10 années de présidence de Marcelo Rebelo de Sousa

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10 années de présidence de Marcelo Rebelo de Sousa
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Alors que le Portugal se prépare à élire son prochain chef d’État, une page se tourne : celle de la double décennie Marcelo Rebelo de Sousa. Le président sortant, dont le mandat prendra fin dans deux mois, quitte le palais de Belém après une présidence marquée par l’activisme, l’imprévisibilité et un style qui a souvent déstabilisé autant qu’il a fasciné. Dix ans durant lesquels Marcelo s’est imposé comme une figure omniprésente du paysage politique portugais, oscillant entre père de la nation et trouble-fête institutionnel.

Un premier mandat consensuel, un second plus tourmenté

Un premier mandat consensuel, un second plus tourmenté

Lors de son accession à la présidence en 2016, Marcelo Rebelo de Sousa s’était imposé à la première tentative, fort de son image de professeur charismatique, démocrate-chrétien modéré, et d’un sens aigu de la communication. Son premier quinquennat, marqué par une collaboration fluide avec le gouvernement socialiste d’António Costa, s’est déroulé sous le signe de la stabilité et de la popularité. Marcelo s’est montré proche du peuple, multipliant les bains de foule et les gestes symboliques, à l’image de son célèbre marche à pied jusqu’au palais présidentiel le jour de son investiture.

Marcelo s’est montré proche du peuple, multipliant les bains de foule et les gestes symboliques

Mais le deuxième mandat, réentamé en janvier 2021, s’est avéré bien plus complexe. Entre la pandémie de Covid-19, les tensions avec le gouvernement socialiste devenu majoritaire, puis son remplacement par une coalition de centre droit, et les crises institutionnelles à répétition, Marcelo a souvent dû composer, arbitrer, voire trancher dans le vif. Jusqu’à devenir, selon certains, un véritable « dissolvant institutionnel », à l’origine de trois dissolutions parlementaires en dix ans.

Un style hors normes et une parole désacralisée

Un style hors normes et une parole désacralisée

Marcelo Rebelo de Sousa n’a jamais respecté les codes traditionnels de la présidence portugaise. Par ses déclarations spontanées, ses interviews à l’improviste, ses confidences aux journalistes, il a transformé la fonction présidentielle en un exercice de communication permanente. Sa participation à des émissions de télévision, ses selfies avec des anonymes, ses apparitions sur les plages ou au supermarché ont révolutionné le rapport du public à la magistrature suprême, pour le meilleur ou pour le pire.

Il a transformé la fonction présidentielle en un exercice de communication permanente

Ce style décomplexé s’est parfois retourné contre lui. On se souvient de ses propos minimisant les cas d’abus sexuels dans l’Église, ou de sa gestion maladroite du scandale des jumelles luso-brésiliennes traitées au médicament le plus cher du monde. Mais Marcelo n’a jamais renié sa parole : au contraire, il en revendique la franchise, l’honnêteté, et même une certaine imprévisibilité calculée. Dans un monde saturé de communication aseptisée, Marcelo aura incarné une forme de transparence déconcertante.

Une relation ambivalente avec les chefs de gouvernement

Une relation ambivalente avec les chefs de gouvernement

Marcelo a vécu une relation quasi fusionnelle avec António Costa, faite d’entente cordiale, de respect mutuel et d’un certain romantisme politique. Il parlait de lui comme d’un partenaire fiable, cultivé, patient, même si parfois trop « oriental » à son goût, c’est-à-dire lent et prudent. Leur tandem a porté le pays pendant près de 8 ans. Le divorce s’est brutalement produit en novembre 2023, quand Costa a dû démissionner à la suite de l’Opération Influencer, une affaire judiciaire dans laquelle la même procureure générale, nommée par Marcelo, a également mis en cause, indirectement, le président lui-même.

Avec le conservateur ruralo-urbain Luís Montenegro, la cohabitation a été beaucoup plus froide

Avec son successeur, le conservateur ruralo-urbain Luís Montenegro, la cohabitation a été beaucoup plus froide. Marcelo, citadin cosmopolite, universitaire européen, n’a jamais caché sa perplexité face au style direct et « rustique » du nouveau Premier ministre. Il le dit ouvertement : « Il est difficile à comprendre ». Cette fracture culturelle et politique a renforcé le rôle d’arbitre de Marcelo, tout en rendant sa tâche plus rude.

Un président globe-trotter et une diplomatie affective

Un président globe-trotter et une diplomatie affective

Marcelo est sans doute le chef d’État portugais le plus voyageur de l’histoire récente. Avec plus de 150 déplacements officiels à l’étranger dans près de 60 pays, il a cumulé les rencontres, les accolades et les poignées de main, de Luanda à Los Angeles, en passant par le Vatican, Brasilia ou Kiev. Son style chaleureux, parfois trop informel, lui a valu une popularité certaine dans les milieux diplomatiques, tout en suscitant des critiques sur le manque de rigueur protocolaire.

Il a plaidé pour une responsabilité assumée vis-à-vis des crimes coloniaux, allant au-delà des simples excuses

Mais Marcelo s’est aussi montré lucide sur les passifs de l’histoire portugaise. Il a plaidé pour une responsabilité assumée vis-à-vis des crimes coloniaux, allant au-delà des simples excuses. Une position courageuse, notamment exprimée devant des journalistes brésiliens ou lors des cérémonies du 25 avril. Ce rapport à l’Histoire, nourri par sa culture politique et juridique, a révélé un président soucieux de transmettre une mémoire critique et engagée.

Un bilan social en demi-teinte et des promesses non tenues

Un bilan social en demi-teinte et des promesses non tenues

En 2019, Marcelo avait promis de faire disparaître le phénomène des sans-abris d’ici 2023. Cette ambition, affichée avec sincérité, s’est soldée par un échec retentissant : le nombre de personnes vivant dans la rue a augmenté de 10 % entre 2023 et 2024. Marcelo l’a reconnu publiquement, non sans émotion : « La pauvreté n’a pas reculé comme elle aurait dû ». Il a aussi pointé la nécessité de renforcer les dispositifs d’aide alimentaire, rappelant que 400.000 Portugais dépendent aujourd’hui du Banco Alimentar pour survivre.

« La pauvreté n’a pas reculé comme elle aurait dû »

En matière de société, son action fut marquée par des tensions. Marcelo a dû promulger, contre son gré, la loi sur la mort médicalement assistée, et gérer les retombées politiques et religieuses de cette décision. Il a aussi dû arbitrer dans les débats sensibles autour des abus dans l’Église, parfois avec maladresse. Mais il restera comme le président qui a introduit ces sujets dans l’agenda politique, au risque de se heurter à des résistances conservatrices.

Un adieu en douceur, une suite américaine

Un adieu en douceur, une suite américaine

En cette fin de mandat, Marcelo Rebelo de Sousa affiche une certaine sérénité. Il prépare déjà sa vie d’après : des cours à donner dans une université en Californie, une présence attendue aux Jeux olympiques de Los Angeles 2028, et probablement une série de mémoires à venir. Pour beaucoup, il demeurera un président insaisissable, attachant, souvent contradictoire, mais sincère jusqu’au bout.

Avec Marcelo, la politique portugaise a connu une forme de démocratie affective. Elle ne laisse personne indifférent, et même ceux qui ont critiqué ses excès reconnaissent une chose : il a été présent. Présent à la télé, dans la rue, dans les crises, dans les fêtes, dans les deuils. Présent comme peu de chefs d’État l’ont été dans une démocratie parlementaire. Le Portugal s’apprête à lui dire au revoir. Mais le nom Marcelo, lui, restera longtemps dans la mémoire collective du pays.

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