Le Portugal se positionne dans le recyclage stratégique des batteries au lithium
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- Une batterie arrivée en fin de vie peut-elle redevenir une source de matières premières pour fabriquer les suivantes ?
- C’est précisément l’une des ambitions d’un vaste programme industriel développé au Portugal.
- Doté de plus de 168 millions d’euros d’investissements éligibles, le projet NGS – New Generation Storage vient de présenter ses résultats après avoir mobilisé entreprises, chercheurs et industriels autour du stockage de l’énergie et de la chaîne de valeur des batteries.
- Parmi les réalisations les plus concrètes figure une nouvelle usine capable de démonter et recycler des batteries au lithium afin d’en récupérer des matériaux valorisables.
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Une batterie arrivée en fin de vie peut-elle redevenir une source de matières premières pour fabriquer les suivantes ? C'est précisément l'une des ambitions d'un vaste programme industriel développé au Portugal. Doté de plus de 168 millions d'euros d'investissements éligibles, le projet NGS - New Generation Storage vient de présenter ses résultats après avoir mobilisé entreprises, chercheurs et industriels autour du stockage de l'énergie et de la chaîne de valeur des batteries.
Parmi les réalisations les plus concrètes figure une nouvelle usine capable de démonter et recycler des batteries au lithium afin d'en récupérer des matériaux valorisables. Une activité encore peu développée au Portugal, mais devenue stratégique à mesure que les véhicules électriques et les systèmes de stockage de l'électricité se multiplient en Europe.
« Les batteries cessent d'être un déchet pour devenir un actif », résume José Teixeira, directeur général du groupe DST, qui pilote le programme. Derrière la formule se dessine un enjeu industriel beaucoup plus vaste : conserver en Europe une partie des matières premières déjà présentes dans les millions de batteries qui arriveront progressivement en fin de vie.
168 millions d'euros pour créer une nouvelle filière au Portugal
168 millions d'euros pour créer une nouvelle filière au Portugal
NGS - New Generation Storage fait partie des projets soutenus par le Plan de relance et de résilience portugais (PRR). Coordonnée par le groupe DST, basé à Braga, elle a réuni 48 entreprises et organismes scientifiques autour d'un objectif : développer au Portugal davantage de compétences dans les batteries et le stockage de l'énergie.
Au total, le programme représente 168,14 millions d'euros d'investissements éligibles. Il a donné naissance à 21 produits, procédés et services, allant de technologies déjà achevées à des prototypes et projets pilotes.
Le résultat ne se limite donc pas à des programmes de recherche. 5 lignes pilotes préindustrielles et 3 lignes industrielles ont également été créées, avec des applications qui couvrent différentes étapes de la chaîne de valeur, depuis le traitement des matières premières jusqu'à la seconde vie et au recyclage des batteries.
Pour les responsables du programme, l'enjeu consistait précisément à transformer les financements européens en capacités industrielles durables. Pedro Dominguinhos, président de la Commission nationale de suivi du PRR, estime que le projet a permis de développer au Portugal une industrie qui était jusqu'alors « pratiquement inexistante » et de faire émerger un nouvel écosystème autour de ces technologies.
Des batteries transformées en nouvelle matière première
Des batteries transformées en nouvelle matière première
L'une des réalisations les plus emblématiques est celle de B. Again, société appartenant au groupe DST. Son usine s'attaque à une question appelée à devenir de plus en plus importante : que faire des batteries au lithium lorsqu'elles ne peuvent plus remplir leur fonction initiale ?
Plutôt que de considérer systématiquement ces équipements comme des déchets, l'objectif consiste d'abord à examiner les possibilités de seconde vie, puis à récupérer les matériaux qu'ils contiennent lorsqu'un recyclage devient nécessaire.
Dans l'installation développée au Portugal, les batteries peuvent notamment être démontées et traitées pour produire ce que l'industrie appelle de la « black mass », ou masse noire. Cette matière issue du traitement des composants des batteries concentre différents éléments qui peuvent ensuite faire l'objet d'étapes supplémentaires de séparation et de raffinage afin d'être réintroduits dans la chaîne de production.
Le groupe DST présente cette installation comme la seule unité de ce type dans la péninsule Ibérique et affirme qu'elle occupe également une position unique à l'échelle de l'Europe occidentale pour certaines opérations de traitement. Au-delà de cette revendication industrielle, le projet illustre surtout la volonté portugaise de se positionner sur une activité dont l'importance devrait augmenter avec le renouvellement du parc de batteries européen.
Pourquoi le recyclage des batteries devient-il stratégique ?
Pourquoi le recyclage des batteries devient-il stratégique ?
Le développement des voitures électriques, mais aussi des installations destinées à stocker l'électricité produite par les énergies renouvelables, entraîne une augmentation rapide des besoins en batteries. Or leur fabrication nécessite différentes matières premières dont l'extraction et le raffinage sont géographiquement concentrés.
Le recyclage introduit une autre logique : une partie des matériaux déjà importés et utilisés peut rester dans le circuit industriel plutôt que de devenir définitivement un déchet à la fin de la première utilisation de la batterie.
Il ne supprime évidemment ni les besoins en matières premières vierges ni les différentes étapes industrielles nécessaires à leur purification. Mais il permet progressivement de constituer une source secondaire de matériaux et participe à une économie plus circulaire des batteries.
C'est aussi ce qui explique l'intérêt stratégique accordé à ces technologies au niveau européen. Pour le Portugal, l'enjeu dépasse donc la seule gestion des déchets : il consiste à prendre place dans une chaîne de valeur industrielle en pleine construction.
Le Portugal cherche à conserver davantage de valeur industrielle
Le Portugal cherche à conserver davantage de valeur industrielle
Le projet NGS rejoint ainsi une question plus large pour l'économie portugaise. Le pays dispose depuis longtemps d'une industrie exportatrice importante, mais cherche désormais à attirer et développer davantage d'activités à forte valeur ajoutée, notamment dans l'énergie, les technologies et l'industrie avancée.
Nuno Gonçalves, vice-président de l'IAPMEI, souligne à ce titre l'une des difficultés structurelles du tissu économique portugais : la petite taille moyenne de ses entreprises, qui peut limiter leur capacité d'investissement, d'internationalisation et de coopération sur des projets industriels importants.
Les grands programmes du PRR ont précisément cherché à contourner cette difficulté en réunissant entreprises, universités, centres de recherche et autres partenaires autour de projets communs suffisamment importants pour atteindre une certaine échelle.
La présentation des résultats de NGS ne signifie cependant pas que le Portugal possède désormais une filière complète et autonome de la batterie. Plusieurs technologies issues du programme restent au stade du pilote ou du prototype et les responsables eux-mêmes insistent désormais sur la nécessité de transformer les résultats obtenus en produits commercialement viables.
Mais les usines et les premières capacités industrielles, elles, existent désormais. C'est probablement l'élément le plus intéressant du programme : une partie des 168 millions d'euros mobilisés ne s'est pas limitée à financer de la recherche ou des démonstrateurs.
Dans le cas du recyclage, elle a permis de matérialiser une idée particulièrement simple : la batterie qui constituait hier un problème à éliminer peut devenir demain un gisement de matériaux à récupérer. Et le Portugal entend désormais prendre sa place dans cette nouvelle économie.
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