« Les Saisons » : un film pour découvrir l’Alentejo dans toute sa complexité

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Short summary: Il y a des films qui racontent une histoire, et d’autres qui invitent à regarder autrement un territoire. Avec Les

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« Les Saisons » : un film pour découvrir l’Alentejo dans toute sa complexité
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Il y a des films qui racontent une histoire, et d'autres qui invitent à regarder autrement un territoire. Avec Les Saisons, la cinéaste Maureen Fazendeiro propose une œuvre singulière, à la frontière du documentaire et de la rêverie. Ce premier long métrage en solo s'ancre dans les paysages de l'Alentejo, vaste région du sud du Portugal encore largement préservée, pour en explorer les traces visibles et invisibles.

Loin des récits classiques, le film avance par touches, par fragments, comme une marche lente à travers champs. Il ne cherche pas à démontrer, mais à faire ressentir. Et c’est précisément cette approche, à la fois simple et profonde, qui en fait une proposition rare dans le paysage cinématographique actuel.

Un film entre observation et mémoire du territoire

Un film entre observation et mémoire du territoire

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À première vue, Les Saisons (As Estações en portugais) semble dénué de narration traditionnelle. Pas de scénario structuré, ni de progression dramatique évidente. Pourtant, le film possède un fil conducteur solide : celui du territoire lui-même, envisagé comme une matière vivante chargée d'histoire. Les chemins, les collines, les dolmens et les grottes deviennent autant de signes à déchiffrer.

La caméra s’attarde sur des gestes simples. Des bergers accompagnent leurs troupeaux, des enfants explorent une grotte, des habitants racontent des souvenirs ou chantent des airs populaires. Ces instants, en apparence anodins, composent progressivement une fresque sensible où le quotidien dialogue avec des strates bien plus anciennes.

Le film puise notamment dans les travaux d'archéologues allemands des années 1940, venus inventorier les monuments mégalithiques de la région. Cette dimension scientifique, loin d'alourdir le propos, apporte une profondeur inattendue. Elle inscrit les paysages dans une temporalité longue, où le présent cohabite avec le néolithique, les luttes sociales et les récits populaires.

Ce qui se dessine alors, c’est une véritable archéologie du regard. Chaque plan semble révéler une couche supplémentaire du réel. Le territoire n’est plus seulement un décor, mais un palimpseste où se superposent mémoire, mythe et expérience vécue.

Une esthétique sensorielle portée par la pellicule

Une esthétique sensorielle portée par la pellicule

Le choix du tournage en 16 mm n'a rien d'anodin. À l'heure du tout numérique, cette texture argentique confère au film une dimension organique particulièrement marquante. La lumière y est plus douce, les couleurs vibrent différemment, et chaque image semble presque tactile.

Les paysages de l'Alentejo s'y déploient sans emphase. Pas de spectaculaire forcé, mais une attention constante aux nuances. Le vert des prairies, le brun profond des troncs, les ciels changeants ou les reflets lunaires composent une palette subtile, jamais démonstrative.

Un cinéma du détail et de la lenteur

Un cinéma du détail et de la lenteur

La mise en scène privilégie les panoramiques lents et les cadres fixes. Ce rythme particulier invite à une forme de disponibilité rare. Le spectateur n’est pas entraîné, il est convié à observer. Cette lenteur devient alors une véritable méthode, presque une éthique du regard.

Chaque plan agit comme une pause. Une chèvre qui met bas, une branche caressée par le vent, un groupe d’enfants écoutant une guide dans une grotte : autant de moments qui, assemblés, produisent une sensation d’immersion progressive. Rien n’est spectaculaire, mais tout est profondément incarné.

Entre réalisme et imaginaire populaire

Entre réalisme et imaginaire populaire

Si le film s’appuie sur une observation précise du réel, il n’exclut jamais l’imaginaire. Les contes et légendes évoqués par les habitants trouvent leur place à l’écran. Ils ne sont pas illustrés de manière démonstrative, mais intégrés comme des prolongements naturels du paysage.

Cette porosité entre réel et fiction rappelle certains cinéastes contemporains, tout en conservant une identité propre. Le territoire devient un espace mental, où les figures du passé, bergers, vagabonds ou révoltés, continuent d’habiter les lieux.

La présence de chants populaires, notamment les saias, ajoute encore à cette dimension. Ces voix, parfois fragiles, parfois puissantes, font surgir une mémoire collective qui dépasse le simple cadre documentaire.

Une exploration du temps, de l'histoire et des luttes

Une exploration du temps, de l'histoire et des luttes

Au fil du film, une autre couche apparaît : celle de l'histoire politique et sociale du Portugal. Les souvenirs de la dictature d'António de Oliveira Salazar, puis ceux de la Révolution des Œillets, affleurent dans les récits et les chants.

Ces évocations ne sont jamais didactiques. Elles surgissent par fragments, au détour d'une conversation ou d'un chant collectif. Cette approche fragmentée renforce leur impact, en les inscrivant dans une expérience vécue plutôt que dans un discours explicatif.

Le film montre ainsi comment un territoire conserve les traces des luttes qui l'ont traversé

Le film montre ainsi comment un territoire conserve les traces des luttes qui l'ont traversé. Les grandes propriétés agricoles, les tentatives de réforme agraire, les espoirs et les désillusions se lisent encore dans les paysages et les mémoires.

Cette dimension politique reste pourtant discrète. Elle ne domine jamais le film, mais l’irrigue en profondeur. Elle rappelle que les paysages, aussi paisibles soient-ils, sont toujours le résultat d’une histoire complexe.

La dernière séquence, consacrée à l'écorçage des chênes-lièges, agit comme une métaphore évidente. Sous l'enveloppe sombre se révèle un tronc clair, presque inattendu. Comme si le film lui-même invitait à dépasser les apparences pour accéder à une compréhension plus intime du monde.

Un film à voir pour découvrir un autre Portugal

Un film à voir pour découvrir un autre Portugal

Les Saisons ne cherche pas à séduire par des effets spectaculaires. Sa force réside ailleurs, dans sa capacité à proposer une expérience de cinéma différente, plus attentive, plus sensorielle, presque méditative.

Pour le spectateur, c'est aussi une manière de découvrir un Portugal éloigné des clichés touristiques. L'Alentejo y apparaît dans toute sa complexité, entre nature, histoire et imaginaire. Un territoire à la fois concret et insaisissable.

Ce premier long métrage confirme la singularité du regard de Maureen Fazendeiro. En refusant les catégories habituelles, elle propose un cinéma qui explore, observe et assemble, plutôt qu’il ne raconte. Une œuvre exigeante, mais accessible à qui accepte de se laisser porter.

À l'heure où l'image est souvent consommée rapidement, ce film prend le temps. Et c'est sans doute ce qui en fait toute la valeur.

Maureen Fazendeiro

Réalisatrice française installée à Lisbonne, Maureen Fazendeiro s’est d’abord fait connaître à travers ses courts et moyens métrages, avant de collaborer avec Miguel Gomes, figure majeure du cinéma portugais contemporain.

Ensemble, ils signent notamment Journal de Tûoa, chronique singulière du confinement. Avec Les Saisons, elle passe au long métrage en solo et affirme un regard personnel, à la croisée du documentaire, de la mémoire et de l’imaginaire.

Son cinéma explore les territoires comme des espaces vivants, où se mêlent paysages, récits populaires et traces du passé.

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