Après des années de records, le tourisme au Portugal commence à ralentir
Author: Portugal.fr — · Updated:
Short summary: Pendant des années, les chiffres semblaient ne connaître qu’une direction. Toujours plus de visiteurs, davantage de nuitées et de nouveaux
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- Pendant des années, les chiffres semblaient ne connaître qu’une direction.
- Toujours plus de visiteurs, davantage de nuitées et de nouveaux records ont accompagné l’ascension du Portugal parmi les grandes destinations touristiques européennes.
- En 2026, la dynamique n’a pas disparu, mais elle a clairement changé de rythme.
- Les touristes continuent d’arriver plus nombreux et l’activité progresse encore ; simplement, les hausses spectaculaires observées après la pandémie semblent désormais appartenir au passé.
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Pendant des années, les chiffres semblaient ne connaître qu'une direction. Toujours plus de visiteurs, davantage de nuitées et de nouveaux records ont accompagné l'ascension du Portugal parmi les grandes destinations touristiques européennes. En 2026, la dynamique n'a pas disparu, mais elle a clairement changé de rythme. Les touristes continuent d'arriver plus nombreux et l'activité progresse encore ; simplement, les hausses spectaculaires observées après la pandémie semblent désormais appartenir au passé.
Ce ralentissement ne constitue pas, pour l'instant, une crise du tourisme portugais. Les principaux représentants du secteur s'accordent au contraire sur un diagnostic beaucoup plus nuancé : le Portugal entre dans une phase de normalisation. Après avoir réussi à attirer massivement les visiteurs étrangers, le pays commence surtout à se demander comment tirer davantage de valeur économique de chacun de ces séjours.
Cette évolution pourrait progressivement modifier la manière dont le Portugal pense son tourisme. L'objectif ne serait plus de battre chaque année le précédent record de fréquentation, mais d'attirer des voyageurs restant davantage, consommant plus sur place et découvrant d'autres territoires que les destinations déjà très fréquentées. Un changement de cap important pour une activité qui représente une part considérable de l'économie nationale.
Le tourisme portugais continue de progresser, mais beaucoup moins vite
Le tourisme portugais continue de progresser, mais beaucoup moins vite
Les chiffres de 2025 permettent de mesurer très clairement le changement. Le Portugal a accueilli 29,9 millions de touristes non-résidents, soit une progression de 3,3 % en un an. Une performance qui resterait remarquable dans de nombreux pays, mais qui tranche avec celle de 2024, lorsque la hausse avait atteint 9,3 %.
La même décélération apparaît dans les hébergements touristiques. Le nombre d'hôtes a augmenté de 2,2 % en 2025 et celui des nuitées de seulement 1,6 %. Un an auparavant, les progressions atteignaient respectivement 4,8 % et 3,8 %. Le coup de frein est particulièrement visible chez les visiteurs étrangers : leurs nuitées n'ont progressé que de 0,6 % en 2025, contre 4,8 % l'année précédente.
Le marché intérieur a en partie compensé cette évolution. Les déplacements touristiques effectués par les Portugais ont fortement augmenté en 2025, avec une progression de 13,7 %. Autrement dit, le tourisme national reste dynamique, mais sa croissance repose désormais sur des moteurs différents de ceux qui avaient alimenté le boom des années précédentes.
Les premières données disponibles pour 2026 prolongent cette tendance. Entre avril et juin, les hébergements touristiques portugais ont accueilli 9,4 millions de personnes pour 23,3 millions de nuitées. Cela représente encore des progressions respectives de 2,3 % et 1,2 % sur un an. Il n'y a donc pas de recul généralisé ; simplement une croissance devenue beaucoup plus modérée.
Après le boom, le Portugal entre dans une nouvelle phase
Après le boom, le Portugal entre dans une nouvelle phase
Cette normalisation n'est pas totalement surprenante. Après plusieurs années de progression exceptionnelle, maintenir indéfiniment des taux de croissance proches de 10 % aurait été difficile. Pour les professionnels du secteur, ralentissement et contraction sont donc deux réalités qu'il ne faut surtout pas confondre.
Les comportements des voyageurs évoluent également. Les professionnels de l'hôtellerie constatent davantage de prudence, des réservations effectuées plus tardivement et une demande devenue moins prévisible. L'incertitude économique internationale favorise aussi des séjours parfois plus courts et une plus grande attention portée aux dépenses effectuées une fois sur place.
Toutes les régions portugaises ne suivent d'ailleurs pas exactement la même trajectoire. Le Nord et l'Alentejo figurent parmi les territoires enregistrant les évolutions les plus dynamiques, tandis que d'autres régions connaissent déjà des baisses du nombre de nuitées. Le ralentissement national masque donc des situations locales assez différentes.
Le Portugal ne veut plus seulement compter ses touristes
Le Portugal ne veut plus seulement compter ses touristes
C'est probablement la conséquence la plus intéressante de cette évolution. Pendant la grande phase d'expansion touristique, le nombre de visiteurs constituait naturellement l'un des principaux indicateurs observés. Désormais, professionnels et gouvernement portugais insistent davantage sur la richesse réellement créée par chaque séjour.
L'enjeu consiste notamment à inciter les voyageurs à rester plus longtemps, à davantage consommer dans les commerces et les restaurants, mais aussi à répartir cette activité sur l'ensemble du territoire et tout au long de l'année. Un touriste visitant l'intérieur du Portugal en octobre n'a évidemment pas le même impact territorial qu'un visiteur supplémentaire arrivant en Algarve ou à Lisbonne au cœur du mois d'août.
Cette orientation rejoint également la volonté de limiter une croissance exclusivement fondée sur le tourisme de masse. Le ministre portugais de l'Économie et de la Cohésion territoriale, Manuel Castro Almeida, a récemment défendu une montée en valeur de l'offre touristique, estimant que le pays devait proposer davantage d'expériences différenciantes et de prestations de qualité.
Mais « davantage de valeur » ne signifie pas simplement augmenter les prix. Les professionnels mettent aussi en avant la productivité, l'innovation, la qualité des expériences proposées, la qualification des salariés ou encore la capacité des entreprises à mieux transformer la fréquentation touristique en activité rentable.
Les touristes dépensent-ils réellement davantage au Portugal ?
Les touristes dépensent-ils réellement davantage au Portugal ?
Sur ce point, la situation est moins évidente. Les recettes peuvent progresser plus rapidement que les nuitées sans que cela signifie nécessairement que chaque visiteur consomme beaucoup plus. L'inflation et l'augmentation générale des prix contribuent également à faire progresser les montants exprimés en euros.
Un indicateur invite même à la prudence. Au premier semestre 2026, le montant moyen des achats réalisés avec des cartes étrangères s'établissait à 35,70 euros, en baisse de 5,3 % sur un an. Pour les professionnels de l'hôtellerie et de la restauration, le ralentissement du nombre de visiteurs n'est donc pas encore systématiquement compensé par une hausse équivalente de leurs dépenses.
La restauration apparaît particulièrement exposée. Entre janvier et mai, 6 446 établissements ont ouvert tandis que 9 279 ont fermé, soit un solde négatif de 2 833 unités selon les données citées par l'Association portugaise de l'hôtellerie, de la restauration et des établissements similaires. Des coûts d'exploitation élevés associés à des consommateurs plus sensibles aux prix peuvent rapidement réduire les marges, même lorsque les rues restent remplies de visiteurs.
Le tourisme pèse légèrement moins dans l'économie portugaise
Le tourisme pèse légèrement moins dans l'économie portugaise
Autre signe de cette normalisation : après avoir atteint un sommet historique, le poids relatif de la consommation touristique dans l'économie s'est légèrement tassé. Il représentait 16,3 % du PIB portugais en 2023, 16,2 % en 2024 puis 16,1 % en 2025. La tendance est modeste, mais elle marque une rupture avec la progression antérieure.
Cela ne signifie pas nécessairement que le tourisme s'affaiblit. La valeur ajoutée directement générée par cette activité a encore progressé de 5,6 % en 2025 pour atteindre 21,5 milliards d'euros. Son poids est resté stable à 8,1 % de la valeur ajoutée nationale.
Le changement tient donc aussi à la progression du reste de l'économie. Si le tourisme continue de créer davantage de richesse tandis que d'autres activités progressent encore plus rapidement, la diminution de son poids relatif peut au contraire traduire une économie portugaise plus diversifiée. Pour un pays devenu fortement dépendant des recettes touristiques, ce rééquilibrage ne serait pas nécessairement une mauvaise nouvelle.
Moins de touristes, mais de « meilleurs » touristes ?
Moins de touristes, mais de « meilleurs » touristes ?
La question est évidemment plus délicate qu'elle n'y paraît. Certains professionnels assument qu'en cas de choix, il serait préférable d'accueillir moins de visiteurs disposant d'un pouvoir d'achat supérieur, recherchant une offre de meilleure qualité et générant davantage de revenus pour les territoires. Une telle évolution pourrait parallèlement réduire certaines pressions exercées sur les habitants, les infrastructures et les ressources naturelles.
Mais le Portugal ne peut pas simplement opposer tourisme haut de gamme et fréquentation importante. Une grande partie de son hôtellerie, de sa restauration, de ses transports et de ses activités touristiques dépend aussi du volume. L'objectif devient donc beaucoup plus subtil : conserver suffisamment de visiteurs tout en augmentant la valeur créée par leur présence.
Cela passe par des séjours plus longs, une meilleure répartition entre les saisons, le développement de destinations moins fréquentées et une offre susceptible de pousser les visiteurs à consommer davantage de produits et de services locaux. Pour le voyageur, cette stratégie pourrait progressivement se traduire par une promotion accrue de l'intérieur du pays, du Nord ou de l'Alentejo, mais aussi par une montée en gamme de certaines expériences.
La fin des records ne signifie pas la fin du succès touristique portugais
La fin des records ne signifie pas la fin du succès touristique portugais
Le Portugal n'est donc pas confronté, à ce stade, à un effondrement de son tourisme. Près de 30 millions de touristes étrangers ont encore visité le pays en 2025, les nuitées progressent toujours en 2026 et les aéroports portugais ont enregistré une nouvelle hausse de leur trafic au premier semestre. Ce qui semble s'achever est plutôt l'époque où la croissance spectaculaire du nombre de visiteurs paraissait presque automatique.
Cette transition pourrait même constituer une étape logique pour une destination arrivée à maturité. Continuer à rechercher toujours davantage de visiteurs finirait par rencontrer des limites physiques, sociales et environnementales, particulièrement dans les destinations déjà soumises à une forte pression touristique.
Après avoir démontré sa capacité à devenir l'une des destinations les plus attractives d'Europe, le Portugal entre ainsi dans une période plus complexe. Le prochain record ne se mesurera peut-être plus uniquement en millions de touristes accueillis. Le véritable défi sera de savoir combien de richesse chaque voyage peut créer, où elle est créée et quelle part en reste réellement au Portugal.
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