Les incendies d’eucalyptus sous-estimés par les statistiques officielles

Author: Portugal.fr — · Updated:

Short summary: À chaque été, le feu rappelle brutalement la fragilité des paysages portugais. Des collines noircies, des villages évacués, des hectares

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Les incendies d’eucalyptus sous-estimés par les statistiques officielles
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À chaque été, le feu rappelle brutalement la fragilité des paysages portugais. Des collines noircies, des villages évacués, des hectares réduits en cendres. Pourtant, derrière les chiffres officiels, une autre réalité se dessine, plus discrète mais tout aussi déterminante. Selon l’association environnementale Quercus, une part majeure des forêts d’eucalyptus brûlées au Portugal continental échappe aujourd’hui aux statistiques, faussant la perception du risque incendie et compliquant la prévention.

Dans un communiqué récent, l’organisation alerte sur une distorsion profonde des données forestières nationales. Plus de deux tiers des plantations d’eucalyptus touchées par les incendies seraient mal classées, voire totalement invisibles dans les bilans officiels. Une anomalie qui, loin d’être anodine, aurait des conséquences directes sur la sécurité des populations, la protection de l’environnement et l’élaboration des politiques publiques.

Des cartes officielles en décalage avec le terrain

Des cartes officielles en décalage avec le terrain

Au cœur de la controverse se trouvent les outils cartographiques utilisés par l’État portugais pour décrire l’occupation des sols. Les données de référence proviennent principalement de deux instruments : la Carte d’Occupation des Sols (COS), mise à jour tous les 5 ans, et la Carte Conjoncturelle d’Occupation des Sols (COSc) 1, actualisée annuellement. Toutes deux sont produites par la Direction générale du territoire à partir d’images satellites du programme européen Copernicus-Sentinel-2 2.

Le problème, souligne Quercus 3, réside dans leur manque de précision temporelle et écologique. La COS repose sur des orthophotographies dont la dernière version date de 2018, ce qui crée un décalage significatif avec l’évolution réelle des paysages. Quant à la COSc, elle tend à classer de vastes surfaces de jeunes eucalyptus, en régénération ou en rotation après coupe, sous l’étiquette générique de « maquis » ou de « broussailles ». Or, ces zones, bien que basses en hauteur, constituent bel et bien des plantations d’eucalyptus, une essence connue pour sa croissance rapide, sa forte inflammabilité et son rôle central dans la dynamique des grands incendies.

Quand l’eucalyptus disparaît des bilans d’incendie

Quand l’eucalyptus disparaît des bilans d’incendie

Pour illustrer ces dérives, Quercus s’appuie sur plusieurs incendies majeurs récents. Lors du feu d’Arouca en 2024, près de 6500 hectares ont été ravagés, dont environ 80% de forêts d’eucalyptus. Pourtant, les données officielles ont classé 62 % de la surface brûlée comme du “maquis”, minimisant la présence réelle de plantations industrielles.

Un schéma similaire apparaît dans les analyses du tragique incendie de Pedrógão Grande en 2017. Les rapports du Système européen d’information sur les feux de forêt (EFFIS) 4 évoquent là aussi une majorité de « broussailles », alors que près de 90 % du territoire concerné correspondait à de jeunes eucalyptus ou à leur régénération naturelle.

Selon Quercus, cette confusion se répète à différentes étapes du cycle de l’eucalyptus : durant ses cinq à huit premières années, après des coupes successives ou lors de phases de repousse. À chaque fois, la classification officielle tend à masquer la véritable nature des peuplements.

Un risque sous-estimé, des politiques fragilisées

Un risque sous-estimé, des politiques fragilisées

Cette invisibilisation statistique n’est pas sans conséquences. D’après les données de l’Institut pour la conservation de la nature et des forêts (ICNF) 5, l’année 2025 a été la quatrième plus destructrice depuis 1996, avec plus de 254.000 hectares brûlés. Mais si une part importante de ces surfaces est comptabilisée comme du simple maquis, le rôle structurel de certaines cultures forestières dans la propagation des incendies est dilué.

Pour Quercus, cela alimente une narration officielle trompeuse, qui sous-évalue la superficie réelle des plantations d’eucalyptus et, par ricochet, leur impact sur le risque incendie. « Sans mesures correctives et sans transparence, le pays continuera à vivre avec une lecture faussée de sa réalité forestière », avertit l’association.

Pour elle, la problématique s’inscrit sans aucun doute dans un contexte économique où certaines cultures forestières, au premier rang desquelles l’eucalyptus, occupent une place stratégique.

Eucalyptus et industrie du papier : un pilier économique sous tension

Eucalyptus et industrie du papier : un pilier économique sous tension

Si l’eucalyptus occupe une place aussi centrale dans les paysages forestiers portugais, c’est aussi parce qu’il constitue la base d’un secteur industriel stratégique. Avec près de 10% du territoire continental couvert par cette essence, le Portugal s’est imposé comme l’un des principaux producteurs européens de pâte à papier, autour de groupes comme Navigator ou Altri.

Cette réalité économique pèse forcément sur le débat public. L’eucalyptus n’est pas seulement un enjeu environnemental : il représente des milliers d’emplois, des exportations majeures et un pilier de l’industrie nationale. Pour les associations écologistes, cela contribue à expliquer pourquoi sa présence et son rôle dans les incendies restent souvent atténués dans les discours officiels.

Car au-delà de l’arbre lui-même, c’est le modèle de gestion forestière qui interroge. Des plantations industrielles bien encadrées coexistent avec une mosaïque de petites propriétés insuffisamment entretenues, créant une continuité végétale hautement inflammable. Une réalité que la sous-classification statistique des eucalyptus tend, selon Quercus, à rendre moins visible.

Appel à la transparence et à un contrôle renforcé

Appel à la transparence et à un contrôle renforcé

Face à ce constat, Quercus plaide pour une réforme en profondeur des méthodes d’analyse. L’association demande une rectification urgente des critères de classification, afin d’assurer une identification fiable des espèces forestières, ainsi qu’une mise à jour beaucoup plus fréquente des données.

Elle propose également que les plantations d’eucalyptus et autres espèces à croissance rapide soient soumises à un régime obligatoire de licence et de géoréférencement, centralisé sur une plateforme publique de l’État. Un outil qui permettrait, selon elle, un suivi transparent de l’usage des sols et une évaluation plus réaliste de l’évolution du risque incendie.

Dans un pays régulièrement frappé par des feux de grande ampleur, la question dépasse le simple débat statistique. Elle touche à la manière dont un territoire se regarde lui-même, anticipe ses vulnérabilités et choisit, ou non, de rendre visibles les facteurs qui alimentent les catastrophes de demain.

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