Prison de Lisbonne : des conditions indignes dénoncées

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Short summary: Les rapports s’accumulent depuis des années. Les alertes aussi. Mais rien ne change vraiment derrière les murs décrépis de l’Estabelecimento

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Prison de Lisbonne : des conditions indignes dénoncées
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Les rapports s'accumulent depuis des années. Les alertes aussi. Mais rien ne change vraiment derrière les murs décrépis de l'Estabelecimento Prisional de Lisboa (EPL). Dernier signal d'alarme en date : la nouvelle Commission des droits humains de l'Ordem dos Advogados, en fonction depuis moins de trois mois, a effectué une visite sur place. Le constat, dressé dans le journal Expresso, est brutal !

« Les cellules sont dans un état de délabrement avancé. Elles sont pourries. C'est effrayant », résume l'avocat José Gaspar Schwalbach, membre de la délégation. Le ton tranche avec la prudence institutionnelle habituelle. Il renvoie à une réalité que dénoncent depuis longtemps la Provedoria de Justiça (le Médiateur de la République) et le Comité européen pour la prévention de la torture : surpopulation, infrastructures vétustes, atteintes à la dignité.

Surpopulation et insalubrité chronique

Surpopulation et insalubrité chronique

L'EPL accueille aujourd'hui 1047 détenus pour une capacité théorique de 887 places, soit un taux d'occupation de 118 %. Deux prisonniers partagent la majorité des cellules. Sept seulement bénéficient de cellules individuelles rénovées récemment. Sept sur plus d'un millier.

L'EPL accueille aujourd'hui 1047 détenus pour une capacité théorique de 887 places

Selon les témoignages recueillis lors de la visite, certaines cellules n'ont pas été rénovées depuis le début des années 2000. Dans l'une d'elles, la nourriture était stockée à quelques centimètres de la latrine. « On vit avec peu ou pas de dignité », confirme Basílio Horta, président de la commission des droits humains de l'Ordre.

La situation s'est aggravée après le passage de la tempête Kristin. Une toiture déjà dégradée laisse désormais pénétrer l'eau. Il pleut dans certaines cellules. Les détenus décrivent des infiltrations persistantes et une humidité constante.

À cela s'ajoutent des problèmes structurels. Le réseau d'eau, vieux de près d'un siècle selon des avocats, comprendrait encore des conduites en plomb. Les travaux en cours, menés par des détenus eux-mêmes, sont qualifiés de « maquillage » par certains juristes.

Un choc juridique et moral

Un choc juridique et moral

La délégation affirme avoir circulé librement dans l'établissement. Ce sont parfois les détenus eux-mêmes qui ont sollicité les avocats pour montrer leurs conditions de vie. José Gaspar Schwalbach dit avoir été frappé par l'écart entre les photographies qu'il connaissait et la réalité observée : « Les conditions sont pires que ce que j'imaginais. Les cellules sont plus petites, plus dégradées. »

L'un des épisodes les plus marquants concerne un jeune détenu musulman atteint de schizophrénie. En plein ramadan, il ne pouvait consommer ni nourriture ni eau avant le coucher du soleil. Or, la distribution de médicaments se faisait à l'heure du déjeuner. Faute d'adaptation du protocole, il se voyait privé de son traitement. « Si vous ne prenez pas vos médicaments pour des raisons religieuses, c'est votre problème », lui aurait-on répondu, selon l'avocat. L'incident a été consigné.

Ce cas, au-delà de la question religieuse, illustre les tensions entre organisation carcérale et droits fondamentaux. Pour plusieurs avocats, les détenus ont perdu leur liberté, pas leur citoyenneté.

Une fermeture sans calendrier

Une fermeture sans calendrier

La fermeture de la prison de Lisbonne avait été annoncée en 2022 par le gouvernement d'António Costa. Un budget de 28 millions d'euros était évoqué pour une désaffectation progressive. L'échéance de 2026 circulait comme horizon.

Aujourd’hui, aucun calendrier n’est fixé. Le plan de désaffectation a été transmis à la tutelle, mais aucun transfert de détenus n’a commencé. Le ministère de la Justice maintient l’objectif de fermeture, tout en reconnaissant les contraintes du système.

Car la population carcérale nationale a fortement augmenté. En 2022, l'EPL comptait environ 600 détenus. Ils sont désormais plus de mille. Cette surpopulation rend les transferts difficiles, faute de places disponibles ailleurs.

Des travaux sont en cours dans les établissements du Linhó, d’Alcoentre et de Sintra. À Tires, des rénovations ont été achevées. À Caxias, l’affectation d’un pavillon supplémentaire est envisagée. Mais ces ajustements paraissent insuffisants face à l’augmentation continue des effectifs.

22 heures par jour enfermés

22 heures par jour enfermés

La tension ne se limite pas à Lisbonne. Dans les prisons du Linhó et de Sintra, des détenus dits « inactifs », ceux qui ne travaillent ni n'étudient, sont maintenus jusqu'à 22 heures par jour en cellule.

La loi portugaise encadre strictement ces pratiques, normalement réservées à des mesures de sécurité exceptionnelles. Les services pénitentiaires invoquent un motif sécuritaire : le manque de gardiens augmenterait le risque d'évasion si les détenus circulaient davantage.

Des sources internes reconnaissent que cette règle s’applique à des détenus qui ne relèvent pas d’un régime de sécurité renforcé. Elles assurent néanmoins que la mesure n’est pas illégale, les prisonniers sortant pour les repas et certaines activités. D’autres observateurs dénoncent une pratique contre-productive, notamment pour les jeunes détenus, privés d’interventions psychosociales adaptées.

Un système à bout de souffle

Un système à bout de souffle

L’EPL concentre aujourd’hui les contradictions du système pénitentiaire portugais : vétusté des infrastructures, hausse rapide de la population carcérale, pénurie de personnels et retards dans les investissements.

Les rapports se succèdent. Les contentieux aussi : José Gaspar Schwalbach indique au journal Expresso, représenter à lui seul 300 détenus ayant saisi la Cour européenne des droits de l'homme contre l'État portugais pour conditions de détention dégradantes.

La question dépasse le seul établissement lisboète. Elle interroge la capacité du Portugal à réformer en profondeur son système carcéral. La fermeture annoncée de la prison de Lisbonne devait symboliser un tournant. Faute de calendrier et de solutions alternatives, elle ressemble pour l’instant à une promesse suspendue.

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