Aux Açores, la semaine de 4 jours améliore le bien-être sans réduire la productivité

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Travailler moins sans produire moins ? Aux Açores, une expérimentation de la semaine de 4 jours dans l'administration régionale livre des résultats encourageants : moins d'absences, une majorité d'indicateurs de productivité en progression et une nette amélioration du bien-être des salariés.

Pendant le premier semestre 2026, près de 400 agents publics ont travaillé moins chaque semaine, sans baisse de salaire et sans embauche supplémentaire. Certains sont passés à quatre jours, d'autres à quatre jours et demi.

Au terme de l'expérience, les services publics concernés ont globalement maintenu ou amélioré leurs performances. Dans le même temps, les participants déclarent moins d'anxiété et de fatigue, dorment davantage et consacrent plus de temps à l'activité physique et à leur vie personnelle.

Plus de 60 % des indicateurs de productivité se sont améliorés

Plus de 60 % des indicateurs de productivité se sont améliorés

L'expérimentation a concerné 398 agents appartenant à 14 organismes de l'administration publique régionale, principalement à Terceira, São Miguel et Faial. Ils représentaient 2,3 % de l'ensemble des effectifs. La participation était volontaire et les secteurs de la Santé et de l'Éducation n'étaient pas concernés.

La durée normale du travail a été ramenée de 35 à 32 heures hebdomadaires. Environ 40 % des participants ont adopté quatre journées de huit heures, tandis que 60 % ont choisi une organisation sur quatre jours et demi. Dans la pratique, le temps effectivement travaillé est passé en moyenne de 36,7 à 34,1 heures par semaine, soit 2 heures et 36 minutes de moins.

Pour mesurer les conséquences de cette réduction, les responsables de l'étude ont suivi 182 indicateurs de productivité. Plus de 60 % ont évolué favorablement par rapport à la même période de l'année précédente, tandis qu'environ 20 % ont reculé.

Dans plusieurs services, le nombre de dossiers traités a augmenté, les délais ont été mieux respectés et certaines procédures sont devenues plus régulières. Le réseau RIAC, qui accueille directement les citoyens, offre un exemple concret : le nombre d'accueils physiques a augmenté sur toutes les îles concernées et les heures de fermeture forcée des boutiques ont diminué de plus de 40 %.

L'absentéisme a lui aussi reculé. Le nombre de jours d'absence par salarié a diminué de 15 %, soit une baisse trois fois supérieure à celle constatée dans le groupe de contrôle. Selon le rapport, cette diminution a compensé près de 20 % de la réduction des heures travaillées.

Comment expliquer que travailler moins n'ait pas entraîné une baisse générale de la productivité ? L'expérience semble avoir poussé les administrations à revoir leur organisation. Les équipes ont davantage hiérarchisé leurs tâches, rationalisé les réunions, renforcé la polyvalence entre collègues, mieux documenté leurs procédures et cherché à supprimer certaines activités redondantes.

Le rapport relève également une accélération du recours à l'intelligence artificielle générative. Selon ses auteurs, la réduction du temps disponible pourrait ainsi agir comme un catalyseur, poussant les services à rechercher de nouveaux gains d'efficacité et à accélérer leur modernisation technologique.

Moins d'anxiété, plus de sommeil et davantage d'activité physique

Moins d'anxiété, plus de sommeil et davantage d'activité physique

Les changements les plus spectaculaires concernent toutefois le bien-être des participants. La fréquence de plusieurs symptômes négatifs liés à la santé mentale a sensiblement diminué pendant l'expérience, alors qu'elle augmentait légèrement dans le groupe de contrôle.

La proportion de salariés déclarant fréquemment souffrir d'anxiété a ainsi reculé de 11 points de pourcentage. La fatigue a diminué de 10 points, tandis que l'insomnie et les problèmes de sommeil, les états dépressifs et la solitude ont chacun reculé de 8 points. La tension a diminué de 5 points. Dans le groupe de contrôle, ces différents symptômes ont au contraire progressé de 1 à 4 points.

Les participants déclarent également une plus grande satisfaction concernant leur vie, leur travail, leurs relations personnelles et, plus encore, leur temps libre. Ils dorment davantage, pratiquent plus d'activité physique et consacrent plus de temps à leurs centres d'intérêt et aux activités culturelles.

L'équilibre entre travail et vie privée s'est lui aussi nettement amélioré. La proportion de personnes déclarant avoir des difficultés à concilier leur travail avec leur vie familiale est passée de 34 % à 17 %. Pour la conciliation entre travail et vie personnelle, elle est passée de 31 % à 18 %.

Un effet plus matériel apparaît également : plus de 30 % des participants ont réduit leurs dépenses de déplacement.

Les chercheurs appellent néanmoins à la prudence

Les chercheurs appellent néanmoins à la prudence

Ces résultats ne signifient pas que le Portugal pourrait immédiatement généraliser la semaine de 4 jours à l'ensemble de son administration. Les auteurs du rapport sont eux-mêmes très prudents sur ce point.

Seulement 2,3 % des agents de l'administration régionale des Açores ont participé à l'expérimentation, sur la base du volontariat. Des secteurs majeurs comme la Santé et l'Éducation en étaient absents et les possibilités de réorganisation peuvent considérablement varier d'un métier ou d'un service à l'autre.

Rita Fontinha et Pedro Gomes considèrent donc qu'il serait prématuré de proposer une généralisation immédiate du modèle. Ils estiment en revanche que les résultats obtenus justifient la poursuite des expérimentations.

Le Portugal dispose déjà d'une première expérience menée dans le secteur privé en 2024. Les résultats açoriens apportent désormais de nouvelles données issues du secteur public et suggèrent surtout que la relation entre temps de travail et productivité n'est pas nécessairement linéaire.

Aux Açores, réduire le nombre d'heures travaillées n'a pas simplement donné davantage de temps libre aux participants. L'expérimentation a également poussé certains services à modifier leur organisation, tandis que la baisse de l'absentéisme a compensé une partie des heures supprimées.

Le projet ne démontre donc pas que la semaine de quatre jours fonctionnerait partout. Il montre en revanche que, dans les 14 organismes açoriens qui l'ont testée, travailler moins a pu être compatible avec des services maintenus, une productivité majoritairement en progression et des salariés en meilleure santé.

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