Il faut marcher pour la voir. Au bout du sentier, lorsque la forêt s’ouvre enfin sur le rio Conho, le Poço Azul apparaît comme une improbable tache turquoise au milieu des reliefs du Gerês. Pas de route, pas de parking à quelques mètres de l’eau, ni d’aménagement touristique : cette piscine naturelle se mérite.
Dans le nord du Portugal, au cœur du parc national de Peneda-Gerês, cette petite lagune est devenue l’une des destinations favorites des marcheurs à la recherche d’une nature encore sauvage. Son eau limpide, le granite qui l’encadre et la végétation dense composent un paysage qui paraît presque tropical sous le soleil estival. Pourtant, tout ici appartient profondément aux montagnes portugaises.
Une eau turquoise cachée dans les montagnes du Gerês

Le Poço Azul est une vasque naturelle alimentée par le rio Conho, sur le territoire de Terras de Bouro. L’eau descend des reliefs du Gerês avant de venir s’accumuler entre les rochers, formant un bassin dont la couleur change avec la lumière, le débit de la rivière et les saisons.
Lorsque le soleil est haut et que les pluies se font rares, le bleu se mêle au vert jusqu’à produire cette teinte turquoise qui a largement contribué à la réputation du lieu. À d’autres périodes, l’eau paraît plus sombre, presque émeraude. Sa transparence reste néanmoins saisissante, laissant apparaître les roches sous la surface.
Le décor compte tout autant que la couleur de l’eau. Carvalhais (chênaies), blocs de granite, reliefs escarpés et anciennes traces du pastoralisme entourent la lagune. Nous sommes loin d’une plage aménagée : le Poço Azul conserve l’apparence d’un point d’eau découvert au détour d’une vallée.
Une plage sauvage qui se mérite
Son isolement participe largement à son charme. Contrairement à certaines cascades et plages fluviales du Gerês accessibles presque directement en voiture, le Poço Azul ne peut être rejoint qu’à pied. Il faut donc accepter plusieurs kilomètres de marche avant de pouvoir poser son sac au bord de l’eau.
L’un des itinéraires les plus empruntés commence près de la Cascata do Arado. Après les premiers passages plus pentus, le chemin gagne une partie boisée où l’ombre devient appréciable en été. Il traverse ensuite un paysage typique du Gerês, ponctué de sources et d’anciens abris utilisés autrefois par les bergers.
On rencontre notamment la Fonte das Letras, la Fonte do Curral da Malhadoura puis le Curral dos Portos. Peu à peu, le sentier s’enfonce davantage dans la montagne avant de rejoindre la vallée du rio Conho. L’arrivée au bord du Poço Azul constitue alors la véritable récompense : après plusieurs heures de marche, l’eau claire est difficile à regarder sans avoir envie d’y entrer.
Le chemin fait partie du voyage

Réduire l’excursion à une simple baignade serait pourtant passer à côté d’une grande partie de son intérêt. La randonnée traverse une succession de paysages qui permettent de découvrir le Gerês loin de ses routes les plus fréquentées. À mesure que l’on avance, les traces d’occupation humaine deviennent plus discrètes et la montagne reprend toute la place.
C’est aussi ce qui distingue le Poço Azul de nombreux sites naturels devenus facilement accessibles. L’effort nécessaire pour l’atteindre crée une rupture : on ne vient pas ici simplement pour quelques minutes devant un beau paysage. La marche impose son rythme, avec ses montées, ses pauses à l’ombre et ses changements de perspective sur les reliefs environnants.
Cette relative difficulté ne signifie pas que l’itinéraire soit réservé aux montagnards expérimentés. Il reste généralement considéré comme modéré, mais demande une condition physique correcte et surtout de bonnes chaussures. Certaines portions sont irrégulières et, surtout, le parcours n’est pas officiellement balisé de bout en bout.
Poço Azul : les informations pratiques avant de partir
Une excursion au Poço Azul doit donc être un minimum préparée. La couverture téléphonique peut être faible ou inexistante sur certaines parties du parcours ; mieux vaut télécharger son itinéraire avant le départ plutôt que compter sur une connexion mobile une fois dans la montagne.
- Localisation : parc national de Peneda-Gerês, commune de Terras de Bouro.
- Accès : uniquement à pied pour la dernière partie du parcours.
- Point de départ courant : secteur de la Cascata do Arado.
- Distance : environ 9 à 11 km aller-retour selon le lieu de stationnement et l’itinéraire choisi.
- Durée : prévoir autour de 4 heures avec les pauses.
- Dénivelé : environ 350 mètres.
- Difficulté : modérée, avec quelques passages irréguliers.
- À emporter : eau, nourriture, protection solaire, chaussures adaptées et carte ou GPS téléchargé hors ligne.
En été, partir tôt présente un double avantage : les températures sont plus agréables pour marcher et les possibilités de stationnement près de la Cascata do Arado sont rapidement limitées. Selon l’endroit où la voiture est laissée, quelques kilomètres supplémentaires peuvent s’ajouter à la randonnée.
Il faut enfin garder à l’esprit que le Poço Azul se trouve dans un parc national. Des restrictions temporaires d’accès peuvent être décidées, notamment lorsque le risque d’incendie devient important. Avant une randonnée estivale, il est donc prudent de vérifier les conditions d’accès et les éventuelles mesures en vigueur.
Sur place, le principe est simple : ne rien laisser derrière soi et préserver les lieux tels qu’on les a trouvés. C’est précisément parce qu’il demeure difficile d’accès et relativement peu aménagé que le Poço Azul conserve cette impression rare d’avoir découvert, après plusieurs kilomètres de marche, un petit morceau secret du Gerês.







