« Magellan » : le navigateur portugais revisité par le cinéaste philippin Lav Diaz
Author: Portugal.fr — · Updated:
Short summary: 5 siècles après son expédition autour du monde, Fernand de Magellan demeure l’une des grandes figures portugaises de l’histoire des
Quick overview
- Site
- Portugal.fr
- Canonical URL
- https://www.portugal.fr/Magellan-le-navigateur-portugais-revisite-par-le-cineaste-philippin-Lav-Diaz.html
- LLM HTML version
- https://www.portugal.fr/Magellan-le-navigateur-portugais-revisite-par-le-cineaste-philippin-Lav-Diaz.html/llm
- LLM JSON version
- https://www.portugal.fr/Magellan-le-navigateur-portugais-revisite-par-le-cineaste-philippin-Lav-Diaz.html/llm.json
- Manifest
- https://www.portugal.fr/llm-endpoints-manifest.json
- Estimated reading time
- 8 minutes (432 seconds)
- Word count
- 1437
Key points
- 5 siècles après son expédition autour du monde, Fernand de Magellan demeure l’une des grandes figures portugaises de l’histoire des explorations.
- Mais que reste-t-il de cette épopée lorsqu’elle est racontée non plus depuis l’Europe, mais depuis les Philippines, là même où le navigateur trouva la mort en 1521 ?
- C’est le déplacement proposé par Magellan, le dernier film du cinéaste philippin Lav Diaz, avec Gael García Bernal dans le rôle du navigateur.
- Présenté au Festival de Cannes avant de sortir dans les salles françaises le 31 décembre 2025, ce long métrage de 2h43 refuse les codes traditionnels du film d’aventure pour interroger la conquête, l’évangélisation et la fabrication des héros.
Primary visual
Structured content
5 siècles après son expédition autour du monde, Fernand de Magellan demeure l'une des grandes figures portugaises de l'histoire des explorations. Mais que reste-t-il de cette épopée lorsqu'elle est racontée non plus depuis l'Europe, mais depuis les Philippines, là même où le navigateur trouva la mort en 1521 ?
C'est le déplacement proposé par Magellan, le dernier film du cinéaste philippin Lav Diaz, avec Gael García Bernal dans le rôle du navigateur. Présenté au Festival de Cannes avant de sortir dans les salles françaises le 31 décembre 2025, ce long métrage de 2h43 refuse les codes traditionnels du film d'aventure pour interroger la conquête, l'évangélisation et la fabrication des héros.
Le résultat n'est donc pas véritablement un biopic héroïque. Lav Diaz s'intéresse aux dernières années de Magellan, à ses ambitions, à ses fragilités et surtout à ce que son voyage représente lorsqu'il est observé depuis les territoires et les populations rencontrés par les Européens.
Magellan, loin de l'image du grand explorateur
Magellan, loin de l'image du grand explorateur
Né au Portugal vers 1480, Magellan sert d'abord la Couronne portugaise et participe aux expéditions en Asie. Après le refus du roi Manuel Ier de soutenir son projet, il se tourne vers l'Espagne. En 1519, il quitte Séville à la tête d'une flotte chargée de rejoindre les îles aux épices en naviguant vers l'ouest.
Cette expédition conduira les navires jusqu'au détroit qui porte aujourd'hui son nom, puis à travers l'océan Pacifique et jusqu'aux Philippines. Magellan n'achèvera cependant jamais le tour du monde : il est tué lors de la bataille de Mactan, en avril 1521. Une partie de son équipage poursuivra le voyage et accomplira la première circumnavigation connue.
Lav Diaz choisit précisément de démonter la représentation glorieuse traditionnellement associée à cette aventure. Son Magellan n'est pas un conquérant invincible. Il apparaît malade, blessé, parfois épuisé et pris dans une entreprise qui le dépasse.
La mer elle-même n'est pas filmée comme la promesse exaltante d'un monde à découvrir. La traversée devient lente, éprouvante, traversée par les conflits, la discipline, les exécutions et la peur.
Un Magellan incarné par Gael García Bernal
Un Magellan incarné par Gael García Bernal
Pour incarner le navigateur portugais, Lav Diaz a choisi Gael García Bernal. L'acteur mexicain prête à Magellan une présence éloignée des représentations monumentales auxquelles le personnage historique pourrait se prêter.
Le film s'intéresse également à son intimité. Beatriz Barbosa, son épouse, interprétée par Ângela Azevedo, accompagne le récit comme une présence qui rappelle constamment l'existence d'un homme derrière la figure historique.
Une partie du film se déroule ainsi au Portugal. Magellan y apparaît diminué physiquement et confronté aux difficultés de son projet. Avant même le grand départ, l'expédition est montrée comme une construction fragile, dépendante du pouvoir politique, de l'argent, de la religion et des alliances nécessaires pour la rendre possible.
Raconter la conquête depuis les Philippines
Raconter la conquête depuis les Philippines
C'est cependant en arrivant en Asie que le projet de Lav Diaz prend tout son sens. Le réalisateur revendique une volonté de « réappropriation » de l'histoire philippine et cherche à déplacer le regard traditionnellement porté sur Magellan.
Le navigateur n'arrive pas dans un espace vide attendant d'être découvert. Il pénètre dans des sociétés qui possèdent déjà leurs croyances, leurs structures politiques et leurs propres rapports au monde.
La christianisation devient dès lors l'un des sujets essentiels du film. Croix, statues religieuses, prières et conversions accompagnent les rapports politiques et matériels noués avec les populations locales. Diaz montre notamment comment le soin apporté à certains habitants peut lui-même devenir un instrument de persuasion religieuse.
La conquête ne se réduit donc ni à une succession de batailles ni à une aventure maritime. Elle se construit progressivement, par la langue, les objets, la religion, les alliances et la tentative d'imposer un nouvel ordre.
Lapu-Lapu, l'autre mythe interrogé par le film
Lapu-Lapu, l'autre mythe interrogé par le film
Lav Diaz ne se contente pourtant pas de déconstruire le héros européen pour lui substituer mécaniquement un héros philippin. Le film interroge également la figure de Lapu-Lapu, chef de Mactan traditionnellement présenté comme celui qui résista à Magellan et dont le nom est aujourd'hui indissociable de sa mort.
Dans Magellan, Lapu-Lapu demeure largement une présence invisible, presque une rumeur. Le réalisateur explique avoir voulu questionner les zones d'ombre entourant le personnage et, plus largement, la manière dont les nations construisent leurs propres récits historiques.
Cette approche donne au film une dimension particulièrement intéressante : il ne s'agit pas simplement de remplacer une mythologie coloniale par une autre, mais de revenir sur la fabrication même des mythes historiques.
Une autre manière de filmer l'épopée
Une autre manière de filmer l'épopée
Cette relecture passe aussi par la forme. Né en 1958, Lav Diaz est considéré comme l'une des grandes figures du slow cinema. Certains de ses films dépassent largement les durées habituelles du cinéma contemporain, jusqu'à atteindre plusieurs heures.
Magellan reste relativement resserré à l'échelle de son œuvre avec ses 164 minutes. Mais le réalisateur conserve une mise en scène faite de plans longs, d'observation et d'une attention particulière aux éléments naturels.
L'eau, la pluie, la boue et le vent deviennent presque des personnages. Au lieu d'accompagner héroïquement la progression des explorateurs, la nature semble régulièrement ralentir les hommes, couvrir leurs paroles et rappeler combien leurs ambitions sont minuscules face au territoire qu'ils prétendent maîtriser.
Le cinéaste évite également de transformer la violence en spectacle. Certaines exécutions restent hors champ ; d'autres événements sont montrés à distance. Diaz explique vouloir conserver une dimension viscérale sans recourir aux ralentis, aux gros plans ou au montage spectaculaire traditionnellement associés aux scènes de bataille.
De la légende portugaise à la mémoire philippine
De la légende portugaise à la mémoire philippine
La mort de Magellan à Mactan constitue nécessairement le point de bascule de cette histoire. Mais là encore, Lav Diaz ne la traite pas comme la conclusion tragique d'une grande aventure européenne. Elle marque plutôt l'effondrement d'une figure autour de laquelle le récit semblait jusque-là devoir s'organiser.
Le regard peut alors se déplacer vers ceux qui accompagnaient, subissaient ou observaient l'expédition. Parmi eux se trouve Henrique de Malacca, l'esclave de Magellan, auquel le film accorde finalement une place essentielle.
C'est peut-être là que réside la singularité de Magellan. Le navigateur portugais reste au centre du film, mais Lav Diaz utilise précisément cette célébrité pour regarder ce qui se trouve autour de lui : les populations rencontrées, les hommes dominés, les croyances confrontées et les violences contenues derrière le récit de la « découverte ».
5 siècles après le voyage de Magellan, le film ne cherche donc pas tant à déterminer s'il faut célébrer ou condamner l'explorateur qu'à changer l'endroit depuis lequel son histoire est racontée. Pour un personnage dont la mémoire appartient à la fois à l'histoire portugaise, espagnole et philippine, ce changement de perspective suffit à transformer profondément l'épopée.
« Magellan » : informations pratiques
« Magellan » : informations pratiques
| Titre | Magellan |
| Réalisation | Lav Diaz |
| Année | 2025 |
| Magellan | Gael García Bernal |
| Beatriz | Ângela Azevedo |
| Durée | 2h44 environ (164 minutes) |
| Production | Portugal, Espagne, France, Philippines et Taïwan |
| Langues | Portugais, espagnol, tagalog et français |
| Sortie en France | 31 décembre 2025 |
Topics and keywords
Themes: Actualités
Keywords: Actualité culturelle
License & attribution
License: CC BY-ND 4.0.
Attribution required: yes.
Manifest: https://www.portugal.fr/llm-endpoints-manifest.json
LLM Endpoints plugin version 1.1.2.