Dans la Serra do Caramulo, l’art ancestral de la pierre sèche devient patrimoine culturel

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Short summary: Dans les paysages de la Serra do Caramulo, les pierres racontent une histoire qui ne tient parfois qu’à leur propre

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Dans la Serra do Caramulo, l’art ancestral de la pierre sèche devient patrimoine culturel
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Dans les paysages de la Serra do Caramulo, les pierres racontent une histoire qui ne tient parfois qu'à leur propre équilibre. Sans ciment ni mortier, des générations d'habitants ont construit des murs, des granges, des canaux d'irrigation et même certaines maisons en assemblant patiemment les pierres disponibles sur place. Ce savoir-faire ancestral vient désormais d'être officiellement reconnu au Portugal.

L'« Art de la construction en pierre sèche dans la Serra do Caramulo » a été inscrit à l'Inventaire national du patrimoine culturel immatériel, selon une décision publiée au Diário da República. Une reconnaissance assortie d'un régime de sauvegarde urgente : derrière la beauté de ces constructions se cache en effet un savoir dont la transmission est aujourd'hui menacée.

Un paysage façonné pierre après pierre

Un paysage façonné pierre après pierre

La pierre sèche repose sur un principe aussi simple en apparence que complexe à maîtriser : assembler des pierres sans utiliser de liant. Leur sélection, leur positionnement et leur emboîtement assurent seuls la stabilité de la construction.

Dans la région centre et plus précisément dans le Caramulo, cette technique ne se limite pas aux murs qui découpent encore les petites parcelles agricoles. Elle apparaît dans les palheiros, ces bâtiments ruraux autrefois utilisés notamment pour le stockage, dans les espigueiros, les greniers traditionnels surélevés, mais également dans certaines maisons situées au cœur des villages.

La pierre accompagne même la circulation de l'eau. On la retrouve dans des rigoles et des levadas qui permettent d'acheminer l'eau jusqu'aux terres agricoles de la montagne.

« La pierre sèche est une marque identitaire du territoire », résume Carla Antunes Borges, présidente de la municipalité de Tondela. Au fil des siècles, cette technique est ainsi devenue indissociable du paysage autant que des activités humaines qui l'ont façonné.

Un savoir-faire dont la transmission est aujourd'hui menacée

Un savoir-faire dont la transmission est aujourd'hui menacée

La reconnaissance nationale ne porte donc pas seulement sur les ouvrages encore visibles. C'est le savoir permettant de les construire et de les entretenir qui constitue le véritable patrimoine immatériel.

La décision publiée au Diário da República souligne ainsi l'importance historique, sociale et culturelle de cette pratique pour les communautés de la Serra do Caramulo, mais insiste également sur les risques qui pèsent désormais sur sa continuité.

La disparition progressive des praticiens, l'évolution des activités agricoles et rurales ou encore la difficulté à transmettre des techniques apprises pendant des générations par l'observation et la pratique peuvent conduire à la perte de ces connaissances.

C'est précisément ce qui explique le classement en régime de sauvegarde urgente. L'objectif est désormais de préserver les conditions permettant aux détenteurs de ce savoir de le transmettre, mais également de valoriser les personnes et les communautés qui continuent à le faire vivre.

Une technique ancienne qui répond aussi à des questions très contemporaines

Une technique ancienne qui répond aussi à des questions très contemporaines

La pierre sèche appartient au patrimoine, mais ses défenseurs ne souhaitent pas en faire une technique figée dans le passé. La décision de classement évoque également son articulation avec les exigences actuelles de développement durable du territoire.

Ces constructions utilisent essentiellement une ressource locale et s'inscrivent directement dans leur environnement. Les murs jouent par ailleurs un rôle dans l'organisation des terres agricoles et dans la structuration des paysages ruraux, tandis que les ouvrages liés à l'eau témoignent d'une adaptation ancienne aux contraintes du relief.

Pour la municipalité de Tondela, la prochaine étape consiste donc non seulement à préserver le geste, mais aussi à encourager la réhabilitation de cette architecture et à réfléchir à sa place dans la gestion contemporaine du paysage.

5 communes réunies autour du patrimoine du Caramulo

5 communes réunies autour du patrimoine du Caramulo

La démarche dépasse largement les frontières administratives de Tondela. Le travail ayant conduit à l'inscription a été porté par cette municipalité avec Vouzela, Oliveira de Frades, Mortágua et Águeda.

Les quatre premières se situent dans le district de Viseu, tandis qu'Águeda appartient au district d'Aveiro. Toutes possèdent une partie de leur territoire dans la Serra do Caramulo et partagent ainsi cet héritage architectural.

Cette dimension intercommunale est particulièrement cohérente avec la nature du patrimoine concerné. Les murs de pierre sèche ne suivent pas les frontières administratives : ils sont le produit d'un territoire montagneux, de ses ressources géologiques et des usages agricoles développés par les populations qui l'habitent.

Le Caramulo vise désormais une reconnaissance de l'UNESCO

Le Caramulo vise désormais une reconnaissance de l'UNESCO

La reconnaissance portugaise pourrait d'ailleurs n'être qu'une première étape. La municipalité de Tondela souhaite désormais travailler à l'inclusion des constructions en pierre sèche du Caramulo dans la reconnaissance internationale de l'UNESCO.

L'art de la construction en pierre sèche figure déjà depuis 2018 sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité. Cette inscription concernait alors plusieurs pays européens, parmi lesquels Chypre, la Croatie, la Slovénie, l'Espagne, la France, la Grèce, l'Italie et la Suisse.

Le Caramulo pourrait donc chercher à rejoindre cette reconnaissance internationale en faisant valoir les spécificités de ses pratiques et de son paysage.

Le 3ème patrimoine immatériel reconnu à Tondela

Le 3ème patrimoine immatériel reconnu à Tondela

Cette nouvelle inscription est également la troisième obtenue récemment par une tradition liée au territoire de Tondela. Elle succède à la Festa das Cruzes do Guardão, inscrite en janvier 2025, et au processus traditionnel de production de la poterie noire de Molelos, reconnu en avril de la même année.

Avec la pierre sèche, la reconnaissance porte cette fois sur un patrimoine beaucoup plus largement inscrit dans le paysage. Il suffit encore de parcourir les villages et les terres de la Serra do Caramulo pour en observer les traces : un mur séparant deux parcelles, une ancienne grange, un grenier ou un canal suivant la pente de la montagne.

Des constructions parfois modestes, auxquelles on ne prête plus nécessairement attention, mais qui concentrent des générations de connaissances. Le défi consiste désormais moins à préserver uniquement les pierres qu'à conserver le savoir permettant de continuer à les assembler.

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