Le Tage continue de connaître des débits insuffisants au Portugal

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Le Tage continue de connaître des débits insuffisants au Portugal
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Le nouvel accord conclu entre le Portugal et l'Espagne devait notamment éviter que le Tage puisse connaître des journées sans débit. Un an plus tard, deux organisations environnementales portugaises affirment pourtant avoir identifié 14 jours durant lesquels le minimum prévu n'a pas été atteint, dont 5 avec un débit nul.

Le constat est dressé par le mouvement proTEJO et l'association environnementale ZERO à l'occasion de la Journée nationale de l'eau. Les deux organisations se sont appuyées sur les données du Système national d'information sur les ressources hydriques (SNIRH) concernant les apports au barrage de Fratel, entre le 1er octobre 2025 et le 28 septembre 2026.

Selon leur analyse, le minimum quotidien d'un hectomètre cube d'eau (1 hm³), soit l'équivalent d'un débit moyen d'environ 11,6 m³ par seconde sur une journée, n'aurait pas été assuré en permanence. Sur l'ensemble de la période étudiée, 14 journées seraient ainsi passées sous ce seuil et 5 auraient enregistré un débit nul.

Pourquoi le débit du Tage dépend-il en partie de l'Espagne ?

Pourquoi le débit du Tage dépend-il en partie de l'Espagne ?

Le Tage ne prend pas sa source au Portugal. Le plus long fleuve de la péninsule Ibérique naît dans le centre de l'Espagne et parcourt plusieurs centaines de kilomètres sur le territoire espagnol avant de franchir la frontière portugaise, puis de poursuivre son cours jusqu'à Lisbonne et l'océan Atlantique.

Sur sa partie espagnole, son cours et celui de ses affluents sont régulés par plusieurs grands barrages et réservoirs. Ceux-ci permettent notamment de stocker de l'eau et d'en contrôler les lâchers en fonction des besoins. La quantité d'eau qui arrive au Portugal ne dépend donc pas uniquement des précipitations : elle dépend également de la manière dont l'eau est retenue puis libérée en amont, côté espagnol.

À la frontière, le barrage espagnol de Cedillo joue un rôle particulièrement important. L'eau qui en sort poursuit son parcours au Portugal vers le réservoir de Fratel, où les débits peuvent être mesurés. Lorsque les lâchers effectués en amont diminuent fortement, le débit du Tage peut donc chuter rapidement sur sa partie portugaise.

C'est précisément pour éviter des variations trop importantes et garantir une quantité minimale d'eau dans le fleuve que le Portugal et l'Espagne encadrent le partage des eaux de leurs bassins hydrographiques communs par la Convention d'Albufeira. Le problème soulevé aujourd'hui par les associations environnementales porte sur la régularité de ces débits : recevoir un certain volume d'eau sur une semaine ou même sur une journée ne garantit pas nécessairement un écoulement régulier tout au long de celle-ci.

Un accord devait mettre fin aux journées sans débit sur le Tage

Un accord devait mettre fin aux journées sans débit sur le Tage

La question est particulièrement sensible depuis l'accord trouvé entre les deux pays en 2024. Jusqu'alors, la Convention d'Albufeira prévoyait notamment un volume minimal de 7 hm³ par semaine en aval du barrage espagnol de Cedillo. Portugal et Espagne se sont engagés à répartir ce volume sur les 7 jours de la semaine, avec au moins 1 hm³ quotidien provenant de Cedillo.

L'objectif était précisément d'éviter les fortes variations du fleuve et, surtout, les journées durant lesquelles pratiquement aucune eau ne franchissait la frontière. En septembre 2024, la ministre portugaise de l'Environnement et de l'Énergie, Maria da Graça Carvalho, avait ainsi annoncé la fin des journées à débit nul sur le Tage.

Les chiffres avancés aujourd'hui par proTEJO et ZERO indiqueraient que cet objectif n'a pas toujours été atteint. La situation la plus spectaculaire aurait été observée le 21 août 2026, lorsque le débit moyen quotidien entrant dans le réservoir de Fratel n'aurait atteint que 0,68 m³ par seconde, soit environ 6 % du niveau correspondant au minimum quotidien convenu.

Les associations signalent également une variation particulièrement brutale entre le 30 juin et le 1er juillet, avec un débit passant de 197,05 à 9,69 m³ par seconde. ProTEJO avait déjà alerté en juin sur cinq journées à débit nul depuis le début de l'année hydrologique 2025-2026.

Les écologistes réclament désormais un véritable « débit écologique »

Les écologistes réclament désormais un véritable « débit écologique »

Pour les deux organisations, le problème ne se résume toutefois pas au respect du seuil d'un hectomètre cube par jour. Un volume quotidien peut théoriquement être libéré en quelques heures seulement, avant que le débit ne retombe fortement pendant le reste de la journée.

C'est pourquoi proTEJO réclame depuis plusieurs années la mise en place d'un véritable régime de débits écologiques, continus et réguliers, déterminé selon des critères scientifiques. Le mouvement défendait déjà cette position au moment de la négociation du nouvel accord en 2024, considérant qu'une simple répartition des 7 hm³ hebdomadaires en sept volumes quotidiens ne suffisait pas à reproduire le fonctionnement naturel du fleuve.

Ces variations peuvent en effet avoir des conséquences sur les écosystèmes aquatiques. Une montée rapide des eaux peut, par exemple, permettre à certaines espèces de poissons d'atteindre des zones de reproduction, avant qu'une baisse tout aussi rapide ne laisse les pontes hors de l'eau.

Le Portugal appelé à intervenir auprès de l'Espagne

Le Portugal appelé à intervenir auprès de l'Espagne

ProTEJO et ZERO demandent désormais au gouvernement portugais de reconnaître officiellement les journées durant lesquelles le débit aurait été nul ou inférieur au minimum convenu et de saisir l'Espagne dans le cadre de la Commission pour l'application et le développement de la Convention d'Albufeira (CADC).

Les deux organisations souhaitent surtout que Lisbonne et Madrid aillent plus loin en définissant ensemble un régime de débits écologiques pour le Tage, avec un suivi quotidien. Celui-ci pourrait être intégré aux prochains plans de gestion des régions hydrographiques pour la période 2028-2033, avant d'être inscrit à terme dans la Convention d'Albufeira.

Près de deux ans après le nouvel engagement conclu entre les deux pays, le débat ne porte donc plus seulement sur la quantité totale d'eau qui traverse la frontière entre l'Espagne et le Portugal. Pour les défenseurs du Tage, l'enjeu est désormais de savoir également à quel rythme cette eau arrive et si le fleuve peut conserver un débit suffisamment régulier pour préserver ses écosystèmes.

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