Tauromachie au Portugal : histoire, traditions et controverses autour de la corrida
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Short summary: Cavaleiros en costume traditionnel, chevaux lusitaniens, forcados attendant à quelques mètres un taureau lancé à pleine vitesse : la corrida
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- Cavaleiros en costume traditionnel, chevaux lusitaniens, forcados attendant à quelques mètres un taureau lancé à pleine vitesse : la corrida portugaise possède ses propres rites et une histoire profondément ancrée dans certaines régions du pays.
- Mais elle constitue aussi l’une des traditions les plus controversées du Portugal contemporain.
- Le débat vient de connaître un nouvel épisode.
- Le 2 octobre 2026, l’Institut du patrimoine culturel portugais a ouvert une consultation publique en vue d’une possible inscription de la Corrida de Toiros em Portugal à l’Inventaire national du patrimoine culturel immatériel.
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Cavaleiros en costume traditionnel, chevaux lusitaniens, forcados attendant à quelques mètres un taureau lancé à pleine vitesse : la corrida portugaise possède ses propres rites et une histoire profondément ancrée dans certaines régions du pays. Mais elle constitue aussi l'une des traditions les plus controversées du Portugal contemporain.
Le débat vient de connaître un nouvel épisode. Le 2 octobre 2026, l'Institut du patrimoine culturel portugais a ouvert une consultation publique en vue d'une possible inscription de la Corrida de Toiros em Portugal à l'Inventaire national du patrimoine culturel immatériel. La procédure, initiée il y a plus de 5 ans, ne signifie pas que la corrida a déjà obtenu cette reconnaissance : les citoyens peuvent faire connaître leur position jusqu'au 13 novembre et une décision devra ensuite être prise.
Au-delà de la question administrative, cette consultation ravive un débat beaucoup plus profond. La tauromachie doit-elle être considérée comme un patrimoine à transmettre ou comme une pratique dont l'évolution de la société devrait conduire à l'abandon ? Pour comprendre cette fracture, il faut revenir sur la place particulière occupée par le taureau dans l'histoire portugaise.
Une tradition ancienne qui s'est transformée au fil des siècles
Une tradition ancienne qui s'est transformée au fil des siècles
La relation entre les populations de la péninsule Ibérique et le taureau est très ancienne. Il serait toutefois excessif d'établir une filiation directe entre les représentations préhistoriques de bovins et la tauromachie telle qu'elle existe aujourd'hui. La corrida est le résultat d'une histoire beaucoup plus récente, faite d'évolutions successives.
Au Portugal, les spectacles mettant en scène l'affrontement avec des taureaux se développent notamment dans les milieux aristocratiques. Pendant plusieurs siècles, ils accompagnent fêtes, célébrations et grands événements publics. La pratique équestre y prend une importance particulière et contribue progressivement à distinguer la tradition portugaise de celle qui se développe de l'autre côté de la frontière espagnole.
La tauromachie change également avec la société. Au XIXe siècle, elle fait déjà l'objet de débats sur la violence du spectacle et sa compatibilité avec les nouvelles sensibilités. La question de la mise à mort du taureau devient notamment un élément central de cette évolution.
La forme contemporaine de la corrida portugaise est donc moins la survivance intacte d'un rite ancestral que le résultat de plusieurs siècles de transformations, d'interdictions, d'adaptations et de codification.
Pourquoi la corrida portugaise est-elle différente de la corrida espagnole ?
Pourquoi la corrida portugaise est-elle différente de la corrida espagnole ?
Pour un visiteur étranger, la distinction la plus immédiatement visible tient à la place du cheval. Dans la Corrida de Toiros à Portuguesa, le cavaleiro affronte le taureau à cheval, vêtu d'un costume inspiré de la tradition aristocratique.
Le cheval lusitanien occupe ainsi une place centrale dans le spectacle. Le cavaleiro doit contrôler sa monture à très faible distance du taureau et placer les ferros ou banderilles au cours de la lide. L'exercice repose autant sur la maîtrise équestre que sur la prise de risque.
Vient ensuite l'une des images les plus caractéristiques de la tauromachie portugaise : la pega réalisée par les forcados.
Un premier homme, le forcado da cara, se place face au taureau et provoque sa charge. Il tente alors de saisir l'animal par la tête tandis que 7 autres forcados interviennent derrière lui pour absorber l'impact et parvenir collectivement à immobiliser le taureau.
La réglementation reconnaît également d'autres formes de spectacles. L'inventaire patrimonial actuellement soumis à consultation distingue notamment la corrida à la portugaise, la corrida à pied, les corridas mixtes ainsi que les novilhadas, auxquelles participent des pratiquants n'ayant pas encore atteint le niveau professionnel supérieur de leur catégorie.
Contrairement à l'image généralement associée à la corrida espagnole, le taureau n'est normalement pas mis à mort devant le public dans la corrida portugaise. Cette différence n'élimine évidemment pas la controverse sur la souffrance animale, puisque le taureau est néanmoins soumis aux différentes phases de la lide.
Du Ribatejo aux Açores, plusieurs traditions autour du taureau
Du Ribatejo aux Açores, plusieurs traditions autour du taureau
Des villes comme Santarém ou Vila Franca de Xira restent fortement associées à cet univers. Ici, la tauromachie dépasse le seul spectacle organisé dans une arène : elle s'inscrit également dans des fêtes locales, des élevages, des pratiques équestres et une identité rurale.

Mais le Portugal possède aussi des traditions taurines très différentes. Sur l'île de Terceira, aux Açores, la célèbre tourada à corda fait courir le taureau dans les rues sous le contrôle d'hommes tenant une longue corde. Le public participe alors à un spectacle beaucoup plus directement intégré à la vie des villages et des quartiers.

Dans la région du Sabugal existe encore la Capeia Arraiana, tradition dans laquelle un groupe d'hommes fait face au taureau derrière un imposant dispositif en bois appelé forcão. Cette pratique possède d'ailleurs déjà sa propre inscription à l'Inventaire national du patrimoine culturel immatériel.
Ces traditions ne doivent donc pas être confondues avec la seule corrida professionnelle actuellement candidate à une reconnaissance nationale. Elles montrent néanmoins combien la relation culturelle au taureau prend au Portugal des formes très différentes selon les territoires.
Une pratique qui rassemble encore des centaines de milliers de spectateurs
Une pratique qui rassemble encore des centaines de milliers de spectateurs
La tauromachie portugaise est régulièrement présentée soit comme une tradition toujours extrêmement populaire, soit comme un spectacle condamné à disparaître. La réalité est plus nuancée.
Selon les données disponibles pour 2025, près de 300 000 spectateurs ont assisté à des spectacles taurins, contre environ 244 000 l'année précédente. L'Inspection générale des activités culturelles (IGAC) indique de son côté que 147 événements ont été autorisés et effectivement organisés en 2025, répartis dans 63 municipalités.
Le nombre de spectacles poursuit néanmoins une tendance générale à la baisse. La tauromachie conserve donc un public important et une implantation territoriale réelle, mais elle ne bénéficie plus nécessairement de la place qu'elle occupait autrefois dans la culture populaire portugaise.
Elle reste par ailleurs une activité très encadrée. Au Portugal, les spectacles tauromachiques sont juridiquement considérés comme des spectacles de nature artistique. Leur organisation, les enceintes et le déroulement des corridas font l'objet d'une réglementation et d'un contrôle par l'IGAC, tandis que les questions relatives au bien-être animal relèvent également de l'intervention des autorités vétérinaires.
Patrimoine culturel ou pratique devenue incompatible avec la société ?
Patrimoine culturel ou pratique devenue incompatible avec la société ?
C'est précisément parce que la corrida n'est ni totalement marginale ni unanimement acceptée que son éventuelle reconnaissance patrimoniale provoque un débat aussi vif.
Pour ses défenseurs, elle constitue un ensemble culturel dépassant largement le moment où un taureau entre dans l'arène. Ils mettent en avant les savoir-faire équestres, l'élevage du taureau de combat, les costumes, les codes du spectacle, les forcados, les traditions locales et la transmission entre générations.
Le dossier actuellement examiné par l'Institut du patrimoine culturel présente d'ailleurs la corrida comme une manifestation artistique et performative institutionnalisée, organisée selon des procédures codifiées. La demande d'inscription a été portée par l'Associação de Tertúlias Tauromáquicas de Portugal et la procédure avait été ouverte dès avril 2021. En 2022, l'administration avait demandé que le dossier soit complété.
Pour les opposants, reconnaître ces dimensions historiques et culturelles ne suffit cependant pas à justifier la protection de la pratique elle-même.
L'association de défense des animaux Animal a ainsi annoncé son opposition à l'inscription et son intention de participer à la consultation publique. Son argument repose sur une distinction essentielle : une société peut documenter et étudier une pratique historique sans nécessairement décider qu'elle doit être protégée et transmise aux générations futures.
Cette opposition rejoint un débat politique plus large. Plusieurs formations portugaises, notamment le PAN et Livre, défendent depuis plusieurs années la disparition des spectacles taurins, tandis que d'autres partis et élus considèrent leur maintien comme une question de liberté culturelle et de respect des traditions locales.
Au Portugal, les corridas sont interdites aux moins de 16 ans
La question de l'exposition des mineurs à la tauromachie illustre également cette évolution des sensibilités. En 2021, le gouvernement portugais avait approuvé en Conseil des ministres le relèvement de 12 à 16 ans de l'âge minimum pour assister aux spectacles tauromachiques, notamment à la suite de recommandations du Comité des droits de l'enfant des Nations unies. La mesure n'est toutefois jamais entrée en vigueur : le texte avait été renvoyé au gouvernement par le président de la République et la procédure n'avait pas abouti avant les élections anticipées de 2022.
En 2026, les spectacles tauromachiques restent ainsi officiellement classés au Portugal comme accessibles aux personnes âgées de plus de 12 ans. Plusieurs formations politiques et associations de protection animale continuent néanmoins de réclamer un relèvement de cet âge, voire l'interdiction de la présence des mineurs.
La corrida portugaise pourrait-elle devenir un patrimoine culturel protégé ?
La corrida portugaise pourrait-elle devenir un patrimoine culturel protégé ?
La décision n'est pas encore prise. L'ouverture de la consultation publique le 2 octobre 2026 constitue une nouvelle étape d'une procédure commencée en 2021. Les personnes et organisations intéressées peuvent présenter leurs observations jusqu'au 13 novembre 2026.
L'enjeu dépasse largement l'attribution d'un label administratif. Une éventuelle inscription à l'Inventaire national du patrimoine culturel immatériel signifierait que l'État portugais reconnaît dans la corrida une manifestation culturelle dont les pratiques et les savoir-faire méritent d'être identifiés et sauvegardés.
C'est précisément ce que contestent ses opposants et ce que recherchent ses défenseurs.
Le débat autour de la tauromachie portugaise pose ainsi une question qui dépasse largement l'arène : que doit faire une société de ses traditions lorsque son regard moral sur celles-ci évolue ? Les conserver, les transformer, les documenter ou décider de ne plus les transmettre ? Après plusieurs siècles d'existence et de transformations, la corrida continue ainsi de raconter quelque chose du Portugal, mais aussi des profondes divisions qui entourent désormais son avenir.
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