici 10 espèces rares, étranges ou oubliées qui peuplent les paysages portugais, souvent sans que même les habitants n’en aient conscience. Une invitation à mieux regarder, à ralentir, à écouter, et à s’émerveiller.
Le lérot : le fantôme des vergers

Son nom officiel : rato-dos-pomares ou leirão (Eliomys quercinus). Ce petit rongeur, cousin du loir, vit principalement la nuit, se faufilant entre les pierres ou les broussailles. Il possède un talent peu commun : s’il est attrapé par la queue, il peut s’en défaire pour échapper au danger, laissant derrière lui une illusion de capture. Très discret, il fréquente les forêts de chênes-lièges, les vergers et les haies rurales, du Nord au Centre du pays.
La loutre d’Europe : l’ombre fluide des rivières

La lontra-europeia (Lutra lutra) est abondante dans les eaux portugaises, malgré sa vulnérabilité en Espagne. Elle vit dans les lacs, les estuaires ou les canaux, et se faufile avec élégance le long des berges. Sa silhouette élancée, presque insaisissable, rappelle combien la nature sait être à la fois sauvage et élégante. Son principal ennemi ? La pollution des eaux et les pièges des activités humaines.
Le daim : beauté tachetée des forêts privées

Élégant, tacheté, le daim, ou gamo en portugais (Dama dama), n’existe au Portugal qu’en captivité partielle, dans des réserves de chasse ou des parcs naturels. Importé depuis des siècles, ce cervidé gracieux perd ses bois en hiver et les retrouve au printemps. Il est devenu un symbole des grands domaines sylvestres, là où l’homme modèle la faune à son image.
Le mouflon : une bête antique venue d’ailleurs

Le muflão (Ovis ammon musimon), ou mouflon, est une ancienne brebis sauvage originaire d’Asie. Introduite dans les années 1990 au Portugal dans le cadre de la chasse touristique, cette espèce vulnérable se distingue par ses cornes spiralées et son pelage brun foncé. Elle a trouvé refuge dans certaines zones rurales du Centre et de l’Alentejo, où elle vit en petits groupes très discrets.
Le caméléon commun : le reptile solitaire d’Algarve

Oui, le caméléon, ici appelé Camaleão-comum, vit au Portugal, précisément dans les forêts littorales de l’Algarve. Solitaire, lent, doté d’une langue fusée et de deux yeux mobiles indépendamment, Chamaeleo chamaeleon change de couleur et chasse les insectes en toute discrétion. Classé peu préoccupant, il reste néanmoins sensible aux dérèglements de son habitat.
L’écureuil roux : le retour d’un disparu

Porté disparu depuis le XVIe siècle, le esquilo-vermelho (Sciurus vulgaris) a refait son apparition au Portugal grâce à une recolonisation naturelle depuis l’Espagne. D’abord discret dans le Haut-Douro, il est aujourd’hui visible dans le parc national de Peneda-Gerês ou au jardin botanique de Coimbra. Son pelage peut varier du roux vif au brun foncé, voire noir. Grand semeur de forêts, il enterre des graines qu’il oublie de manger, participant à la régénération des bois.
La taupe d’eau : un bijou discret et vulnérable

Le Desman des Pyrénées ou taupe d’eau : toupeira-d’água (Galemys pyrenaicus) est une espèce endémique de la péninsule ibérique. Petite, excellente nageuse, elle vit dans les ruisseaux du Nord et des zones montagneuses. Considérée comme vulnérable, elle est activement protégée. Très difficile à observer, c’est un emblème silencieux des rivières portugaises.
Le musaraigne pygmée : le plus petit mammifère du monde

Avec ses 1,8 grammes, le musaranho-pigmeu (Suncus etruscus) est un poids plume qui se faufile dans les jardins, les oliveraies et les vignes méditerranéennes. Presque invisible, il dort parfois l’hiver et vit dans l’ombre, actif la nuit. C’est un miracle vivant de la miniaturisation animale.
La genette : entre chat et panthère

Gineta-europeia, originaire d’Afrique, aurait été introduite au Portugal par les Maures pour chasser les rongeurs domestiques. Elle se distingue par son pelage tacheté et sa queue annelée. Très discrète, elle hante les forêts, les maquis et les abords de rivières, active la nuit, prédatrice de lézards et de petits mammifères.
Le sacarrabos : le mangeur de serpents mythique

Appelé aussi mangouste ou Herpestes ichneumon, le sacarrabos est une créature étonnante, venue d’Afrique. Il vit dans le Sud du Portugal, notamment dans l’Alentejo, et se déplace en file indienne. Il est réputé pour son appétit de serpents, y compris venimeux. Vénéré dans l’Égypte antique, il a même été momifié et associé au dieu Râ. Aujourd’hui, il est chez lui dans les maquis méditerranéens du Portugal.
Un trésor naturel à préserver
Ces 10 espèces témoignent d’un Portugal vivant, complexe, bien plus sauvage qu’on ne l’imagine. Pourtant, cette biodiversité fragile reste souvent menacée par les activités humaines, la fragmentation des habitats, les pollutions et le dérèglement climatique. Redécouvrir ces animaux, c’est aussi reconnaître la richesse d’un patrimoine naturel unique, souvent invisible, mais essentiel à notre équilibre.
En redonnant une place à ces êtres discrets, le Portugal affirme son attachement à la nature. Pour que ces rencontres improbables, entre un caméléon et un randonneur, un sacarrabos et un photographe patient, puissent continuer à émerveiller les générations futures.







