Portugal en feu : climat, eucalyptus et colères rurales
Author: Portugal.fr — · Updated:
Short summary: Une fine pluie est tombée la nuit dernière sur une grande partie du Portugal continental. Deux minutes, pas plus !
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- Une fine pluie est tombée la nuit dernière sur une grande partie du Portugal continental.
- Deux minutes, pas plus !
- Mais pour les habitants des zones rurales frappées par les incendies, cela ressemblait presque à un miracle.
- Car cet infime sursaut météorologique a été le premier depuis des mois.
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Une fine pluie est tombée la nuit dernière sur une grande partie du Portugal continental. Deux minutes, pas plus ! Mais pour les habitants des zones rurales frappées par les incendies, cela ressemblait presque à un miracle. Car cet infime sursaut météorologique a été le premier depuis des mois. On cherche la dernière pluie efficace dans les souvenirs : début juin, peut-être mai. Une sécheresse anormale, étouffante, qui prépare le terrain à l’irréparable. Comme chaque année désormais, les conversations chez le coiffeur, au café, ou dans les champs tournent autour de la même angoisse : quand et où surgira le prochain brasier ?
Un été calciné, un automne à craindre !
Un été calciné, un automne à craindre !
En cette fin août 2025, plus de 300 000 hectares de forêts et de terres agricoles ont été réduits en cendres. C’est plus que la superficie du Luxembourg. 3% du territoire continental portugais sont partis en fumée. Des chiffres insoutenables, surtout lorsque l’on se souvient que la majorité des surfaces brûlées les années précédentes l’ont été en septembre et octobre. Ce répit apparent pourrait n’être qu’un prélude au pire.
Les sapeurs-pompiers, véritables héros nationaux, parlent de feux à comportement anormal. Propagation ultra-rapide, températures extrêmes, résistance accrue aux moyens d’extinction. Ces phénomènes, déjà observés au Canada ou en Californie, se multiplient au Portugal. Des villages sont sauvés in extremis, souvent au prix d’évacuation massives, mais la nature, elle, ne s’en remet pas. La faune sauvage et les troupeaux d’élevage sont décimés. Et même quand les bergers parviennent à mettre leurs bêtes à l’abri, ils retrouvent les pâturages réduits à un sol noir, stérile. Une autre forme de mort les attend : la faim.
Les eucalyptus en première ligne
Les eucalyptus en première ligne
Le Portugal détient un record dont il se passerait bien : environ 1/4 de ses forêts est constitué d’eucalyptus, soit près de 800 000 hectares. Introduits à la fin du XIXe siècle, ces arbres à croissance ultra-rapide sont prisés pour l’industrie papetière. Ils ont également colonisé les mentalités, devenant une source de revenu facile pour des milliers de petits propriétaires. Le problème ? Ces arbres consomment toute l’eau alentour, empêchent la biodiversité de prospérer, et surtout, ils brûlent comme des torches. Localement, on ne les appelle pas "eucaliptos" mais "fósforos" : allumettes.
Localement, on ne les appelle pas "eucaliptos" mais "fósforos" : allumettes.
Dans la vallée de Valpaços, au nord du pays, des villageois avaient résisté dans les années 1990 à un plan gouvernemental visant à remplacer les oliviers par des eucalyptus. Une insurrection rurale rare, menée contre une politique de rendement court-termiste, et contre des intérêts industriels puissants. 30 ans plus tard, la vallée est toujours épargnée par les grands incendies, preuve que d’autres modèles de gestion forestière sont possibles.
Feux, politique et économie
Feux, politique et économie
Les grands groupes industriels comme The Navigator Company, Altri ou Renova exercent une influence décisive dans l’élaboration des politiques forestières. Le papier issu de l’eucalyptus représente plus de 1 % du PIB national. Dans ces conditions, difficile d’imaginer une réforme ambitieuse. Pourtant, le coût annuel des incendies dépasse largement le milliard d’euros, alors qu’un programme de prévention forestière efficace ne coûterait que 165 millions par an selon l’ONG Quercus.
Le papier issu de l’eucalyptus représente plus de 1 % du PIB national
Dans ce contexte, certains économistes proposent d’intégrer ces pertes à une approche de type "doughnut economics" 1, comme défendue par Kate Raworth : intégrer les externalités (destruction, pollution, coûts humains) dans le bilan des entreprises. Autrement dit, si l’industrie insiste pour entretenir des forêts d’eucalyptus inflammables, elle devrait en assumer les coûts.
Un autre acteur silencieux, mais coupable selon certains, est l'État lui-même. Absence de politique foncière cohérente, laxisme face à la monoculture, manque d’investissement dans la prévention. Et en bout de chaîne, les habitants des zones rurales, oubliés du débat national, mais en première ligne face aux flammes.
Un système en combustion
Un système en combustion
Selon Alejandro Pedregal, professeur à l’université Aalto en Finlande, les feux de forêt européens sont les symptômes d’un système en surchauffe. Surchauffe climatique, bien sûr, mais aussi économique. La logique de profit, l’accumulation, l’abandon des territoires ruraux à leur sort, tous ces éléments composent le tableau. Le Portugal n’est pas une exception : il est un cas d’école.
La sécheresse extrême, les monocultures industrielles, l’absence de reforestation raisonnée, le manque d’anticipation, tous les ingrédients d’une tragédie sont réunis. Et même quand la pluie tombe deux minutes en août, on sait qu’elle ne suffira pas à éteindre l’incendie plus profond : celui d’un pays qui, entre souvenirs d’oliveraies et horizons calcinés, cherche encore le chemin de la résilience.
- L’« économie du donut » (ou doughnut economics) est un modèle développé par l’économiste britannique Kate Raworth. Il vise à concilier les besoins humains fondamentaux (socle social) avec les limites écologiques de la planète (plafond environnemental), afin de créer une zone sûre et juste pour l’humanité. Le modèle tire son nom de la forme d’un beignet (“donut”) représentant cet espace équilibré. ↩︎
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