Au Portugal, les villes veulent reprendre le contrôle sur les boutiques de souvenirs

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Short summary: Des magnets, des tee-shirts, des reproductions d’azulejos et d’inévitables coqs de Barcelos. Dans les rues les plus touristiques de Lisbonne,

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Au Portugal, les villes veulent reprendre le contrôle sur les boutiques de souvenirs
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Des magnets, des tee-shirts, des reproductions d'azulejos et d'inévitables coqs de Barcelos. Dans les rues les plus touristiques de Lisbonne, Cascais ou Porto, les boutiques de souvenirs sont devenues une composante familière du paysage urbain. Par endroits, elles se succèdent pourtant avec une telle régularité que leur prolifération commence à susciter une autre question : comment certaines peuvent-elles supporter des loyers élevés avec une fréquentation parfois apparemment très faible ?

La question est désormais prise suffisamment au sérieux pour provoquer une évolution de la législation portugaise. Le gouvernement prépare une réforme qui permettrait aux municipalités de reprendre le contrôle sur l'ouverture de certains commerces dans une partie de leur territoire. À Lisbonne, la municipalité a parallèlement renforcé les inspections et affirme avoir triplé en près de deux ans le nombre de procès-verbaux concernant des établissements commerciaux, en accordant une attention particulière aux commerces qu'elle considère comme des « boutiques de façade ».

Derrière cette bataille autour des souvenirs se cache une histoire plus vaste. Celle d'une règle créée pendant la crise financière pour libérer l'économie portugaise et qui, quinze ans plus tard, se retrouve confrontée aux conséquences de la transformation touristique des villes.

Une règle née pendant la crise de 2011

Une règle née pendant la crise de 2011

Pour comprendre la situation, il faut revenir en 2011. Le Portugal est alors sous assistance financière internationale et cherche à réduire rapidement les obstacles administratifs à la création d'entreprises. Dans ce contexte apparaît le « Licenciamento Zero », littéralement le « permis zéro ».

Le principe consiste notamment à remplacer une partie des autorisations administratives préalables par des déclarations effectuées par les entrepreneurs. Plutôt que d'attendre systématiquement le feu vert de l'administration avant d'ouvrir un établissement, l'entrepreneur peut commencer son activité dès lors qu'il respecte les règles applicables, avec des contrôles effectués ensuite.

À l'époque, l'objectif est clair : moins de bureaucratie, des ouvertures plus rapides et davantage d'investissements. Mais le Portugal de 2026 n'est plus celui de 2011. Entre-temps, le tourisme a fortement progressé, les centres historiques ont profondément changé et la pression immobilière et commerciale s'est accentuée dans certaines villes.

Les municipalités réclament donc davantage de latitude. Le gouvernement prépare désormais un mécanisme permettant aux assemblées municipales, sur proposition des mairies, de définir une partie de leur territoire urbain dans laquelle certaines activités seraient de nouveau soumises à un contrôle préalable. Le ministre de l'Économie et de la Cohésion territoriale, Manuel Castro Almeida, évoque une proportion d'environ 15 % du territoire urbain, en particulier dans les secteurs soumis à une forte pression touristique et autour des monuments.

Le principe général du Licenciamento Zero ne disparaîtrait donc pas. Il s'agit plutôt d'introduire une exception locale là où les municipalités estiment ne plus pouvoir maîtriser l'évolution du tissu commercial.

Pourquoi certaines boutiques intriguent-elles autant ?

Pourquoi certaines boutiques intriguent-elles autant ?

Le débat dépasse toutefois largement la question de l'esthétique des centres-villes. À Cascais, le maire Nuno Piteira Lopes s'est notamment interrogé publiquement sur la viabilité économique apparente de certains établissements : plusieurs boutiques similaires peuvent se succéder dans une même rue, employer plusieurs personnes et supporter des loyers importants tout en semblant accueillir relativement peu de clients.

Ces interrogations ont également donné lieu à plusieurs enquêtes journalistiques. En 2025, le représentant de la communauté bangladaise au Portugal, Rana Taslim Uddin, avait ainsi affirmé auprès de la chaîne NOW que certaines boutiques exploitées par des ressortissants originaires du sous-continent indien serviraient à dissimuler d'autres activités, notamment du blanchiment d'argent. Il assurait avoir alerté les autorités sur des pratiques suspectes depuis plusieurs années. Il s'agit toutefois d'accusations formulées par ce responsable communautaire et relayées par les médias, et non d'un constat pouvant être généralisé aux commerces concernés.

D'autres investigations ont mis en évidence des irrégularités d'une autre nature, notamment autour de l'utilisation d'adresses commerciales pour des démarches administratives liées à l'immigration et des soupçons de falsification de documents. Des travailleurs auraient également utilisé certains commerces comme lieux d'hébergement.

Le phénomène a suffisamment alerté les autorités pour que le gouvernement reconnaisse cet été travailler sur des mesures concernant les établissements susceptibles d'être utilisés pour l'hébergement illégal, l'immigration irrégulière ou la traite des êtres humains. À Lisbonne, la police municipale avait alors identifié 36 établissements présentant des indices d'utilisation pour des nuitées.

Ces affaires ne signifient évidemment pas que les boutiques de souvenirs portugaises constituent dans leur ensemble des commerces suspects. Elles expliquent en revanche pourquoi ce qui pourrait sembler être un simple débat sur la multiplication des magnets et des tee-shirts est devenu un véritable sujet de contrôle municipal.

Lisbonne veut aussi préserver la diversité de ses commerces

Lisbonne veut aussi préserver la diversité de ses commerces

À Lisbonne, la municipalité avance un autre argument : celui de la « monofonctionnalité » commerciale. Lorsqu'une activité devient beaucoup plus rentable que les autres dans une zone touristique, elle peut progressivement remplacer les commerces destinés aux habitants.

Une épicerie, un artisan ou une boutique ancienne peut alors céder sa place à un commerce destiné presque exclusivement aux visiteurs. Lorsque le phénomène se répète rue après rue, ce n'est plus seulement une enseigne qui change : c'est la fonction même du quartier.

Les lojas de fachada, les « boutiques de façade », doivent devenir des lojas fechadas, des « boutiques fermées »

La mairie de Lisbonne demande donc des mécanismes de contrôle préalable dans les secteurs historiques, touristiques et patrimoniaux. Son adjoint à l'Économie, Diogo Moura, résume sa position par une formule qui joue sur les mots en portugais : les lojas de fachada, les « boutiques de façade », doivent devenir des lojas fechadas, des « boutiques fermées ». La ville veut également renforcer les contrôles visant certains établissements vendant de l'alcool.

Dans le même temps, Lisbonne souhaite renforcer la protection de ses « Lojas com História », ces commerces reconnus pour leur intérêt historique, culturel ou social. La municipalité demande notamment que certaines protections locatives prévues par la loi soient pérennisées au-delà de 2027.

15 ans plus tard, le Portugal corrige une réforme d'une autre époque

15 ans plus tard, le Portugal corrige une réforme d'une autre époque

L'histoire possède finalement quelque chose de paradoxal. En 2011, le problème du Portugal était une économie en récession qu'il fallait libérer d'une partie de ses contraintes administratives. En 2026, certaines villes cherchent au contraire à retrouver une capacité de décision face aux effets d'une activité touristique devenue extrêmement importante.

Le gouvernement ne souhaite pas revenir au système antérieur. Manuel Castro Almeida continue de défendre la possibilité d'ouvrir des commerces sans intervention préalable des mairies. Mais il reconnaît que l'expérience a également révélé des situations d'abus et des utilisations illégales de certains bâtiments.

La future réforme cherche donc un équilibre : conserver la simplicité administrative qui avait inspiré le Licenciamento Zero tout en permettant aux villes d'intervenir dans leurs secteurs les plus sensibles.

Car derrière les boutiques de souvenirs se pose désormais une question qui concerne de nombreuses destinations touristiques européennes : jusqu'où une ville peut-elle laisser son commerce évoluer librement avant que son centre historique ne finisse par perdre les activités qui faisaient précisément son identité ?

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