Pollution de l’air au Portugal : environ 4200 décès prématurés par an

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Pollution de l’air au Portugal : environ 4200 décès prématurés par an
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Sur l'Avenida da Liberdade, au cœur de Lisbonne, les voitures remontent chaque jour l'une des artères les plus emblématiques de la capitale. Sous les arbres et entre les façades élégantes se concentre pourtant un problème beaucoup moins visible : le dioxyde d'azote, un polluant étroitement associé au trafic routier, reste présent à des niveaux préoccupants dans plusieurs villes portugaises.

À l'occasion de la Journée internationale de l'air pur, l'association environnementale ZERO et le Conseil portugais pour la santé et l'environnement (CPSA) alertent sur le chemin qu'il reste à parcourir. Selon les deux organisations, la pollution atmosphérique serait associée à environ 4200 décès prématurés chaque année au Portugal, soit l'équivalent statistique d'une douzaine par jour.

Et le calendrier se resserre. D'ici 2030, le Portugal devra respecter des normes européennes beaucoup plus exigeantes qu'aujourd'hui. Or les dernières mesures montrent que plusieurs stations urbaines sont encore très éloignées de ces futurs seuils.

À Lisbonne, une avenue emblématique du problème

À Lisbonne, une avenue emblématique du problème

L'Avenida da Liberdade constitue presque un cas d'école. Les données définitives de 2024 disponibles dans le système QualAr de l'Agência Portuguesa do Ambiente (APA) montrent que la concentration moyenne annuelle de dioxyde d'azote (NO₂) y a de nouveau dépassé la limite actuelle de 40 microgrammes par mètre cube (µg/m³). Une station située à Braga, Frei Bartolomeu Mártires, a également franchi ce seuil.

Les données provisoires receuillies pour 2025 montrent une légère amélioration à Lisbonne, mais elles restent à interpréter avec prudence. La station de l'Avenida da Liberdade aurait enregistré une moyenne de 40,3 µg/m³, considérée comme respectant la limite actuelle uniquement après arrondissement.

ZERO et le CPSA estiment par ailleurs que cette évolution pourrait davantage s'expliquer par des conditions météorologiques favorables à la dispersion des polluants et par le renouvellement progressif du parc automobile que par des politiques spécifiquement destinées à améliorer la qualité de l'air.

Le NO₂ n'est pas anodin. Il irrite les voies respiratoires, peut aggraver notamment l'asthme et est associé à une augmentation des risques respiratoires et cardiovasculaires. Sa présence dans les centres urbains constitue aussi un marqueur important de l'impact de la circulation automobile sur l'air respiré quotidiennement.

Le trafic routier reste au cœur de la pollution urbaine

Le trafic routier reste au cœur de la pollution urbaine

Les chiffres relevés ailleurs dans le pays renforcent ce constat. En 2024, parmi les 16 stations portugaises de surveillance directement liées au trafic, 7 ont enregistré une concentration annuelle de NO₂ supérieure à 20 µg/m³ et 15 ont dépassé 10 µg/m³, selon les données citées par ZERO et le CPSA.

Ces deux valeurs permettent de mesurer le chemin restant à parcourir. Le seuil de 20 µg/m³ correspond à la future limite annuelle européenne prévue pour 2030, tandis que les 10 µg/m³ correspondent à la valeur annuelle recommandée par l'Organisation mondiale de la santé. Toutes les stations ayant dépassé 20 µg/m³ étaient des stations de trafic.

La circulation automobile reste ainsi l'une des principales sources de pollution atmosphérique dans les villes portugaises. Au-delà du dioxyde d'azote, le transport routier contribue également aux concentrations de particules et intervient dans les mécanismes conduisant à la formation d'ozone troposphérique.

Les organisations environnementales soulignent par ailleurs une faiblesse du dispositif de mesure : le nombre encore limité de stations portugaises surveillant les particules fines PM2,5. Cette couverture insuffisante compliquerait l'évaluation précise de l'exposition de la population, notamment dans les zones urbaines.

Que signifient réellement les 4200 décès prématurés ?

Que signifient réellement les 4200 décès prématurés ?

Le chiffre avancé est spectaculaire : environ 4200 décès prématurés par an au Portugal, soit l'équivalent d'environ 12 par jour. Mais il est important de comprendre ce qu'il signifie.

Il ne s'agit pas de compter chaque jour 12 certificats de décès attribuant directement la mort à la pollution atmosphérique. La mortalité prématurée liée à la pollution est estimée à partir de méthodes épidémiologiques mettant notamment en relation l'exposition d'une population aux différents polluants et les risques de mortalité observés.

Autrement dit, ces estimations évaluent la part de la mortalité qui pourrait être attribuée statistiquement à l'exposition à un air pollué. ZERO et le CPSA considèrent qu'une grande partie de ces décès prématurés pourrait être évitée si les concentrations respectaient les valeurs recommandées par l'OMS.

Cette distinction ne diminue pas l'importance du problème. Elle permet au contraire de comprendre pourquoi la qualité de l'air constitue un enjeu de santé publique alors que ses conséquences restent largement invisibles. Contrairement à un accident ou à une épidémie, la pollution agit comme un facteur de risque diffus et chronique, qui se combine à l'état de santé et à d'autres facteurs individuels.

Le Portugal a moins de 4 ans pour changer de trajectoire

Le Portugal a moins de 4 ans pour changer de trajectoire

L'enjeu devient d'autant plus pressant que les règles européennes vont se durcir. La nouvelle directive européenne sur la qualité de l'air prévoit des valeurs limites sensiblement plus exigeantes à l'horizon 2030. Pour le NO₂, la limite annuelle passera notamment de 40 à 20 µg/m³.

À l'aune de cette future norme, la situation apparaît donc très différente. Des niveaux aujourd'hui légalement acceptables pourraient ne plus l'être dans quelques années. Pour ZERO et le CPSA, le gouvernement portugais et les municipalités disposent désormais d'une fenêtre relativement courte pour préparer cette transition.

Les deux organisations défendent notamment une réduction du trafic automobile et des restrictions concernant les véhicules les plus polluants, mais aussi l'électrification des poids lourds et de la logistique urbaine. Elles souhaitent que ces politiques soient accompagnées d'une augmentation des espaces verts, de corridors arborés et d'autres infrastructures végétalisées dans les villes.

Le renforcement du réseau de surveillance constitue l'autre chantier. Les nouvelles exigences européennes devraient notamment conduire le Portugal à mieux mesurer certains polluants, dont les particules fines, afin de disposer d'une vision plus précise de l'air réellement respiré par sa population.

Le défi ne consiste donc plus seulement à respecter les normes actuelles. À moins de 4 ans de 2030, le Portugal doit désormais se préparer à un standard beaucoup plus exigeant. Et dans les grandes artères où le trafic demeure intense, les chiffres montrent que la distance à parcourir est encore considérable.

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