Ils ne sont ni issus des Alpes ni de Scandinavie, mais du Portugal. Un pays plus connu pour ses plages que pour ses pistes enneigées. Et pourtant, depuis 1952, seize athlètes portugais ont représenté leur nation aux Jeux olympiques d’hiver. À un an de Milano Cortina 2026, retour sur une aventure méconnue, faite de passion, d’efforts et de résilience dans l’un des environnements les plus exigeants du sport mondial.
Les débuts discrets mais audacieux du Portugal aux Jeux d’hiver
Un pionnier sur les pistes d’Oslo en 1952

C’est en 1952 que le Portugal fait sa première apparition hivernale. Seul sur les pistes norvégiennes, Duarte Espírito Santo Silva participe à l’épreuve de descente en ski alpin. Il termine 69e, mais l’essentiel est ailleurs. Avec lui, le Portugal entre dans le cercle très fermé des nations présentes aux Jeux d’hiver. Il devait être accompagné par un ami, Carlos Gonçalves, finalement forfait. Tous deux avaient été encouragés à tenter leur chance par un Autrichien amateur de glisse. L’histoire commence ainsi, discrètement mais dignement.
Calgary 1988 : le bobsleigh comme surprise

36 ans plus tard, le Portugal revient aux Jeux d’hiver. Et pas dans n’importe quelle discipline : le bobsleigh. À Calgary 1988, un groupe de Luso-Canadiens emmenés par António Reis, initiateur, accompagné de ses amis Joao Pires, Joao Poupada et Rogerio Bernardes, forme deux équipes, dont une en bob à 4. Sans grande expérience mais avec une détermination sans faille, ils terminent juste devant les fameux Jamaïcains, entrés dans la légende grâce au film Rasta Rockett. Le Portugal se classe 25e sur l’épreuve phare, une performance aussi inattendue qu’attachante.
Le ski alpin comme fil rouge olympique
Dans les années 1990, Georges Mendes signe un retour du ski alpin. Franco-portugais, il se classe 41e en descente et 32e en slalom géant à Lillehammer 1994. Blessé pour Albertville 1992, il profite de l’organisation rapprochée des éditions pour sauver son rêve olympique.
Deux décennies plus tard, Arthur Hanse, autre franco-portugais, dispute les Jeux de 2014 et 2018. Il obtient un 38e rang au slalom à PyeongChang, après un double abandon à Sotchi.
Sa compatriote Camille Dias, formée en Suisse, participe aussi à Sotchi 2014 à seulement 17 ans, avant d’interrompre sa carrière deux ans plus tard.
En 2022, c’est Ricardo Brancal, originaire de Covilhã, qui incarne un nouveau type d’athlète : formé sur les pentes portugaises de la Serra da Estrela, il signe les meilleures performances lusitaniennes en championnat du monde, avant de terminer 37e au slalom géant et 39e au slalom à Pékin. Avec lui, le ski portugais redevient local, enraciné, presque montagnard.
Figures inattendues et disciplines rares

Mafalda Pereira et le freestyle tragique
Mafalda Queiroz Pereira détient toujours le meilleur classement de l’histoire portugaise aux Jeux Olympiques d’hiver. En 1998 à Nagano, elle termine 21e en saut acrobatique (aerials), après avoir basculé de la gymnastique à ce sport spectaculaire. Porte-drapeau de la délégation, elle voit cependant sa carrière brisée par une blessure au genou juste après les Jeux.
La glisse en ligne droite : Marreiros et Silva
En patinage de vitesse, le Portugal a connu une autre première : Fausto Marreiros, luso-néerlandais, participe à Nagano 1998. Il termine 31e sur 5000 mètres, et œuvre aujourd’hui au développement de la discipline dans son pays. C’est lui qui entraîne Diogo Marreiros, grand espoir de la vitesse. De son côté, Danny Silva participe aux compétitions de ski de fond en 2006 et 2010, à 36 ans. Né aux États-Unis, ce touche-à-tout (triathlon, athlétisme) est l’un des rares Portugais à avoir porté le drapeau à 4 reprises.
Pékin 2022 : la délégation la plus nombreuse

Avec 5 athlètes engagés dans 3 disciplines différentes, les Jeux de Pékin 2022 marquent un tournant historique pour le Portugal aux Jeux d’hiver. C’est la première fois qu’un contingent aussi étoffé représente le pays sous les anneaux olympiques dans un contexte hivernal. Cette diversité illustre le fruit d’un travail discret mais structurant de la Fédération portugaise des sports d’hiver 1, appuyée par des diasporas sportives et des efforts de formation ciblés.
En ski alpin, 4 représentants : Ricardo Brancal, né à Covilhã et dont nous avons parlé plus haut, confirme son statut de référence nationale, après avoir signé un an plus tôt la meilleure performance portugaise en championnat du monde à Cortina d’Ampezzo. À ses côtés, Vanina Guerillot Oliveira, née en France d’un père entraîneur de ski et d’une mère portugaise, ne termine pas son slalom mais marque sa présence par sa précocité et sa technique.

Deux autres athlètes complètent la délégation de skieurs alpins : Louis Guerreiro, en slalom géant et slalom, et Manuel Ramos, également spécialiste du ski alpin. Leurs résultats (non classés ou abandons) sont plus modestes, mais leur présence traduit l’émergence d’un vivier élargi. Ils incarnent, à leur manière, cette nouvelle génération qui ose viser l’Olympe, malgré des infrastructures encore limitées au pays.
En ski de fond, José Cabeça fait figure d’ovni. Originaire d’Évora, sans neige ni montagne, il découvre le ski en 2020. Deux ans plus tard, il participe aux Jeux Olympiques et termine 88e du 15 km classique, à 11 minutes du médaillé d’or finlandais. S’il n’entre pas dans les classements prestigieux, il offre au Portugal son meilleur résultat historique dans cette discipline et incarne la volonté de s’arracher malgré des conditions de formation limitées.
La relève passe par les Jeux de la Jeunesse

En parallèle, 10 jeunes ont déjà représenté le Portugal aux Jeux olympiques d’hiver de la jeunesse. En 2016 à Lillehammer, puis à Lausanne 2020 et enfin à Gangwon 2024, plusieurs talents se sont révélés. Parmi eux, Jéssica Rodrigues brille en 2024 en patinage de vitesse avec une 6e place à la mass start, meilleur résultat de l’histoire portugaise toutes compétitions hivernales confondues.
Entre jeunes talents formés en Suisse mais engagés sous les couleurs portugaises, comme Manuel Ramos ou Emeric Guerillot, et patineurs venus du roller de vitesse, à l’image de Martim Vieira ou Francisca Henriques, le vivier national s’élargit.. Les sports d’hiver au Portugal, longtemps anecdotiques, commencent à bâtir une culture, une continuité et peut-être, bientôt, un podium.
Milano Cortina 2026 en ligne de mire
Avec un climat peu propice à la neige et des infrastructures limitées, le Portugal n’a jamais eu la vie facile dans l’univers glacé des Jeux d’hiver. Pourtant, à un an des Jeux Milano Cortina 2026, la nation s’illustre une nouvelle fois par sa détermination : 3 quotas déjà obtenus, pour ce qui sera la dixième participation portugaise aux Jeux Olympiques hivernaux. Avec des athlètes comme José Cabeça qui visent explicitement l’édition 2026, c’est une véritable génération qui se prépare. Peut‑être moins pour gagner que pour exister pleinement sur la scène olympique, mais dans les Jeux, parfois, c’est déjà beaucoup.
- Fédération portugaise des sports d’hiver : https://fdiportugal.pt/ ↩︎







