Le Portugal, nouvelle porte d’entrée des ambitions américaines en Europe ?

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Le Portugal, nouvelle porte d’entrée des ambitions américaines en Europe ?
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À première vue, la formule pourrait passer pour un compliment diplomatique. En visite à Lisbonne, Marco Rubio a présenté le Portugal comme une « porte d'entrée idéale » pour les technologies américaines en Europe. Mais derrière cette expression flatteuse se dessine une relation beaucoup plus stratégique : celle d'un pays que Washington semble désormais considérer comme un point d'appui privilégié pour projeter ses entreprises, ses infrastructures et ses technologies vers le marché européen.

Le Portugal dispose pour cela d'atouts bien identifiés : sa façade atlantique, ses câbles sous-marins, ses projets de data centers, son accès à une énergie relativement compétitive et sa capacité à accueillir des infrastructures dédiées à l'intelligence artificielle. À mesure que les investissements américains s'accumulent, la question n'est donc plus seulement de savoir pourquoi les États-Unis s'intéressent autant au Portugal, mais ce que Lisbonne peut réellement gagner d'une relation aussi prometteuse qu'asymétrique.

Pour Washington, le Portugal occupe une position de plus en plus stratégique

Pour Washington, le Portugal occupe une position de plus en plus stratégique

Lors d'une conférence de presse conjointe avec le ministre portugais des Affaires étrangères Paulo Rangel, Marco Rubio a insisté sur le rôle que peut jouer le pays dans les échanges commerciaux et technologiques transatlantiques.

Le responsable américain a notamment cité les câbles sous-marins, le coût de l'énergie, les réserves de minerais critiques et les grands centres de données parmi les avantages qui rendent le Portugal intéressant pour les entreprises technologiques américaines.

L'enjeu n'est donc pas uniquement d'accéder au marché portugais. Avec un peu plus de 10 millions d'habitants, celui-ci reste relativement limité à l'échelle européenne. L'intérêt tient surtout à la capacité du pays à servir de plateforme entre l'Amérique du Nord et le reste du continent européen.

Les câbles sous-marins placent le Portugal sur les routes numériques de l'Atlantique

Les câbles sous-marins placent le Portugal sur les routes numériques de l'Atlantique

La géographie portugaise constitue l'un de ses principaux atouts. Situé à l'extrémité occidentale de l'Europe, le pays occupe naturellement une position stratégique sur les routes transatlantiques.

Cette situation, longtemps essentielle pour les échanges maritimes, l'est désormais également pour les infrastructures numériques. Plusieurs câbles sous-marins reliant l'Europe à l'Amérique et à d'autres régions du monde arrivent ou transitent par le territoire portugais.

Pour les acteurs du cloud, des télécommunications et de l'intelligence artificielle, ces connexions sont devenues essentielles. Les immenses volumes de données échangés entre continents nécessitent des infrastructures capables d'offrir à la fois capacité, vitesse et résilience.

C'est dans ce contexte que le Portugal tente de renforcer son rôle dans ce que l'on pourrait qualifier de nouvelle géographie numérique de l'Atlantique.

Sines devient l'un des symboles de cette nouvelle relation technologique

Sines devient l'un des symboles de cette nouvelle relation technologique

Le développement de Sines illustre particulièrement bien cette évolution. La ville portuaire de l'Alentejo accueille désormais d'importants projets de data centers et d'infrastructures consacrées au calcul intensif.

En novembre 2025, Microsoft a annoncé un investissement supérieur à 10 milliards de dollars 1 dans des infrastructures d'intelligence artificielle au Portugal, avec la participation de Nscale, NVIDIA et Start Campus.

Une première phase doit permettre l'installation à Sines de plus de 12 600 GPU NVIDIA Blackwell Ultra. Ces équipements doivent fournir des capacités de calcul à Microsoft et à ses clients européens.

Pour le groupe américain, il s'agit de son plus important investissement jamais annoncé au Portugal et de l'un des projets les plus importants en Europe dans le domaine des infrastructures de calcul pour l'IA.

Des dizaines de milliers de GPU supplémentaires prévus

Des dizaines de milliers de GPU supplémentaires prévus

Le projet ne doit pas s'arrêter à cette première installation. En mai 2026, Nscale a annoncé une nouvelle phase prévoyant plus de 66 000 GPU NVIDIA Vera Rubin, dont le déploiement doit commencer à partir de la fin de 2027 pour Microsoft.

Cette extension est associée à plusieurs centaines de millions d'euros d'investissements supplémentaires dans les infrastructures communes et dans un deuxième bâtiment d'une capacité annoncée de 200 MW.

Ces projets donnent une réalité très concrète aux propos tenus par Marco Rubio. Lorsque Washington décrit le Portugal comme une porte d'entrée technologique, il ne s'agit plus uniquement d'une perspective future : des infrastructures destinées au marché européen sont déjà en cours de développement sur le territoire portugais.

Plus de 20 milliards de dollars investis par les Américains en un an

Plus de 20 milliards de dollars investis par les Américains en un an

Les relations économiques entre les deux pays dépassent largement le seul secteur de l'intelligence artificielle. Selon les chiffres cités par le secrétaire d'État américain, les investisseurs des États-Unis auraient placé plus de 20 milliards de dollars au Portugal en 2025 2.

Dans le sens inverse, les entreprises portugaises auraient investi plus de 2 milliards de dollars aux États-Unis.

Les deux pays cherchent maintenant à renforcer davantage ces échanges. Marco Rubio a notamment évoqué la création d'un CEO Forum, destiné à rapprocher les entreprises américaines et portugaises et à réduire certains obstacles administratifs susceptibles de freiner les investissements.

L'objectif affiché est de transformer des relations économiques déjà importantes en nouveaux projets, emplois et investissements de part et d'autre de l'Atlantique.

La présence américaine ne se limite plus à quelques grands groupes

La présence américaine ne se limite plus à quelques grands groupes

Les autorités portugaises soulignent également la multiplication des entreprises américaines présentes dans le pays. Paulo Rangel a notamment cité plusieurs grands groupes internationaux actifs dans la finance, le cloud, les technologies ou les services numériques.

Cette implantation accompagne une diversification des relations économiques. Les entreprises portugaises développent de leur côté leurs activités aux États-Unis dans des secteurs comme les énergies renouvelables, l'industrie pharmaceutique ou l'automobile.

Le gouvernement portugais défend ainsi une relation transatlantique qui ne se limite plus aux questions diplomatiques ou militaires. Elle devient progressivement technologique, énergétique, industrielle et financière.

Les touristes américains participent eux aussi au rapprochement

Les touristes américains participent eux aussi au rapprochement

Cette montée en puissance des relations entre les deux pays est également visible dans le tourisme. En 2025, les visiteurs américains auraient généré près de 11 % des recettes touristiques du Portugal 3.

Au premier trimestre 2026, les États-Unis figuraient également parmi les principaux marchés touristiques étrangers du pays.

Ce phénomène contribue à renforcer la visibilité du Portugal auprès des entreprises et des investisseurs américains. Tourisme, immobilier, technologie et services tendent ainsi à se rejoindre dans une relation économique devenue beaucoup plus dense qu'il y a encore quelques années.

Mais que cherchent réellement les États-Unis au Portugal ?

Mais que cherchent réellement les États-Unis au Portugal ?

Présenter le Portugal comme une « porte d'entrée idéale » pour les technologies américaines est flatteur pour Lisbonne. La formule mérite pourtant d'être regardée dans l'autre sens. Une porte d'entrée est aussi un territoire que l'on utilise pour accéder à un espace beaucoup plus vaste. Dans ce cas précis, le véritable marché visé n'est pas seulement le Portugal, mais l'Union européenne et ses centaines de millions de consommateurs.

La relation est par nature asymétrique. Une grande partie des technologies concernées, des plateformes cloud aux processeurs destinés à l'intelligence artificielle, est contrôlée par des groupes américains disposant de moyens financiers sans commune mesure avec ceux des entreprises portugaises. Le Portugal apporte de son côté sa position géographique, ses câbles transatlantiques, ses infrastructures, son énergie et un environnement favorable à l'installation de grands projets.

Cette asymétrie n'enlève rien aux bénéfices potentiels pour l'économie portugaise : investissements, emplois qualifiés, infrastructures nouvelles et intégration dans les grandes chaînes technologiques mondiales. Mais elle pose une question plus politique : quelle part de la valeur créée restera réellement au Portugal et quelle dépendance accompagnera cette montée en puissance des infrastructures américaines ?

Les data centers et les infrastructures d'intelligence artificielle consomment par ailleurs énormément de capital, d'électricité et de ressources. Leur implantation peut donc susciter des arbitrages sur l'utilisation de l'énergie, des réseaux et du territoire. À mesure que ces investissements grandissent, la question n'est plus seulement de savoir combien de milliards entrent au Portugal, mais quelles conditions sont attachées à leur présence et quelle capacité le pays conserve à définir ses propres priorités.

Le discours américain est évidemment celui d'un partenariat. Il l'est aussi parce que les intérêts des deux pays peuvent réellement converger. Mais derrière le vocabulaire de la coopération transatlantique se trouve également une logique classique de puissance : les États-Unis cherchent à consolider en Europe l'écosystème technologique de leurs propres entreprises, et le Portugal possède aujourd'hui plusieurs des atouts nécessaires pour devenir l'un de ses points d'appui.

D'un petit marché européen à une interface entre deux continents

D'un petit marché européen à une interface entre deux continents

Le changement de regard américain sur le Portugal constitue incontestablement une opportunité. Le pays se retrouve au croisement de flux de capitaux, de données, d'énergie et de technologies dont l'importance va probablement continuer à croître.

Mais devenir une « porte d'entrée » n'est pas une stratégie en soi. Tout dépend de ce que le Portugal parvient à construire autour de cette position : des compétences, des entreprises, de la recherche, des infrastructures qu'il maîtrise et une capacité à négocier avec ceux qui apportent les capitaux.

La déclaration de Marco Rubio est donc autant un compliment qu'une indication sur la manière dont Washington envisage le pays. Les États-Unis voient dans le Portugal un partenaire, mais aussi un territoire particulièrement bien placé pour servir leurs propres ambitions technologiques en Europe. La question sera de savoir si Lisbonne parvient à transformer cette position stratégique en puissance économique propre plutôt qu'en simple fonction d'intermédiaire.

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